Tao Te King Chapitre 21 : Le commentaire complet

Le contenu suivant propose une analyse approfondie et multi-perspective de chaque phrase de ce chapitre, couvrant les commentaires traditionnels, l'analyse philologique, l'interprétation philosophique et d'autres dimensions. Texte de base : Commentaire de Wang Bi sur le Daode Zhenjing, édition du Zhengtong Daozang
L'étiquette « Combinaison » de chaque interprétation suit le format « caractère + indice de sens » (par ex. « dàoC-A »), indiquant que cette interprétation utilise le sens C de « dào » et le sens A de « ». Voir le glossaire complet à la fin de ce chapitre : [Annexe : Glossaire des caractères clés].

[Phrase 1] kǒngzhīróngwéidàoshìcóng。(La manifestation de la Vertu suprême ne suit que le Tao.)

Chapitre 21 · Phrase 1 : kǒngzhīróngwéidàoshìcóng

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : kǒngA-A-róngA-wéiC-cóngA
Traduction : La forme et la manifestation de la grande Vertu () se conforment entièrement aux principes du Tao (dào).
Analyse : Heshang Gong glose « kǒng » comme « grand ». La manifestation de la Vertu la plus élevée suit entièrement le Tao — il ne s'agit pas d'une vertu façonnée artificiellement, mais d'une vertu qui s'accorde naturellement avec le mouvement du Tao. Cette interprétation comprend « » comme un caractère moral éminent et « róng » comme sa manifestation extérieure.
Vues similaires : Heshang Gong : « kǒngyǒuzhīrénsuǒróngnéngshòugòuzhuóchùqiānbēiwéizhīrénsuíshìsuǒxíngcóngdào » — « kǒng signifie "grand". L'homme de grande Vertu () embrasse toutes choses, accepte les impuretés et demeure dans l'humilité. wéi signifie "seul". L'homme de grande Vertu ne suit pas les usages du monde, mais suit seul le Tao (dào). »
Chapitre 21 · Phrase 1 : kǒngzhīróngwéidàoshìcóng

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : kǒngB-B-róngC-wéiA-cóngA
Traduction : Le mode opératoire de la Vertu vide () consiste simplement à suivre le Tao (dào).
Analyse : Wang Bi glose « kǒng » comme « vide ». La véritable Vertu ne déborde pas, elle est vide — c'est précisément parce que l'esprit est vide et libre de tout attachement qu'il peut contenir toutes choses et suivre les orientations du Tao. « wéikōngwèiránhòunǎinéngdòngzuòcóngdào » (« Ce n'est qu'en prenant le vide pour Vertu que l'on peut alors agir conformément au Tao »). Cette interprétation est remarquablement subtile : il ne s'agit pas de la « grande Vertu » mais de la « Vertu vide » — le vide lui-même est la plus grande Vertu.
Vues similaires : Wang Bi : « kǒngkōngwéikōngwèiránhòunǎinéngdòngzuòcóngdào » — « kǒng signifie "vide". Ce n'est qu'en prenant le vide pour Vertu () que l'on peut agir et se mouvoir conformément au Tao (dào). »
Chapitre 21 · Phrase 1 : kǒngzhīróngwéidàoshìcóng

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : kǒngA-C-róngB-wéiB-cóngB
Traduction : La puissance englobante de la plus grande Vertu () provient uniquement du Tao (dào).
Analyse : Ici « » est lu comme apparenté à « » (ce qui est reçu du Tao), « róng » prend le sens d'« embrasser/contenir » et « cóng » celui de « provenir de ». La raison pour laquelle la grande Vertu peut tout embrasser sans exclusion est qu'elle tire son origine du Tao. Cette interprétation met l'accent sur la relation génétique entre la Vertu et le Tao — la Vertu n'existe pas indépendamment ; elle est un affluent du Tao.
Vues similaires : Cela fait écho au chapitre 51 : « dàoshēngzhīchùzhī » (« Le Tao leur donne la vie ; la Vertu les nourrit »).

