Tao Te King Chapitre 22 : Le commentaire complet

Le contenu suivant propose une analyse approfondie et multi-perspective de chaque phrase de ce chapitre, couvrant les commentaires traditionnels, l'analyse philologique, l'interprétation philosophique et d'autres dimensions. Texte de base : Commentaire de Wang Bi sur le Daode Zhenjing, édition du Zhengtong Daozang
L'étiquette « Combinaison » de chaque interprétation suit le format « caractère + indice de sens » (par ex. « dàoC-A »), indiquant que cette interprétation utilise le sens C de « dào » et le sens A de « ». Voir le glossaire complet à la fin de ce chapitre : [Annexe : Glossaire des caractères clés].

[Phrase 1] quánwǎngzhíyíngxīnshǎoduōhuò。(Ce qui est courbé sera préservé entier ; ce qui est tordu sera redressé ; ce qui est creux sera rempli ; ce qui est usé sera renouvelé ; qui prend peu obtient davantage ; qui convoite trop s'égare.)

Chapitre 22 · Phrase 1 : quánwǎngzhíyíngxīnshǎoduōhuò

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-quánA-wǎngA-zhíA-A-yíngA-A-xīnA-shǎoA-A-huòA
Traduction : Ce qui est courbé sera préservé entier, ce qui est tordu sera redressé, ce qui est creux sera rempli, ce qui est usé sera renouvelé, qui prend peu obtient davantage, qui convoite trop s'égare dans la confusion.
Analyse : L'interprétation la plus couramment admise. Laozi enchaîne six paires d'antithèses pour dévoiler la loi universelle selon laquelle « les choses se renversent à leur extrême » et « le retournement est le mouvement du Tao (dào) ». Chaque paire est une manifestation concrète de la dialectique — c'est précisément la courbure qui protège l'ensemble de la rupture, et c'est précisément le creux qui recueille davantage d'eau. Il ne s'agit pas de sophisme, mais d'une observation des lois véritables de la nature.
Vues similaires : En écho avec le chapitre 40 : « fǎnzhědàozhīdòngruòzhědàozhīyòng » — « Le retournement est le mouvement du Tao ; la faiblesse est la fonction du Tao. »
Chapitre 22 · Phrase 1 : quánwǎngzhíyíngxīnshǎoduōhuò

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : B-quánA-wǎngB-zhíB-B-yíngA-B-xīnA-shǎoB-A-huòA
Traduction : En s'effaçant, on se préserve ; en se soumettant devant autrui, on parvient à la droiture ; en se plaçant en bas, on comble sa vertu ; en acceptant la frugalité, on se renouvelle ; en prenant peu, on obtient davantage ; en convoitant trop, on s'égare.
Analyse : L'interprétation de Heshang Gong orientée vers la cultivation de soi. Les six antithèses ne sont pas de la philosophie abstraite, mais des principes concrets de conduite et de perfectionnement personnel. L'idée centrale est « passer après soi et mettre autrui en premier » — céder et servir les autres peut sembler perdant, mais c'est en réalité gagner. « La Voie du Ciel assiste l'humble, l'esprit divin se confie au vide » en constitue le fondement spirituel.
Vues similaires : Commentaire de Heshang Gong : « xiàshuǐliúzhīrénqiānxiàguīzhī » — « La terre basse attire l'eau ; l'homme humble attire la vertu. » « tiāndàoyòuqiānshénmíngtuō » — « La Voie du Ciel protège l'humble ; l'esprit divin se confie au vide. »
Chapitre 22 · Phrase 1 : quánwǎngzhíyíngxīnshǎoduōhuò

[Interprétation 3] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-quánB-wǎngA-zhíA-shǎoA-B
Traduction : Ce qui est courbé atteint la plénitude, ce qui est tordu revient à la rectitude, le peu saisit l'essentiel, le trop s'éloigne du vrai.
Analyse : La perspective ontologique de Wang Bi. Il utilise la métaphore de l'arbre : des branches et des feuilles luxuriantes éloignent en réalité de la racine, tandis que la simplicité ramène à la source. « duōyuǎnzhēnyuēhuòshǎoběnyuē » — « Le trop éloigne du vrai, d'où la confusion ; le peu atteint la racine, d'où le gain. » Cette interprétation unifie les six antithèses sous un seul principe — le retour à la racine et l'élimination du superflu.
Vues similaires : Commentaire de Wang Bi : « ránzhīdàoyóushùzhuǎnduōzhuǎnyuǎngēnzhuǎnshǎozhuǎnběn » — « La voie de la nature est semblable à un arbre : plus il y a, plus on s'éloigne de la racine ; moins il y a, plus on se rapproche de la source. »

[Phrase 2] shìshèngrénbàowèitiānxiàshì。(C'est pourquoi le Sage embrasse l'Un et en fait le modèle pour tout l'empire.)

