Tao Te King Chapitre 64 : Le commentaire complet

Le contenu suivant propose une analyse approfondie et multi-perspective de chaque phrase de ce chapitre, couvrant les commentaires traditionnels, l'analyse philologique, l'interprétation philosophique et d'autres dimensions. Texte de base : Commentaire de Wang Bi sur le Daode Zhenjing, édition du Zhengtong Daozang
L'étiquette « Combinaison » de chaque interprétation suit le format « caractère + indice de sens » (par ex. « dàoC-A »), indiquant que cette interprétation utilise le sens C de « dào » et le sens A de « ». Voir le glossaire complet à la fin de ce chapitre : [Annexe : Glossaire des caractères clés].

[Phrase 1] ānchíwèizhàomóu。(Ce qui est stable est facile à maintenir ; ce qui n'a pas encore montré de signes est facile à anticiper.)

Chapitre 64 · Phrase 1 : ānchíwèizhàomóu

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : ānA-chíA-wèizhàoA-móuA
Traduction : Lorsque les choses sont stables, il est facile de les maintenir ; lorsqu'aucun signe n'est encore apparu, il est facile de les anticiper.
Analyse : Les quatre premières phrases du chapitre expriment le même principe : lorsque les choses se trouvent dans leur phase initiale, minuscule et stable, les traiter est chose aisée. Wang Bi commente : « ānwàngwēichízhīwàngwángmóuzhīgōngzhīshìyuē » — « Parce que, dans la stabilité, on n'oublie pas le danger, et en maintenant, on n'oublie pas la ruine, on planifie avant que l'effort ne soit nécessaire — c'est pourquoi l'on dit que c'est facile. » Heshanggong commente : « zhìshēnzhìguóānjìngzhěshǒuchí » — « Pour la culture de soi comme pour le gouvernement d'un État, celui qui demeure calme et serein maintient facilement sa position. »
Vues similaires : Wang Bi : « ānwàngwēichízhīwàngwáng……yuē » — « Parce que, dans la stabilité, on n'oublie pas le danger, et en maintenant, on n'oublie pas la ruine… c'est pourquoi l'on dit que c'est facile. »

[Phrase 2] cuìpànwēisàn。(Ce qui est fragile est facile à briser ; ce qui est infime est facile à disperser.)

Chapitre 64 · Phrase 2 : cuìpànwēisàn

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : cuìA-pànA-wēiA-sànA
Traduction : Ce qui est fragile est facile à briser et à dissoudre ; ce qui est infime est facile à disperser.
Analyse : Cette phrase fait pendant à la précédente. Les quatre phrases ensemble illustrent le principe de la « prudence au commencement » : stable → facile à maintenir, pas encore de signes → facile à anticiper, fragile → facile à briser, infime → facile à disperser — tout doit être traité à son stade initial. Wang Bi annote ces quatre phrases comme un ensemble : « zhějiēshuōshènzhōng » — « Ces quatre [phrases] parlent toutes de la prudence à la fin. » Mais le sens profond est en réalité la « prudence au commencement » — éliminer les problèmes lorsqu'ils sont encore minuscules est cent fois plus facile que de les traiter une fois qu'ils ont grandi.
Vues similaires : Wang Bi : « zhějiēshuōshènzhōng » — « Ces quatre [phrases] parlent toutes de la prudence à la fin. » Heshanggong : « wèizhāngzhùwēixiǎosàn » — « Ce qui ne s'est pas encore manifesté, étant infime, se disperse facilement. »

[Phrase 3] wèizhīwèiyǒuzhìzhīwèiluàn。(Agir avant que les choses n'adviennent ; gouverner avant que le désordre ne s'installe.)