[Phrase 2] dàozhīwèiwéihuǎngwéi。(Le Tao en tant qu'être est vague et insaisissable.)

Chapitre 21 · Phrase 2 : dàozhīwèiwéihuǎngwéi

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : wèiA-A-huǎngA-A
Traduction : Le Tao (dào) en tant que mode d'être ne peut être décrit que comme vague et insaisissable — comme s'il existait et n'existait pas à la fois, indistinct et flou.
Analyse : L'interprétation la plus courante. Le Tao n'est pas un objet concret et perceptible ; il se situe dans un état de pénombre entre l'« être » et le « non-être ». On ne peut dire qu'il n'existe pas (car toutes choses naissent de lui), ni qu'il existe (car on ne peut ni le voir ni le toucher). « Vague et insaisissable » (huǎng) n'est pas un terme péjoratif de confusion ; c'est une description de la transcendance du Tao par rapport à l'opposition binaire entre être et non-être.
Vues similaires : Wang Bi : « huǎngxíngzhītàn » — « Vague et insaisissable, sans forme — une exclamation sur le fait qu'il ne peut être saisi. »
Chapitre 21 · Phrase 2 : dàozhīwèiwéihuǎngwéi

[Interprétation 2] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : wèiB-B-huǎngB-B
Traduction : Dans le processus où le Tao (dào) se transforme en choses concrètes, il se manifeste comme un scintillement de lumière et d'ombre, tantôt apparaissant, tantôt disparaissant.
Analyse : Cette lecture interprète « wèi » comme le processus du Tao « devenant chose ». Lorsque le Tao se transforme en objets concrets, il présente des caractéristiques de lumière vacillante et d'apparitions intermittentes. Cette interprétation met l'accent sur le processus dynamique de manifestation du Tao plutôt que sur une description statique. Le commentaire de Heshang Gong — « dàozhīwànhuǎngwǎnglái » (« Le Tao va et vient parmi toutes choses de manière vague et insaisissable ») — corrobore ce sens.
Vues similaires : Heshang Gong : « dàozhīwànhuǎngwǎngláisuǒdìng » — « Le Tao (dào) va et vient parmi toutes choses de manière vague et insaisissable, ne se fixant sur rien. »

[Phrase 3] huǎngzhōngyǒuxiàng;(Insaisissable et vague — pourtant en son sein résident des images.)

Chapitre 21 · Phrase 3 : huǎngzhōngyǒuxiàng

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : xiàngA
Traduction : Dans le vague et l'insaisissable, il existe pourtant des images.
Analyse : Bien que le Tao soit vague et insaisissable, il n'est pas totalement vide — il contient en lui les images (shì, les structures) de toutes choses. Bien que le Tao soit sans forme, il détient les plans directeurs à partir desquels les choses concrètes sont engendrées. Cette phrase inaugure une description en couches successives du « contenu » du Tao : image (xiàng) → substance () → essence (jīng) → preuve (xìn), progressant du flou au subtil, de l'abstrait au réel.
Vues similaires : Wang Bi : « xíngshǐchéngwànshǐchéngérzhīsuǒrán » — « Engendrant les choses à partir de l'informe, sans être attaché à l'accomplissement des choses — toutes choses commencent et s'accomplissent par lui, sans que nul ne sache comment. »
Chapitre 21 · Phrase 3 : huǎngzhōngyǒuxiàng

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : xiàngC
Traduction : Dans le vague et l'insaisissable, il existe pourtant des modèles archétypaux et des principes de toutes choses.
Analyse : Heshang Gong interprète « xiàng » comme « xiàng » (modèles archétypaux) — non pas des images concrètes, mais les principes et paradigmes régissant la genèse de toutes choses. Bien que le Tao soit sans forme ni image, la raison pour laquelle toutes choses présentent leurs apparences respectives est précisément que le Tao contient ces modèles archétypaux. Cette interprétation revêt une portée métaphysique plus profonde.
Vues similaires : Heshang Gong : « dàowéihuǎngxíngzhīzhōngyǒuwànxiàng » — « Le Tao (dào), vague et insaisissable et sans forme, contient seul en lui les modèles archétypaux de toutes choses. »
Chapitre 21 · Phrase 3 : huǎngzhōngyǒuxiàng