Chapitre 22 · Phrase 2 : shìshèngrénbàowèitiānxiàshì

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-shìA
Traduction : C'est pourquoi le Sage (shèngrén) embrasse l'intégrité du Tao (dào) et en fait la règle pour tout l'empire.
Analyse : L'interprétation la plus couramment admise. « Embrasser l'Un » (bào) signifie s'attacher à l'unité du Tao — ne pas se laisser diviser par la multiplicité des apparences, mais saisir toujours la nature fondamentale des choses. Les six antithèses précédentes paraissent contradictoires, mais elles s'unifient dans la dialectique du Tao. C'est précisément par cette sagesse de la vision d'ensemble que le Sage gouverne l'empire.
Vues similaires : Commentaire de Heshang Gong : « shèngrénshǒunǎizhīwànshìnéngwèitiānxiàshì » — « Le Sage s'attache à l'Un et connaît ainsi toutes choses ; c'est pourquoi il peut servir de modèle pour tout l'empire. »
Chapitre 22 · Phrase 2 : shìshèngrénbàowèitiānxiàshì

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : B-shìA
Traduction : C'est pourquoi le Sage s'attache à « l'Un » — le degré ultime du « peu » — et en fait la règle pour tout l'empire.
Analyse : L'interprétation distinctive de Wang Bi. « L'Un » est la progression logique du principe « qui prend peu obtient » — si prendre moins conduit à la racine, alors le « peu » poussé à son terme ultime donne « l'Un », qui est le Tao le plus fondamental. Le Sage gouverne toutes choses par cet « Un », ce qui constitue l'application suprême du « peu ».
Vues similaires : Commentaire de Wang Bi : « shǎozhīshìyóuzhī » — « "L'Un" est le degré ultime du "peu". "Modèle" (shì) signifie "règle" (). »
Chapitre 22 · Phrase 2 : shìshèngrénbàowèitiānxiàshì

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : C-shìB
Traduction : C'est pourquoi le Sage s'attache au Tao avec un cœur sans partage et devient un modèle pour tout l'empire.
Analyse : Une compréhension orientée vers la cultivation intérieure. « Embrasser l'Un » signifie libérer l'esprit de toute distraction et se consacrer exclusivement au Tao. Si le Sage peut devenir un modèle pour tout l'empire, c'est précisément parce qu'il parvient à cette concentration sans partage, insensible aux sollicitations extérieures. Cela s'inscrit dans le droit fil du principe « qui prend peu obtient » énoncé plus haut.
Vues similaires : En écho avec le chapitre 10 : « zàiyíngbàonéng » — « Peut-on maintenir l'âme et le corps embrassant l'Un sans les laisser se séparer ? »

[Phrase 3] jiànmíngshìzhāngyǒugōngjīnzhǎng。(Il ne se met pas en avant, c'est pourquoi il éclaire ; il ne s'affirme pas, c'est pourquoi il brille ; il ne se vante pas, c'est pourquoi il a du mérite ; il ne s'enorgueillit pas, c'est pourquoi il dure.)

Chapitre 22 · Phrase 3 : jiànmíngshìzhāngyǒugōngjīnzhǎng

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : jiànA-míngA-A-jīnA-zhǎngA
Traduction : Il ne se met pas en avant, c'est pourquoi il voit clair ; il ne s'affirme pas comme ayant raison, c'est pourquoi le juste et le faux se distinguent ; il ne se vante pas, c'est pourquoi ses mérites s'accomplissent ; il ne s'enorgueillit pas, c'est pourquoi il perdure.
Analyse : L'interprétation la plus couramment admise. Les quatre « ne... pas soi-même » () constituent les quatre grands principes de conduite du Sage, suivant la même logique que les six antithèses — moins on cherche délibérément quelque chose, plus on l'obtient. Wang Bi fait correspondre les quatre premières antithèses à ces quatre « ne... pas » : ne pas se mettre en avant = le courbé est préservé entier ; ne pas s'affirmer = le tordu est redressé ; ne pas se vanter = le creux est rempli ; ne pas s'enorgueillir = l'usé est renouvelé. C'est une correspondance structurelle remarquable.
Vues similaires : Le commentaire de Wang Bi met en correspondance les quatre « ne... pas » avec les quatre « alors » : « jiànmíngquán » — « Ne pas afficher son éclat préserve l'intégrité » ; « shìshìzhāng » — « Ne pas affirmer sa justesse rend sa justesse manifeste » ; « gōngyǒu » — « Ne pas se vanter rend ses mérites réels » ; « jīnzhǎng » — « Ne pas s'enorgueillir fait durer sa vertu. »
Chapitre 22 · Phrase 3 : jiànmíngshìzhāngyǒugōngjīnzhǎng