Chapitre 64 · Phrase 3 : wèizhīwèiyǒuzhìzhīwèiluàn

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : wèizhīwèiyǒuA-zhìzhīwèiluànA
Traduction : Il faut agir sur les choses avant qu'elles ne surviennent ; il faut les gouverner avant que le désordre ne s'installe.
Analyse : Voici l'énoncé programmatique de la philosophie de prévention de Laozi. Il ne s'agit pas d'attendre que les problèmes apparaissent pour les résoudre (réparer la bergerie après que les moutons se sont enfuis), mais d'éliminer préventivement les dangers cachés avant même que les problèmes n'apparaissent (préparer le parapluie avant la pluie). Wang Bi commente : « wèiānwèizhào » — « agir avant que les choses n'adviennent = tant qu'elles sont encore stables » et « wèiwēicuì » — « gouverner avant le désordre = tant qu'elles sont encore fragiles et infimes. » Heshanggong commente : « yǒusuǒwèidāngwèiyǒuméngzhīshísāiduān » — « Quand on veut agir, il faut bloquer les choses à leur source avant même qu'elles n'aient germé. »
Vues similaires : Heshanggong : « yǒusuǒwèidāngwèiyǒuméngzhīshísāiduān » — « Quand on veut agir, il faut bloquer les choses à leur source avant même qu'elles n'aient germé. »

[Phrase 4] bàozhīshēngháojiǔcéngzhītáilèiqiānzhīxíngshǐxià。(L'arbre qu'on embrasse à deux bras naît d'un germe infime ; la terrasse de neuf étages s'élève d'un tas de terre ; le voyage de mille li commence sous les pieds.)

Chapitre 64 · Phrase 4 : bàozhīshēngháojiǔcéngzhītáilèiqiānzhīxíngshǐxià

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : sānpíngxíng
Traduction : L'arbre qu'il faut embrasser à deux bras naît d'un germe minuscule ; la terrasse de neuf étages s'élève d'un panier de terre après l'autre ; le voyage de mille li commence par le premier pas sous les pieds.
Analyse : Ce sont parmi les vers les plus célèbres de tous les temps. Trois ensembles de métaphores progressent en crescendo — du monde naturel (l'arbre) à la construction humaine (la terrasse) puis à la pratique vécue (le voyage) — illustrant tous la même vérité : tout grand accomplissement prend sa source dans un commencement infime. Ces trois vers prolongent la logique du « agir avant que les choses n'adviennent » — puisque toute chose grande naît de l'infime, traiter (ou prévenir) les choses à leur stade infime est le choix le plus sage. Le commentaire de Heshanggong est d'une concision remarquable : « cóngxiǎochéng » — « du petit naît le grand » ; « cóngbēigāo » — « de l'humble s'élève le haut » ; « cóngjìnzhìyuǎn » — « du proche on atteint le lointain. »
Vues similaires : Heshanggong : « cóngxiǎochéngcóngbēigāocóngjìnzhìyuǎn » — « Du petit naît le grand. De l'humble s'élève le haut. Du proche on atteint le lointain. »
Chapitre 64 · Phrase 4 : bàozhīshēngháojiǔcéngzhītáilèiqiānzhīxíngshǐxià

[Interprétation 2] Novatrice · Haute fiabilité

Combinaison : shuāngxiàngjiělèifáng
Traduction : Le grand arbre naît d'un germe infime, la haute terrasse s'élève d'un tas de terre, le long voyage commence par un premier pas — de même, les grandes calamités naissent elles aussi de dangers cachés minuscules.
Analyse : Ces trois vers sont habituellement compris positivement (accumuler le petit pour atteindre le grand), mais dans leur contexte, ils portent aussi un sens négatif (prévenir le mal dans l'œuf) : puisque le grand arbre naît d'un germe infime, les grandes calamités naissent également de signes minuscules. Par conséquent, ces trois métaphores encouragent à la fois « partir du petit pour accomplir de grandes choses » et avertissent de « s'occuper du petit pour prévenir de grands malheurs » — les deux faces s'avèrent simultanément vraies, et c'est là le visage complet de la dialectique de Laozi.
Vues similaires : En cohérence avec la logique bidirectionnelle du « agir avant que les choses n'adviennent ; gouverner avant que le désordre ne s'installe » qui précède.