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : xiàngB
Traduction : Dans le vague et l'insaisissable, il existe pourtant de faibles indices et des prémices.
Analyse : Ici « xiàng » prend le sens d'« indice » ou de « trace ». Bien que le Tao soit vague et insaisissable, il n'est pas totalement imperceptible — celui qui est attentif peut discerner dans le vague ses signes et ses traces ténues. Cette interprétation concorde avec l'expérience des pratiquants : en méditation profonde, on peut percevoir les signaux subtils du Tao.
Vues similaires : Cela fait écho au chapitre 14 : « zhuàngzhīzhuàngzhīxiàng » (« La forme de ce qui est sans forme, l'image de ce qui est sans image »).

[Phrase 4] huǎngzhōngyǒu。(Vague et insaisissable — pourtant en son sein réside une substance.)

Chapitre 21 · Phrase 4 : huǎngzhōngyǒu

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A
Traduction : Dans le vague et l'insaisissable, il existe pourtant un contenu substantiel.
Analyse : Ce passage progresse par rapport à la phrase précédente sur « yǒuxiàng » (il y a des images) — le Tao ne contient pas seulement des images (des structures), mais aussi un contenu substantiel concret. Bien que le Tao soit sans forme, il recèle les éléments substantiels qui constituent toutes choses. De « xiàng » (image) à « » (substance), c'est un approfondissement de la forme vers la matière.
Vues similaires : Le commentaire de Wang Bi traite cette phrase conjointement avec la précédente, soulignant que le Tao « xíngshǐ » (« engendre les choses à partir de l'informe »).
Chapitre 21 · Phrase 4 : huǎngzhōngyǒu

[Interprétation 2] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : B
Traduction : Dans le vague et l'insaisissable, il existe pourtant le « Un » — la source du Qi () originel, qui opère et donne naissance en son sein.
Analyse : Heshang Gong identifie « » au « Un » — le Qi harmonieux primordial engendré par le Tao. Dans le Tao réside le « Un » ; le « Un » opère et engendre la transformation dans le vague, établissant la forme matérielle par le Qi. Cette interprétation transpose la description philosophique abstraite en une cosmogonie de la transformation du Qi, cohérente avec le système global de cultivation et de préservation de la vie de Heshang Gong.
Vues similaires : Heshang Gong : « dàowéihuǎngzhōngyǒujīngyíngshēnghuàyīnzhì » — « Le Tao (dào), vague et insaisissable, contient en lui le Un, qui opère et engendre la transformation, établissant la forme matérielle par le Qi (). »

[Phrase 5] yǎomíngzhōngyǒujīng;(Profond et obscur — pourtant en son sein réside une essence.)

Chapitre 21 · Phrase 5 : yǎomíngzhōngyǒujīng

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : yǎoA-míngB-jīngA
Traduction : Dans l'obscurité profonde, il existe pourtant une essence subtile.
Analyse : Wang Bi commente : « yǎomíngshēnyuǎnzhītàn » (« yǎo et míng sont des exclamations de profondeur et de distance »). Dans ses tréfonds les plus reculés, le Tao recèle l'essence vitale qui engendre toutes choses — ici « jīng » désigne l'élément constitutif le plus fondamental de toutes choses. De « xiàng » (forme) à « » (matière) puis à « jīng » (essence), le texte pénètre couche par couche jusqu'au cœur du Tao.
Vues similaires : Wang Bi : « yǎomíngshēnyuǎnzhītànshēnyuǎnérjiànránérwànyóuzhījiàndìngzhēn » — « yǎo et míng sont des exclamations de profondeur — si profond et lointain que l'on ne peut le voir. Pourtant toutes choses en procèdent, et ce qui peut être vu sert à établir sa vérité. »
Chapitre 21 · Phrase 5 : yǎomíngzhōngyǒujīng