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : jiànA-míngB-B-jīnB-zhǎngA
Traduction : Il ne se met pas en avant, c'est pourquoi les autres perçoivent sa sagesse ; il ne s'affirme pas comme ayant raison, c'est pourquoi sa justesse se manifeste ; il ne revendique pas le mérite, c'est pourquoi il a du mérite devant tout l'empire ; il ne se tient pas pour grand, c'est pourquoi il perdure sans péril.
Analyse : L'interprétation de Heshang Gong orientée vers la cultivation de soi. Elle souligne que le sujet des quatre « ne... pas » est le Sage souverain. Le Sage ne se fie pas à ses seuls yeux pour voir à mille li de distance, mais emprunte les yeux de tout l'empire pour voir, et atteint ainsi la vraie clairvoyance ; il ne prétend pas avoir raison pour critiquer autrui, et c'est pourquoi sa justesse se manifeste. Cette interprétation traduit les quatre « ne... pas » en principes concrets de gouvernement.
Vues similaires : Commentaire de Heshang Gong : « shèngrénshìqiānzhīwàinǎiyīntiānxiàzhīshìnéngmíng » — « Le Sage ne se fie pas à ses seuls yeux pour voir au-delà de mille li ; il emprunte les yeux de tout l'empire pour voir, c'est pourquoi il atteint la vraie clairvoyance. »
Chapitre 22 · Phrase 3 : jiànmíngshìzhāngyǒugōngjīnzhǎng

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : jiànA-míngA-A-jīnA-zhǎngB
Traduction : Ne pas se mettre en avant permet une perception pénétrante ; ne pas s'affirmer comme ayant raison permet de distinguer le juste du faux ; ne pas revendiquer le mérite permet des réalisations remarquables ; ne pas s'enorgueillir permet de maintenir durablement sa position de guide.
Analyse : Une interprétation politique. Les quatre « ne... pas » constituent les quatre principes du dirigeant idéal. Le vrai leadership ne naît pas de l'autopromotion, mais de l'ouverture d'esprit et de l'humilité. Cette interprétation rejoint le chapitre 17 : « tàishàngxiàzhīyǒuzhī » — « Du meilleur des souverains, le peuple sait à peine qu'il existe » — où la meilleure gouvernance est celle que les gouvernés ne ressentent pas.
Vues similaires : En écho avec le chapitre 17 : « gōngchéngshìsuìbǎixìngjiēwèirán » — « Lorsque l'œuvre est accomplie et les affaires menées à bien, le peuple dit : "Nous l'avons fait nous-mêmes." »

[Phrase 4] wéizhēngtiānxiànéngzhīzhēng。(C'est précisément parce qu'il ne lutte pas que personne sous le ciel ne peut lutter avec lui.)

Chapitre 22 · Phrase 4 : wéizhēngtiānxiànéngzhīzhēng

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zhēngA
Traduction : C'est précisément parce qu'il ne lutte pas avec autrui que personne sous le ciel ne peut lutter avec lui.
Analyse : La proposition fondamentale de la philosophie du non-agir (wèi) de Laozi en matière de non-lutte. Le non-agir n'est pas faiblesse, mais la stratégie compétitive suprême — lorsque tous se disputent, celui qui ne lutte pas obtient un avantage que nul ne peut égaler. Parce qu'il ne lutte pas, il n'a pas d'ennemi ; parce qu'il n'a pas d'ennemi, tout l'empire est en paix.
Vues similaires : Commentaire de Heshang Gong : « yántiānxiàxiánxiàonéngzhēngzhězhēng » — « Cela signifie que parmi tous les êtres sous le ciel, sages ou non, aucun ne peut lutter contre celui qui ne lutte pas. » Chapitre 8 : « shuǐshànwànérzhēng » — « L'eau excelle à profiter à toutes choses sans lutter. »
Chapitre 22 · Phrase 4 : wéizhēngtiānxiànéngzhīzhēng