[Phrase 5] wèizhěbàizhīzhízhěshīzhī。(Celui qui agit avec excès ruine les choses ; celui qui s'y agrippe les perd.)

Chapitre 64 · Phrase 5 : wèizhěbàizhīzhízhěshīzhī

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : wèizhěA-bàizhīA-zhízhěA-shīzhīA
Traduction : Celui qui agit avec excès ruine les choses ; celui qui s'y agrippe avec attachement les perd.
Analyse : Voici le tournant décisif de tout le chapitre. Le texte précédent traite de « l'accumulation du petit pour atteindre le grand », mais ici le ton change brusquement : si l'on se sert de méthodes d'action volontariste (yǒuwèi, yǒuwéi) pour forcer le développement des choses, le résultat sera de les ruiner ; si l'on utilise la méthode de l'attachement pour retenir les acquis, le résultat sera de les perdre. Wang Bi commente : « dāngshènzhōngchúwēishènwēichúluànérshīwèizhìzhīxíngmíngzhízhīfǎnshēngshìyuánqiǎozuòbàishī » — « Il faudrait user de prudence à la fin pour éliminer l'infime, de prudence devant l'infime pour éliminer le désordre ; mais si l'on use d'action délibérée pour gouverner par les formes et les noms, et si l'on s'agrippe — au contraire cela engendre la source des troubles. Les artifices ingénieux prolifèrent, et c'est pourquoi surviennent la ruine et la perte. »
Vues similaires : Wang Bi : « shīwèizhìzhīxíngmíngzhízhīfǎnshēngshìyuánqiǎozuòbàishī » — « User d'action délibérée pour gouverner par les formes et les noms, et s'agripper — cela engendre au contraire la source des troubles. Les artifices prolifèrent, d'où la ruine et la perte. »
Chapitre 64 · Phrase 5 : wèizhěbàizhīzhízhěshīzhī

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : shànggōngfēncéngjiě
Traduction : Agir avec excès sur les choses, c'est ruiner ce qui est naturel ; s'y agripper, c'est perdre l'esprit originel.
Analyse : L'interprétation en couches de Heshanggong est remarquablement perspicace : « yǒuwèishìfèirányǒuwèifèirényǒuwèifèijīngshén » — « Agir délibérément sur les affaires ruine ce qui est naturel ; agir délibérément sur la droiture ruine la bienveillance ; agir délibérément sur les plaisirs sensoriels ruine l'esprit. » Chaque couche d'action délibérée ruine quelque chose de plus fondamental. Il en va de même pour l'attachement : « zhíhuànzhídàoquánshēnjiānchítuīràngfǎnhái » — « S'agripper au profit mène au malheur ; s'en tenir au Tao (dào) préserve l'intégrité de la personne. Ce à quoi l'on s'accroche obstinément ne peut être conservé ; en cédant et en s'effaçant, les choses reviennent d'elles-mêmes. »
Vues similaires : Heshanggong : « yǒuwèishìfèirányǒuwèifèirényǒuwèifèijīngshén » — « Agir délibérément sur les affaires ruine ce qui est naturel ; agir délibérément sur la droiture ruine la bienveillance ; agir délibérément sur les plaisirs sensoriels ruine l'esprit. »

[Phrase 6] shìshèngrénwèibàizhíshī。(C'est pourquoi le Sage pratique le non-agir et n'échoue donc jamais ; il ne s'agrippe à rien et ne perd donc rien.)