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : yǎoB-míngA-jīngB
Traduction : Dans les recoins les plus subtils et les plus obscurs, il existe une essence vitale — là où les forces spirituelles se rencontrent et où le Yin et le Yang convergent.
Analyse : Lecture de Heshang Gong à travers la cosmologie de la transformation du Qi : « jīng » est une essence vitale substantielle. Dans les tréfonds du Tao réside l'essence vitale produite par la convergence du Yin et du Yang. Cette interprétation transforme l'ontologie taoïste en cosmogonie — les profondeurs du Tao sont le lieu où les essences vitales du Yin et du Yang s'unissent. Du point de vue de la cultivation de soi, préserver et nourrir son essence vitale, c'est s'aligner sur le Tao.
Vues similaires : Heshang Gong : « dàowéiyǎomíngxíngzhōngyǒujīngshíshénmíngxiāngbáoyīnyángjiāohuì » — « Le Tao (dào), profond, obscur et sans forme, contient en lui une essence vitale substantielle, là où les forces spirituelles se rencontrent et où le Yin et le Yang convergent. »

[Phrase 6] jīngshènzhēnzhōngyǒuxìn。(Son essence est absolument réelle ; en elle réside une preuve digne de foi.)

Chapitre 21 · Phrase 6 : jīngshènzhēnzhōngyǒuxìn

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zhēnA-xìnA
Traduction : Cette essence vitale est absolument réelle, et en elle réside une preuve vérifiable.
Analyse : Bien que le Tao soit difficile à percevoir directement, l'essence vitale qu'il recèle est réelle, et il existe une preuve vérifiable de son existence. Wang Bi commente : « xìnxìnyànfǎnyǎomíngzhēnjīngzhīwànzhīxìngdìng » (« xìn signifie "preuve vérifiable". Quand les choses retournent à l'obscurité profonde, le summum de la véritable essence est atteint et la nature de toutes choses se détermine »). La réalité du Tao ne repose pas sur la foi, mais se vérifie par l'existence même de toutes choses.
Vues similaires : Wang Bi : « xìnxìnyànfǎnyǎomíngzhēnjīngzhīwànzhīxìngdìngyuējīngshènzhēnzhōngyǒuxìn » — « xìn signifie "preuve vérifiable". Quand les choses retournent à l'obscurité profonde, le summum de la véritable essence est atteint et la nature de toutes choses se détermine. C'est pourquoi il est dit : "Son essence est absolument réelle ; en elle réside une preuve digne de foi." »
Chapitre 21 · Phrase 6 : jīngshènzhēnzhōngyǒuxìn

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zhēnB-xìnC
Traduction : Cette essence vitale est suprêmement authentique et pure, et en elle réside une preuve véritablement fiable.
Analyse : Ici « zhēn » prend le sens d'« authentique, naturel ». L'essence vitale du Tao n'est pas artificiellement élaborée mais naturellement authentique — « yáncúnjīngmiàoshènzhēnfēiyǒushì » (Heshang Gong : « L'essence vitale préservée est merveilleusement authentique, sans aucun artifice »). « xìnzàizhōng » — la fiabilité du Tao réside en son intérieur ; elle n'est pas une proclamation extérieure, mais une réalité intérieure. Cette interprétation souligne la qualité non ornementée du Tao.
Vues similaires : Heshang Gong : « yáncúnjīngmiàoshènzhēnfēiyǒushìdàogōngcángmíngxìnzàizhōng » — « L'essence vitale du Qi () préservée est merveilleusement authentique, sans aucun artifice. Le Tao (dào) dissimule ses mérites et cache son nom ; sa fiabilité réside en son intérieur. »
Chapitre 21 · Phrase 6 : jīngshènzhēnzhōngyǒuxìn

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : zhēnA-xìnB
Traduction : Cette essence vitale est absolument réelle, et en elle réside une sincérité infaillible.
Analyse : Ici « xìn » prend le sens de « sincérité, loyauté ». Le Tao ne trompe jamais — l'essence vitale qu'il recèle est absolument réelle. Le Tao de la nature ne ment jamais ; la naissance, la mort et la transformation de toutes choses sont elles-mêmes l'incarnation de la sincérité du Tao. Cette interprétation forme un contraste avec le chapitre 17 : « xìnyānyǒuxìnyān » (« Quand la confiance est insuffisante, il y a de la méfiance ») — la sincérité humaine peut faire défaut, mais le Tao ne manque jamais à sa parole.
Vues similaires : Cela fait écho au thème de « xìnyān » des chapitres 17 et 23.