[Interprétation 2] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : zhēngB
Traduction : C'est précisément parce qu'il ne s'oppose à personne que personne sous le ciel ne peut être son adversaire.
Analyse : Interprète « lutte » (zhēng) au sens large d'opposition. Le Sage ne se dresse pas contre l'empire — il ne s'engage pas d'un extrême pour combattre l'autre, mais embrasse les deux pôles. Ayant transcendé l'opposition, aucune partie ne peut se dresser contre lui. Ceci sert de synthèse aux six antithèses dialectiques précédentes.
Vues similaires : Le chapitre 66 contient la formulation identique : « zhēngtiānxiànéngzhīzhēng » — « Parce qu'il ne lutte pas, personne sous le ciel ne peut lutter avec lui. »

[Phrase 5] zhīsuǒwèiquánzhěyánzāichéngquánérguīzhī。(L'ancien adage « ce qui est courbé sera préservé entier » — était-ce une parole vaine ? En vérité, la plénitude est atteinte et toutes choses y reviennent.)

Chapitre 22 · Phrase 5 : zhīsuǒwèiquánzhěyánzāichéngquánérguīzhī

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : quánB-guīA
Traduction : L'ancien adage « en cédant, on se préserve entier » — n'était-ce que des mots vides ? En vérité, on atteint la plénitude, et toutes choses y reviennent.
Analyse : L'interprétation la plus couramment admise. Laozi conclut le chapitre par une question rhétorique, soulignant que « le courbé est préservé entier » est une maxime ancienne vérifiée par l'expérience. Celui qui peut pratiquer la souplesse et l'accommodement non seulement se préserve lui-même, mais attire toutes choses de l'empire vers lui — tout comme l'eau coule vers le point le plus bas. « En vérité la plénitude est atteinte et toutes choses y reviennent » est à la fois une validation de « le courbé est préservé entier » et une synthèse de l'effet de l'« embrassement de l'Un » par le Sage.
Vues similaires : La conclusion finale de la lecture ontologique de Wang Bi.
Chapitre 22 · Phrase 5 : zhīsuǒwèiquánzhěyánzāichéngquánérguīzhī

[Interprétation 2] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : quánA-guīB
Traduction : L'ancien adage « en cédant, on se préserve entier » — n'était-ce que des mots vides ? En vérité, on peut préserver son corps intact et le restituer à ses parents.
Analyse : L'interprétation de Heshang Gong orientée vers la préservation de la vie. « Entier » (quán) signifie préserver le corps intact, et « y revenir » (guīzhī) signifie le restituer à ses parents — les anciens considéraient que le corps, les cheveux et la peau sont reçus des parents et ne doivent pas être endommagés. Ceux qui pratiquent la voie de la souplesse vivent en paix toute leur vie et finissent par restituer leur corps intact à leurs parents, sans blessure ni mutilation. C'est une compréhension très concrète et terre-à-terre.
Vues similaires : Commentaire de Heshang Gong : « néngxíngcóngzhěshíguīzhīyǒushānghài » — « Ceux qui pratiquent la souplesse et la soumission nourrissent leur corps et le restituent à leurs parents sans dommage. » Le Classique de la Piété Filiale (《xiàojīng》) : « shēnshòuzhīgǎnhuǐshāng » — « Le corps, les cheveux et la peau sont reçus des parents ; on n'ose les blesser ni les mutiler. »
Chapitre 22 · Phrase 5 : zhīsuǒwèiquánzhěyánzāichéngquánérguīzhī

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : quánB-guīA
Traduction : L'ancien adage « en cédant, on se préserve entier » — n'était-ce que des mots vides ? C'est en effet un principe parfaitement juste, et toutes les choses du monde en vérifient la loi.
Analyse : Interprète « en vérité entier et y revenir » (chéngquánérguīzhī) ainsi : ce principe est en effet parfaitement juste, et toutes choses finissent par y revenir. « Revenir » (guī) ne désigne pas un acte concret de restitution, mais le fait que toutes choses reviennent en définitive à ce principe — céder pour préserver, avancer en reculant, vaincre le dur par le souple.
Vues similaires : Partage le même sens de « revenir » (guī) que le chapitre 16 : « wànbìngzuòguānyúnyúnguīgēn » — « Toutes choses fleurissent ensemble ; j'observe leur retour. Les dix mille êtres foisonnent, et chacun retourne à sa racine. »

Résumé du chapitre

Ce chapitre contient 14 combinaisons d'interprétation.