Chapitre 64 · Phrase 6 : shìshèngrénwèibàizhíshī

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : wèiA-zhíA
Traduction : C'est pourquoi le Sage (shèngrén) n'agit pas de façon volontariste et n'échoue donc jamais ; il ne s'agrippe à rien et ne perd donc rien.
Analyse : Cela forme un contraste parfait avec la phrase précédente : « celui qui agit avec excès ruine les choses » → le Sage pratique le non-agir (wèi) et n'échoue donc jamais ; « celui qui s'y agrippe les perd » → le Sage ne s'agrippe à rien et ne perd donc rien. La logique est d'une extrême rigueur. Heshanggong commente : « shèngrénwèihuáwénwèiwèicánzéibàihuài » — « Le Sage ne recherche pas les ornements fleuris, ne recherche pas les plaisirs sensoriels ni le profit, ne se livre pas à la cruauté — c'est pourquoi il ne connaît pas la ruine. » Et : « yǒujiàoyǒucáipínsuǒzhícángsuǒshīrén » — « Il utilise sa vertu pour instruire les ignorants, sa richesse pour donner aux pauvres, ne thésaurise rien, et ne perd donc rien devant les hommes. »
Vues similaires : Heshanggong développe en détail le contenu concret du non-agir (wèi) et du non-attachement (zhí).

[Phrase 7] mínzhīcóngshìchángchéngérbàizhī。(Dans la conduite de leurs affaires, les hommes échouent souvent au moment même où ils sont sur le point de réussir.)

Chapitre 64 · Phrase 7 : mínzhīcóngshìchángchéngérbàizhī

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : cóngshìA-chéngA-bàizhīA
Traduction : Dans la conduite de leurs affaires, les hommes ruinent souvent les choses au moment même où elles sont sur le point d'aboutir.
Analyse : Voici une observation d'une profondeur pénétrante sur la nature humaine. C'est au moment le plus proche du succès que l'on est le plus enclin à l'échec — car c'est alors que l'on cède le plus facilement à la complaisance, à l'orgueil, à l'avidité de mérite ou à l'impatience. Wang Bi commente : « shènzhōng » — « Ils ne sont pas prudents à la fin. » Le commentaire de Heshanggong est plus précis : « mínzhīwèishìchánggōngchéngértānwèihǎomíngshētàiyíngmǎnérbàizhī » — « Lorsque les hommes mènent leurs affaires, c'est souvent quand leur mérite et leur vertu sont sur le point de s'accomplir qu'ils se laissent emporter par l'avidité de position, l'amour de la renommée, l'extravagance et la suffisance, et se ruinent eux-mêmes. » Cette phrase introduit le principe suivant : « être aussi prudent à la fin qu'au commencement. »
Vues similaires : Wang Bi : « shènzhōng » — « Ils ne sont pas prudents à la fin. » Heshanggong : « tānwèihǎomíngshētàiyíngmǎnérbàizhī » — « L'avidité de position, l'amour de la renommée, l'extravagance et la suffisance les conduisent à se ruiner eux-mêmes. »

[Phrase 8] shènzhōngshǐbàishì。(Si l'on est aussi prudent à la fin qu'au commencement, il n'y aura point d'entreprise qui échoue.)

Chapitre 64 · Phrase 8 : shènzhōngshǐbàishì

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : shènzhōngshǐA
Traduction : Si l'on est aussi prudent à la fin qu'au commencement, il n'y aura point d'entreprise qui échoue.
Analyse : Voici la maxime centrale de tout le chapitre. Au début de toute entreprise, chacun fait preuve de prudence, mais plus on approche de la fin, plus on tend à se relâcher. Laozi exige d'« être aussi prudent à la fin qu'au commencement » (shènzhōngshǐ) — maintenir une attitude constante du début à la fin. Heshanggong commente : « zhōngdāngshǐdāngxièdài » — « À la fin, il faut faire comme au commencement ; il ne faut pas se relâcher. » Cette phrase fait écho au chapitre 9 : « gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào » — « Se retirer une fois l'œuvre accomplie, c'est la Voie du Ciel » — le moment où le succès est en vue est précisément le plus dangereux.
Vues similaires : Heshanggong : « zhōngdāngshǐdāngxièdài » — « À la fin, il faut faire comme au commencement ; il ne faut pas se relâcher. » Chapitre 9 : « gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào » — « Se retirer une fois l'œuvre accomplie, c'est la Voie du Ciel. »