[Phrase 7] jīnmíngyuèzhòng。(Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, son nom n'a jamais disparu ; c'est par lui que l'on observe les origines de toutes choses.)

Chapitre 21 · Phrase 7 : jīnmíngyuèzhòng

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : míngA-yuèA-A
Traduction : Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, le nom du Tao (dào) n'a jamais disparu ; c'est par lui que l'on observe les origines de toutes choses.
Analyse : L'interprétation la plus courante. Le Tao traverse toutes les époques, existant éternellement. « yuèzhòng » signifie qu'à travers le Tao on observe comment toutes choses ont pris naissance — le Tao est la clé pour comprendre les origines de toutes choses.
Vues similaires : L'interprétation de la plupart des commentaires traditionnels.
Chapitre 21 · Phrase 7 : jīnmíngyuèzhòng

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : míngB-yuèB-A
Traduction : Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, le Tao (dào) — dont le nom est « l'Innommable » — ne s'est jamais éloigné ; il a été témoin de la naissance de toutes choses.
Analyse : Interprétation de Wang Bi : « zhìzhēnzhīmíngmíngshìmíngjīnyóuérchéng » (« Au sommet absolu de l'authenticité, il ne peut être nommé ; "l'Innommable" est son nom même. Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, rien n'est advenu sans passer par lui »). « L'Innommable » est le nom même du Tao — car le Tao transcende toute définition. Le Tao a été témoin et participant de la naissance de toutes choses depuis les temps les plus anciens.
Vues similaires : Wang Bi : « zhìzhēnzhīmíngmíngshìmíngjīnyóuérchéng » — « Au sommet absolu de l'authenticité, il ne peut être nommé ; "l'Innommable" est son nom même. Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, rien n'est advenu sans passer par lui. »
Chapitre 21 · Phrase 7 : jīnmíngyuèzhòng

[Interprétation 3] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : míngA-yuèC-A
Traduction : Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, le nom du Tao (dào) n'a jamais disparu ; le Tao confère à toutes choses leur Qi () originel à leur naissance.
Analyse : Heshang Gong glose « yuè » comme « bǐng » (conférer, doter). Le Tao n'est pas seulement observé passivement ; il confère activement à toutes choses leur Qi initial. « yándàobǐngwànshǐshēngcóngdàoshòu » (« Le Tao confère et dote ; toutes choses reçoivent leur Qi du Tao à leur naissance initiale »). Cette interprétation rend le Tao plus activement créateur : le Tao est le dispensateur à l'origine de toutes choses.
Vues similaires : Heshang Gong : « yuèbǐngshǐyándàobǐngwànshǐshēngcóngdàoshòu » — « yuè signifie "conférer". signifie "commencement". Le Tao (dào) confère et dote ; toutes choses reçoivent leur Qi () du Tao à leur naissance initiale. »

[Phrase 8] zhīzhòngzhīzhuàngzāi?(Comment puis-je connaître la nature des origines de toutes choses ?)

Chapitre 21 · Phrase 8 : zhīzhòngzhīzhuàngzāi

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zhuàngA
Traduction : Comment puis-je connaître l'état des origines de toutes choses ?
Analyse : Laozi pose une question rhétorique : puisque le Tao est vague et sans forme, comment puis-je savoir comment toutes choses ont commencé ? Cette question sert d'interrogation conclusive pour l'ensemble du chapitre, menant à une clôture concise et percutante.
Vues similaires : Wang Bi : « yánzhīwànzhīshǐzāi » — « Il dit : Comment sais-je que toutes choses ont commencé à partir du néant ? »

[Phrase 9] 。(Par ceci.)