[Divergences fondamentales]

Le chapitre 22 est une démonstration concentrée de la dialectique de Laozi et une argumentation classique de la philosophie du non-agir (zhēng). La structure du chapitre est rigoureuse : il commence par six paires d'antithèses (courbé/entier, tordu/droit, creux/plein, usé/nouveau, peu/gain, trop/confusion) pour énoncer le principe général selon lequel « le retournement est le mouvement du Tao », puis résume la méthodologie par « l'embrassement de l'Un », enchaîne avec quatre « ne... pas » (ne pas se mettre en avant, ne pas s'affirmer, ne pas se vanter, ne pas s'enorgueillir) comme préceptes de conduite, en déduit la conclusion ultime du « non-agir », et conclut en faisant écho à l'ouverture avec « le courbé est préservé entier », formant un tout parfaitement cohérent. La divergence entre Wang Bi et Heshang Gong se concentre sur le niveau de compréhension — Wang Bi est le philosophe qui utilise l'arbre comme métaphore du Tao, pousse le « peu » à son terme ultime « l'Un », et insiste sur le retour à la racine ; Heshang Gong est le praticien qui transforme chaque proposition en maxime concrète et applicable de cultivation de soi (comme « la terre basse attire l'eau ; l'homme humble attire la vertu »). Il convient de noter que l'analyse structurelle de Wang Bi est d'une finesse extraordinaire — il découvre l'architecture logique cachée dans le texte de Laozi en faisant correspondre les quatre premières antithèses aux quatre « ne... pas ». Le non-agir, concept central du chapitre (et de l'ouvrage tout entier), n'est pas un retrait passif du monde, mais la forme suprême de la sagesse pratique : lorsque l'on cesse de poursuivre, le monde vient à soi.