[Phrase 9] shìshèngrénguìnánzhīhuòxuéxuézhòngrénzhīsuǒguòwànzhīránérgǎnwèi。(C'est pourquoi le Sage désire ce que nul ne désire, et n'accorde pas de prix aux biens rares ; il apprend ce que nul n'apprend, revient sur les erreurs de la multitude, afin d'assister le cours naturel de toutes choses, et n'ose agir de façon arbitraire.)

Chapitre 64 · Phrase 9 : shìshèngrénguìnánzhīhuòxuéxuézhòngrénzhīsuǒguòwànzhīránérgǎnwèi

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-xuéxuéA-zhòngrénzhīsuǒguòA-wànzhīránA-gǎnwèiA
Traduction : C'est pourquoi le Sage (shèngrén) fait du non-désir son désir, et n'accorde pas de prix aux biens rares ; il fait du non-savoir son étude, remédie aux erreurs de la multitude, et ainsi assiste toutes choses dans leur cours naturel, sans oser agir de façon arbitraire.
Analyse : Voici le résumé de tout le chapitre, et aussi une condensation extrême de la pensée maîtresse de l'ouvrage entier. « Désirer le non-désir » () fait écho au chapitre 3 « ne pas accorder de prix aux biens rares » ; « apprendre le non-savoir » (xuéxué) fait écho au chapitre 48 « Dans la poursuite de l'étude, on gagne chaque jour ; dans la poursuite du Tao, on perd chaque jour » ; et « assister toutes choses dans leur cours naturel sans oser agir » (wànzhīránérgǎnwèi) est la destination ultime de la philosophie politique de Laozi — la forme la plus élevée d'action du Sage est « assister » et non « diriger », suivre la nature et non la transformer. Wang Bi commente : « xuéérnéngzhěrán » — « Ce qui peut se faire sans étude est le naturel. »
Vues similaires : Wang Bi : « xuéérnéngzhěrán » — « Ce qui peut se faire sans étude est le naturel. » Heshanggong : « jiàorénfǎnběnshízhězhùwànránzhīxìng » — « Enseigner aux hommes à revenir à la racine et à la substance, c'est vouloir assister la nature spontanée de toutes choses. »
Chapitre 64 · Phrase 9 : shìshèngrénguìnánzhīhuòxuéxuézhòngrénzhīsuǒguòwànzhīránérgǎnwèi

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : B-xuéxuéB-zhòngrénzhīsuǒguòB
Traduction : Le Sage recherche ce que nul ne recherche (la simplicité, la vertu), et étudie ce que nul ne peut étudier (le naturel, la culture de soi), ramenant ainsi la multitude à sa nature originelle.
Analyse : L'interprétation de Heshanggong est d'une grande singularité : « rénzhāngxiǎnshèngrénguāngrénwénshìshèngrénzhìrénshèngrén » — « Là où les hommes désirent s'afficher, le Sage désire voiler sa lumière ; là où les hommes désirent l'ornement, le Sage désire la simplicité ; là où les hommes désirent les plaisirs sensoriels, le Sage désire la vertu. » Et : « rénxuézhìzhàshèngrénxuéránrénxuézhìshìshèngrénxuézhìshēn » — « Là où les hommes étudient la ruse et l'artifice, le Sage étudie le naturel ; là où les hommes étudient le gouvernement du monde, le Sage étudie la culture de soi. » Le Sage est en tout point l'inverse de l'homme ordinaire : ce que les autres recherchent, il ne le recherche pas ; ce que les autres négligent, il le recherche. La multitude a inversé la racine et les branches, abandonné la substance pour la superficialité ; la mission du Sage est « 使shǐfǎnběn » — « les faire revenir à la racine » — guider la multitude vers la simplicité et l'authenticité.
Vues similaires : Heshanggong : « rénzhāngxiǎnshèngrénguāngrénxuézhìzhàshèngrénxuérán » — « Là où les hommes désirent s'afficher, le Sage désire voiler sa lumière. Là où les hommes étudient la ruse et l'artifice, le Sage étudie le naturel. »

Résumé du chapitre

Ce chapitre contient 12 combinaisons d'interprétation.