Chapitre 21 · Phrase 9 :

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A
Traduction : Par le moyen de tout ce qui précède — le vague du Tao contenant des images, de la substance, de l'essence et des preuves dignes de foi.
Analyse : Interprétation de Wang Bi : « shàngzhīsuǒyúnyánzhīwànzhīshǐzāizhīzhī » (« "Ceci" renvoie à ce qui a été dit ci-dessus. Il dit : Comment sais-je que toutes choses ont commencé à partir du néant ? C'est par ceci que je le sais »). Laozi connaît l'origine de toutes choses grâce à son appréhension en couches successives du vague, des images, de la substance, de l'essence et des preuves du Tao. La méthode pour connaître le Tao est le Tao lui-même. La conclusion en deux caractères est d'une concision tranchante et percutante.
Vues similaires : Wang Bi : « shàngzhīsuǒyúnyánzhīwànzhīshǐzāizhīzhī » — « "Ceci" renvoie à ce qui a été dit ci-dessus. Il dit : Comment sais-je que toutes choses ont commencé à partir du néant ? C'est par ceci que je le sais. »
Chapitre 21 · Phrase 9 :

[Interprétation 2] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : B
Traduction : Par le moyen du présent — en observant l'existence de toutes choses telles qu'elles sont maintenant.
Analyse : Interprétation de Heshang Gong : « jīnjīnwànjiēdàojīngérshēngdòngzuòfēidàorán » (« "Ceci" signifie "le présent". En observant que toutes choses maintenant reçoivent le Qi vital du Tao et naissent, et que toutes leurs actions et leurs mouvements sont impossibles sans le Tao »). Il n'est pas nécessaire de remonter à la haute Antiquité — il suffit de regarder l'existence et le fonctionnement de toutes choses dans le présent pour savoir qu'elles proviennent toutes du Qi vital du Tao. Il s'agit d'une méthode de connaissance empiriste : la réalité du Tao est prouvée par l'existence présente de toutes choses.
Vues similaires : Heshang Gong : « jīnjīnwànjiēdàojīngérshēngdòngzuòfēidàorán » — « "Ceci" signifie "le présent". En observant que toutes choses maintenant reçoivent le Qi () vital du Tao (dào) et naissent, et que toutes leurs actions et leurs mouvements sont impossibles sans le Tao. »

Résumé du chapitre

Ce chapitre contient 21 combinaisons d'interprétation.

[Divergences fondamentales]

Le chapitre 21 est, dans le Tao Te King, celui qui décrit le plus minutieusement le « contenu » du Tao. Si le chapitre 1 proclame « dàodàofēichángdào » — que le Tao ne peut être exprimé —, le chapitre 21 est précisément l'effort de Laozi pour dire l'indicible. Le chapitre adopte une structure progressive en couches successives : le vague (sensation d'ensemble) → l'image (niveau de la forme) → la substance (niveau de la matière) → l'essence (niveau de la quintessence) → la preuve (niveau de la vérification), du flou au défini, de la périphérie au centre, s'approchant pas à pas de la substance du Tao. La divergence centrale porte sur l'expression initiale « kǒngzhīróng » et le caractère « kǒng » : Wang Bi le glose comme « vide », faisant de l'ensemble du chapitre un texte philosophique démontrant que « le vide est la plus grande Vertu » — seul un esprit vide (libre d'attachement et de présupposé) peut percevoir les images, la substance, l'essence et les preuves dans le vague. Heshang Gong le glose comme « grand », faisant du chapitre un guide de cultivation décrivant « comment l'homme de grande Vertu incarne le Tao ». Les deux interprétations sont profondément significatives : la première a inauguré la tradition Xuanxue des Wei-Jin de « prendre le néant pour fondement » (wèiběn), tandis que la seconde a fourni une base théorique aux pratiques taoïstes de préservation de la vie et de cultivation de soi. Il est remarquable que le chapitre se conclue par les deux caractères d'une concision extrême « » (Par ceci) — Comment sait-on ce qui est à l'origine de toutes choses ? Par ceci. Ce ton tranchant suggère que la réalité du Tao n'a besoin d'aucune preuve extérieure ; les images, la substance, l'essence et les preuves dans le vague décrits ci-dessus sont eux-mêmes les meilleures preuves.