Annexe : Glossaire des caractères clés

A. [adj./v.] Courbé ; se courber ou céder
Source : Sens originel. Qui n'est pas droit. Par extension, céder et s'accommoder.
B. [v.] S'effacer ; céder et se montrer humble
Source : Commentaire de Heshang Gong : « cóngzhòngzhuān » — « S'effacer devant la multitude, ne pas insister sur sa propre voie. » Un principe de conduite.
quán
A. [adj./v.] Préserver entier ; intact
Source : Sens fondamental. Préserver soi-même ou maintenir l'intégrité des choses.
B. [adj.] Parfait ; complet
Source : Sens étendu. Atteindre un état de plénitude.
wǎng
A. [adj./v.] Tordu ; courbé
Source : Sens originel. Un arbre qui est courbé et pas droit.
B. [v.] S'humilier ; se soumettre
Source : Commentaire de Heshang Gong : « wǎngérshēnrén » — « wǎng signifie s'humilier soi-même pour élever autrui. »
zhí
A. [adj.] Droit ; redressé
Source : Sens originel. L'opposé de « courbé » ().
B. [adj.] Droit de caractère ; juste
Source : Sens étendu. Droiture morale.
A. [adj.] Bas ; en creux
Source : Sens originel. Terrain en contrebas.
B. [adj./v.] Humble ; se placer en position basse
Source : Commentaire de Heshang Gong : « xiàshuǐliúzhīrénqiānxiàguīzhī » — « La terre basse attire l'eau ; l'homme humble attire la vertu. »
yíng
A. [v.] Remplir ; être plein
Source : Sens originel. Remplir un récipient.
A. [adj.] Usé ; délabré
Source : Variante de « ». En mauvais état.
B. [adj./v.] Accepter des conditions modestes ; endurer la frugalité
Source : Commentaire de Heshang Gong : « shòubáohòuxiānrén » — « Accepter des conditions modestes et frugales ; mettre autrui avant soi. »
xīn
A. [adj./v.] Neuf ; renouveler
Source : Sens fondamental. Le vieux devenant neuf.
shǎo
A. [adj.] Peu ; en petite quantité
Source : Sens fondamental. L'opposé de « beaucoup » (duō).
B. [v.] Prendre peu ; être sobre
Source : Commentaire de Heshang Gong : « shòushǎoduō » — « En prenant peu pour soi, on obtient beaucoup. »
A. [v.] Obtenir ; gagner
Source : Sens fondamental.
B. [v.] Atteindre la racine ; saisir l'essentiel
Source : Commentaire de Wang Bi : « shǎoběnyuē » — « Le peu atteint la racine ; d'où "obtenir". »
huò
A. [v./adj.] Confus ; égaré
Source : Sens fondamental. Désorientation de l'esprit.
bào
A. [v.] S'attacher à ; embrasser
Source : Sens fondamental. Commentaire de Heshang Gong : « bàoshǒu » — « Embrasser signifie s'attacher. »
A. [n.] Le Tao (dào) ; la totalité du Tao
Source : Concept de la philosophie de Laozi. « L'Un » est le Tao, ou l'unité du Tao. Chapitre 39 : « zhīzhě » — « Ceux qui jadis ont atteint l'Un. »
B. [n.] Le degré ultime du « peu »
Source : Commentaire de Wang Bi : « shǎozhī » — « "L'Un" est le degré ultime du "peu". » Découle de « qui prend peu obtient ».
C. [n.] Concentration sans partage ; unité d'esprit
Source : Sens étendu. L'esprit libre de distractions et sans partage.
shì
A. [n.] Règle ; principe
Source : Commentaire de Heshang Gong : « shì » — « "Modèle" signifie "règle". » Commentaire de Wang Bi : « shìyóuzhī » — « "Modèle" équivaut à "règle". »
B. [n.] Modèle ; exemple
Source : Sens étendu. Un exemple digne d'être imité.
jiàn
A. [v.] Se montrer ; se mettre en avant
Source : Variante de « xiàn » (apparaître). Se mettre en avant ou se faire valoir.
míng
A. [adj.] Clairvoyant ; perspicace
Source : Sens fondamental. Sage et lucide.
B. [adj.] Manifeste ; visible aux yeux d'autrui
Source : Sens étendu. Ses mérites deviennent au contraire visibles pour les autres.
shì
A. [v.] Se croire dans le vrai
Source : Se considérer comme ayant raison ; croire que l'on est dans le juste.
zhāng
A. [v./adj.] Se manifester ; devenir éclatant
Source : Sens fondamental. Clairement éminent. Sa justesse n'a pas besoin d'être proclamée ; elle se manifeste naturellement aux yeux d'autrui.
A. [v.] Se vanter ; se glorifier
Source : Sens étendu. Autocélébration. Entretiens de Confucius (《lùn》) : « yuànshàn » — « Je souhaite ne pas me vanter de mes bonnes actions. »
B. [v.] Revendiquer ; s'attribuer
Source : Commentaire de Heshang Gong : « » — « "Se vanter" () signifie "revendiquer". » Ne pas revendiquer le mérite pour soi.
jīn
A. [v./adj.] Arrogant ; orgueilleux
Source : Sens fondamental. Se considérer comme supérieur.
B. [adj.] Imbu de soi-même ; vaniteux
Source : Commentaire de Heshang Gong : « jīnshèngrénguì » — « "S'enorgueillir" (jīn) signifie "se croire grand". Le Sage ne se tient pas en haute estime. »
zhǎng
A. [adj.] Durable ; qui perdure
Source : Qui dure longtemps sans décliner.
B. [v.] Diriger ; être chef
Source : Sens étendu. Maintenir durablement une position de leadership.
zhēng
A. [v.] Lutter ; rivaliser
Source : Sens fondamental. Lutter avec autrui pour le profit ou la position.
B. [v.] S'opposer ; contester
Source : Sens étendu. Argumenter contre autrui ou s'y opposer.
A. [adj.] Vide ; inconsistant
Source : Sens fondamental. Creux et sans substance.
chéng
A. [adv.] Vraiment ; en vérité
Source : Sens fondamental. Marque d'affirmation. Commentaire de Heshang Gong : « chéngshí » — « "Vraiment" (chéng) signifie "en vérité" (shí). »
guī
A. [v.] Revenir à ; retourner
Source : Sens fondamental. Toutes choses reviennent vers ce principe.
B. [v.] Restituer (le corps à ses parents)
Source : Commentaire de Heshang Gong : « guīzhīyǒushānghài » — « Le restituer à ses parents sans aucun dommage. » C'est-à-dire restituer le corps intact à ses parents.