[Divergences fondamentales]

Le chapitre 64 est l'un des chapitres les plus riches en contenu et en formules célèbres du Tao Te King — les expressions proverbiales « le voyage de mille li commence sous les pieds » (qiānzhīxíngshǐxià) et « être aussi prudent à la fin qu'au commencement » (shènzhōngshǐ) trouvent ici leur origine. Le chapitre peut être divisé en quatre strates : (1) La thèse de la prudence au commencement (de « ce qui est stable est facile à maintenir » à « agir avant que les choses n'adviennent ») : saisir la phase initiale et infime des choses ; (2) La thèse de l'accumulation (de « l'arbre qu'on embrasse à deux bras » au « voyage de mille li ») : tout grand accomplissement prend sa source dans un commencement infime ; (3) La thèse du non-agir (wèi) (de « celui qui agit avec excès ruine les choses » à « le non-agir, et donc point d'échec ») : l'intervention humaine volontariste ne produit que le résultat inverse ; (4) La thèse de la prudence à la fin (de « les hommes conduisant leurs affaires » à « être aussi prudent à la fin qu'au commencement ») : échouer au dernier obstacle est la tragédie humaine la plus courante. Le plus remarquable est la phrase finale « assister le cours naturel de toutes choses, et ne pas oser agir » (wànzhīránérgǎnwèi) — Laozi utilise le caractère « assister » () pour définir avec précision le rôle du Sage : non pas un directeur, non pas un réformateur, mais un assistant — qui assiste toutes choses afin qu'elles se développent selon leur propre nature innée. Ce seul caractère « assister » () est la clé pour comprendre l'intégralité de la philosophie politique de Laozi.