Annexe : Glossaire des caractères clés

kǒng
A. [adj.] Grand ; très grand
Source : Commentaire de Heshang Gong : « kǒng » (« kǒng signifie "grand" »). Shijing (Livre des Odes) : « kǒngyǒu » (« Puissamment martial et plein de force »).
B. [adj.] Vide ; vacant
Source : Commentaire de Wang Bi : « kǒngkōng » (« kǒng signifie "vide" »). Le sens originel est « un petit trou », étendu au sens de vide/vacuité.
A. [n.] Vertu ; caractère moral
Source : Sens fondamental. « Les normes et principes régissant la vie commune et la conduite. »
B. [n.] La Vertu/Te () — manifestation et fonction du Tao
Source : Concept philosophique laozien. La fonction et la manifestation du Tao dans toutes choses est la Vertu/Te.
C. [n.] Apparenté à « » (recevoir) ; la nature intérieure reçue du Tao
Source : Emprunt phonétique. (Vertu) est apparenté à (recevoir) — ce que chaque chose reçoit du Tao.
róng
A. [n.] Apparence ; forme ; manifestation
Source : Sens fondamental. « Aspect, allure, état. »
B. [n.] Capacité d'embrasser ; de contenir
Source : Sens étendu. « Contenir, embrasser. » Commentaire de Heshang Gong : « suǒróng » (« Il embrasse toutes choses sans exception »).
C. [n.] Mode d'action dynamique ; mode opératoire
Source : Sens étendu. Désigne la manière dont la Vertu opère et se manifeste.
wéi
A. [adv.] Seulement ; uniquement
Source : Sens fondamental. « Seulement. »
B. [adv.] Seul ; indépendamment
Source : Commentaire de Heshang Gong : « wéi » (« wéi signifie "seul" »).
C. [adv.] Entièrement ; totalement
Source : Sens étendu. Exprimant la totalité du degré.
cóng
A. [v.] Suivre ; se conformer à
Source : Sens fondamental. « S'accorder avec, obéir à. »
B. [v.] Provenir de ; tirer son origine de
Source : Sens étendu. Indiquant la source ou l'origine.
wèi
A. [v.] Être, en tant que (mode d'existence)
Source : « Le Tao en tant que mode d'existence. »
B. [v.] Se transformer en ; se manifester comme
Source : Sens étendu. Le processus de transformation du Tao en choses.
A. [n.] Être ; chose (désignant de manière générale tout ce qui existe)
Source : Sens fondamental. Non limité aux entités tangibles.
B. [n.] Entité matérielle concrète
Source : Sens restreint. Quelque chose ayant forme et substance tangible.
huǎng
A. [adj.] Comme si ; vaguement ; semblant exister et ne pas exister
Source : Sens fondamental. « Comme si, en apparence. »
B. [adj.] Scintillant de lumière et d'ombre ; à la clarté incertaine
Source : Extension associative à partir de l'élément « guāng » (lumière) du caractère. Lumière présente mais instable.
A. [adj.] Flou ; indistinct ; trouble
Source : Sens fondamental. « Trouble, distrait. »
B. [adj.] Apparaissant et disparaissant soudainement
Source : Extension associative à partir de l'élément « » (soudain) du caractère. Tantôt visible, tantôt caché.
xiàng
A. [n.] Image ; forme ; structure fondamentale de toutes choses en mouvement
Source : Sens fondamental. « Forme, apparence. » Étendu aux modèles archétypaux manifestés par toutes choses.
B. [n.] Indice ; trace ; signe naissant
Source : Sens étendu. Indications ténues pouvant être perçues.
C. [n.] Modèle archétypal ; schéma normatif
Source : Commentaire de Heshang Gong : « dàowéihuǎngxíngzhīzhōngyǒuwànxiàng » (« Le Tao, vague et insaisissable et sans forme, contient seul en lui les modèles archétypaux de toutes choses »).