Annexe : Glossaire des caractères clés

ān
A. [adj.] Stable ; en état de repos
Source : Sens fondamental. Les choses en état de stabilité.
chí
A. [v.] Facile à maintenir ; facile à conserver
Source : En état de stabilité, maintenir le statu quo est chose aisée.
wèizhào
A. [v.] N'ayant pas encore montré de signes
Source : zhào = présage, signe. Les choses n'ont pas encore révélé le moindre indice.
móu
A. [v.] Facile à anticiper et à planifier
Source : Avant que les problèmes ne se soient manifestés, il est aisé de planifier à l'avance.
cuì
A. [adj.] Fragile ; cassant ; se brisant facilement
Source : Sens fondamental. L'état fragile des choses avant qu'elles ne se soient solidifiées.
pàn
A. [v.] Briser ; dissoudre
Source : Interchangeable avec « pàn » (pàn). Se fendre ; se briser.
wēi
A. [adj.] Infime ; minuscule
Source : Sens fondamental. Les choses qui n'ont pas encore grandi.
sàn
A. [v.] Se disperser ; se dissoudre
Source : Sens fondamental. Disperser les choses tant qu'elles sont encore infimes.
wèizhīwèiyǒu
A. [v.] Agir sur les choses avant qu'elles ne soient advenues
Source : « Action » (wèi) préventive.
zhìzhīwèiluàn
A. [v.] Gouverner les choses avant que le désordre ne s'installe
Source : « Gouvernement » (zhì) préventif.
bàozhī
A. [n.] Un arbre si grand qu'il faut les deux bras pour l'embrasser
Source : Un arbre d'une grosseur extrême.
háo
A. [n.] La pointe d'un poil fin (chose extrêmement infime)
Source : Métaphore du germe le plus primitif.
jiǔcéngzhītái
A. [n.] Une terrasse de neuf étages
Source : Un édifice d'une hauteur extrême.
lèi
A. [n.] Panier après panier de terre
Source : lèi = accumuler. De petites poignées de terre accumulées une à une.
qiānzhīxíng
A. [n.] Un voyage de mille li
Source : Un périple d'une longueur extrême.
xià
A. [n.] Sous les pieds (le tout premier pas)
Source : Sens fondamental. Tout commence par le premier pas.
wèizhě
A. [n.] Celui qui agit avec excès ; celui qui agit de façon volontariste
Source : wèi = agir de façon volontariste et coercitive.
bàizhī
A. [v.] Les ruinera
Source : L'action volontariste conduit à la ruine.
zhízhě
A. [n.] Celui qui s'agrippe avec attachement
Source : zhí = s'accrocher obstinément et refuser de lâcher prise.
shīzhī
A. [v.] Les perdra
Source : Plus on s'agrippe, plus on perd.
wèi
A. [v.] Le non-agir (wèi) ; s'abstenir d'action volontariste et suivre le cours naturel
Source : Concept central de Laozi.
zhí
A. [v.] Le non-attachement ; s'abstenir de tout agrippement rigide
Source : Non-attachement = lâcher prise.
cóngshì
A. [v.] Conduire des affaires ; mener une entreprise
Source : Sens fondamental.
chéng
A. [v.] Être sur le point de réussir ; être presque achevé
Source : = presque, bientôt. Être au bord de la réussite.
shènzhōngshǐ
A. [v.] Être aussi prudent à la fin qu'au commencement
Source : Sens fondamental. Maintenir une prudence égale tout au long.
A. [v.+obj.] Désirer le non-désir ; faire du non-désir son désir
Source : Prendre le non-désir comme objet de désir. = transcendance du désir.
B. [v.+obj.] Désirer ce que les autres ne désirent pas
Source : Commentaire de Heshanggong : « shèngrénrénsuǒ » — « Le Sage désire ce que les autres ne désirent pas. » Rechercher la simplicité et la vertu que l'homme ordinaire ne recherche pas.
guìnánzhīhuò
A. [v.+obj.] Ne pas accorder de prix aux biens rares et précieux
Source : Chapitre 3 : « guìnánzhīhuò » — « Ne pas accorder de prix aux biens rares. » Ne pas courir après les objets précieux.
xuéxué
A. [v.+obj.] Apprendre le non-savoir (faire du non-savoir son étude)
Source : Transcender l'étude mondaine. Wang Bi : « xuéérnéngzhěrán » — « Ce qui peut se faire sans étude est le naturel. »
B. [v.+obj.] Apprendre ce que les autres ne peuvent apprendre
Source : Commentaire de Heshanggong : « shèngrénxuérénsuǒnéngxué » — « Le Sage étudie ce que les autres ne peuvent étudier. »
zhòngrénzhīsuǒguò
A. [v.+obj.] Remédier aux erreurs commises par la multitude
Source : = restaurer, remédier. Aider la multitude à corriger ses erreurs.
B. [v.+obj.] Ramener la multitude à sa nature originelle (corriger l'inversion de la racine et des branches)
Source : Commentaire de Heshanggong : « zhòngrénxuéwènfǎnguòběnwèiguòshíwèihuázhīzhě使shǐfǎnběn » — « L'étude de la multitude est à l'envers ; ils passent par-dessus la racine pour les branches, par-dessus la substance pour la superficialité. Les restaurer signifie les faire revenir à la racine. »
wànzhīrán
A. [v.+obj.] Assister toutes choses dans leur cours naturel
Source : = assister. Soutenir la nature innée de toutes choses.
gǎnwèi
A. [v.] Ne pas oser agir de façon arbitraire
Source : Sens fondamental. Ne pas oser intervenir ni contraindre par l'artifice humain.