yǎo
A. [adj.] Profond ; lointain et retiré
Source : Sens fondamental. « Profond, éloigné, tranquille. »
B. [adj.] Subtil ; si menu qu'il est imperceptible
Source : Sens étendu. Si profond qu'il en devient imperceptible.
míng
A. [adj.] Obscur ; sombre
Source : Sens fondamental. « Sombre, obscur. »
B. [adj.] Profondément abyssal ; insondable
Source : Sens étendu. « Profond, abyssal. »
jīng
A. [n.] Essence vitale ; quintessence (l'élément constitutif le plus fondamental de toutes choses)
Source : Sens fondamental. « La partie la plus pure d'une substance. »
B. [n.] Essence vitale (jīng) dans le contexte de la cultivation de soi et de la préservation de la vie
Source : Commentaire de Heshang Gong : « zhōngyǒujīngshíshénmíngxiāngbáoyīnyángjiāohuì » (« En lui réside une essence vitale substantielle, là où les forces spirituelles se rencontrent et où le Yin et le Yang convergent »).
zhēn
A. [adj.] Réel ; non fictif
Source : Sens fondamental. « Conforme aux faits objectifs. »
B. [adj.] Authentique ; naturel (non artificiellement élaboré)
Source : Sens étendu. « Nature originelle, source originelle. »
xìn
A. [n.] Preuve vérifiable ; attestation
Source : Commentaire de Wang Bi : « xìnxìnyàn » (« xìn signifie "preuve vérifiable" »).
B. [n.] Sincérité ; loyauté ; fidélité infaillible
Source : Sens fondamental. « Honnête, qui ne trompe pas. »
C. [n.] Fiabilité authentique ; preuve digne de confiance
Source : Commentaire de Heshang Gong : « dàogōngcángmíngxìnzàizhōng » (« Le Tao dissimule ses mérites et cache son nom ; sa fiabilité réside en son intérieur »).
míng
A. [n.] Nom ; appellation (désignant le nom du Tao)
Source : Sens fondamental.
B. [n.] Le Tao lui-même (le nom tenant lieu de la réalité)
Source : Commentaire de Wang Bi : « zhìzhēnzhīmíngmíngshìmíng » (« Au sommet absolu de l'authenticité, il ne peut être nommé ; "l'Innommable" est son nom même »).
A. [v.] Partir ; disparaître
Source : Sens fondamental.
yuè
A. [v.] Observer ; examiner
Source : Sens fondamental. « Regarder, inspecter. »
B. [v.] Faire l'expérience de ; avoir traversé
Source : Sens étendu. « Avoir fait l'expérience de. » Le Tao a été témoin de la naissance de toutes choses.
C. [v.] Conférer ; doter
Source : Commentaire de Heshang Gong : « yuèbǐng » (« yuè signifie "conférer" »). Le Tao confère à toutes choses.
zhòng
A. [n.] Les origines de toutes choses ; la naissance de toutes choses
Source : Commentaire de Wang Bi : « zhòngzhīshǐ » (« zhòng signifie "le commencement des choses" »). Commentaire de Heshang Gong : « shǐ » (« signifie "commencement" »).
B. [n.] Le commencement de toute la multitude des choses
Source : Sens étendu. L'état originel de toutes choses.
zhuàng
A. [n.] État ; condition
Source : Sens fondamental. « Situation, état des choses. »
A. [pron.] Ceci (renvoyant à la description précédente du Tao vague contenant des images, de la substance, de l'essence et des preuves)
Source : Commentaire de Wang Bi : « shàngzhīsuǒyún » (« "Ceci" renvoie à ce qui a été dit ci-dessus »).
B. [pron.] Ceci (renvoyant à l'existence présente de toutes choses)
Source : Commentaire de Heshang Gong : « jīnjīnwànjiēdàojīngérshēng » (« "Ceci" signifie "le présent". Toutes choses aujourd'hui reçoivent le Qi vital du Tao et naissent »).