Traduction : Porter le vide intérieur à son extrême ; maintenir la quiétude avec une résolution inébranlable.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « Atteindre le vide suprême » (致虚极) signifie amener l'esprit au sommet de la vacuité limpide, libéré de toute chose ; « maintenir fermement la quiétude » (守静笃) signifie conserver avec constance un état de tranquillité. Ceci constitue le principe directeur de la pratique de cultivation selon Laozi — d'abord « atteindre le vide » (un processus soustractif, éliminer les pensées parasites), puis « maintenir la quiétude » (un processus de persévérance, demeurer dans la tranquillité). Les deux se complètent, l'un actif, l'autre passif : « atteindre » est la quête active, « maintenir » est la préservation sereine. Commentaire de Heshang Gong : « 得道之人,捐情去欲,五内清静,至于虚极 » (« Celui qui atteint le Tao (道) abandonne les émotions et élimine les désirs ; les cinq organes deviennent clairs et sereins, atteignant le vide suprême »).
Vues similaires : Heshang Gong : « 得道之人,捐情去欲,五内清静,至于虚极。守清静,行笃厚 » (« Celui qui atteint le Tao abandonne les émotions et élimine les désirs ; les cinq organes sont clairs et sereins, atteignant le vide suprême. Il maintient la clarté et la quiétude, agit avec sincérité et profondeur »).
Traduction : Pousser le néant à son extrême ; maintenir l'immobilité pour parvenir à la véritable nature des choses.
Analyse : La lecture de Wang Bi porte un poids philosophique plus profond. « Atteindre le vide suprême » n'est pas seulement une pratique de cultivation, mais une méthode épistémologique — ce n'est qu'en poussant le néant à son extrême que l'on peut percevoir l'essence des choses. Ici « 笃 » prend le sens que Wang Bi lui attribue : « la nature vraie et authentique des choses » (物之真正), et « 静 » désigne l'état ontologique de toutes choses. L'idée centrale : le vide et la quiétude ne sont pas seulement des méthodes de cultivation, mais aussi la nature ultime et véritable de toutes choses. Commentaire de Wang Bi : « 言致虚,物之极笃;守静,物之真正也 » (« Atteindre le vide, c'est parvenir à l'authenticité ultime des choses ; maintenir la quiétude, c'est demeurer dans la vraie nature des choses »).
Vues similaires : Wang Bi : « 言致虚,物之极笃;守静,物之真正也 » (« Atteindre le vide, c'est parvenir à l'authenticité ultime des choses ; maintenir la quiétude, c'est demeurer dans la vraie nature des choses »).
Traduction : Porter l'humilité d'esprit à son degré suprême ; maintenir la pureté de pensée jusqu'à la plus grande profondeur.
Analyse : Ici « 虚 » prend le sens d'« humilité » et « 静 » celui de « pureté ». Cette interprétation penche vers la dimension de la cultivation morale : l'humilité extrême et la pureté profonde sont les marques distinctives du Sage (圣人). Ce n'est pas simplement une pratique méditative, mais une attitude pour la conduite quotidienne — le vide permet la réceptivité, la quiétude permet la lucidité.
Vues similaires : En résonance avec l'esprit d'humble abaissement du chapitre 8 : « Le bien suprême est comme l'eau. »
Traduction : Les dix mille êtres surgissent et fleurissent ensemble ; par le moyen (d'un esprit vide et serein), j'observe le schéma de leur retour cyclique.
Analyse : La lecture la plus répandue. Les dix mille êtres jaillissent et prospèrent à l'unisson — c'est la face dynamique du cosmos ; cependant « je », avec un esprit de vide et de quiétude, discerne en leur sein le schéma par lequel toutes choses passent par des cycles de naissance et de disparition. L'objet de « 以 » (au moyen de) est implicitement reporté de la phrase précédente, à savoir « au moyen d'un esprit de vide et de quiétude ». Le commentaire de Wang Bi est le plus incisif : « 凡有起于虚,动起于静,故万物虽并动作,卒复归于虚静,是物之极笃也 » (« Tout être naît du vide ; tout mouvement naît de la quiétude. Ainsi, bien que les dix mille êtres se meuvent et agissent ensemble, ils retournent finalement au vide et à la quiétude — c'est l'authenticité ultime des choses »).
Vues similaires : Wang Bi : « 以虚静观其反复。凡有起于虚,动起于静,故万物虽并动作,卒复归于虚静 » (« Par le vide et la quiétude on observe leur retour cyclique. Tout être naît du vide ; tout mouvement naît de la quiétude. Ainsi, bien que les dix mille êtres se meuvent et agissent à l'unisson, ils retournent finalement au vide et à la quiétude »).
Traduction : Tous les êtres sont dans un état de mouvement et de changement perpétuels ; j'en tire la compréhension de leur retour ultime à la source.
Analyse : Ici « 并 » prend le sens de « tous sans exception », « 观 » signifie « percevoir par la contemplation », et « 复 » signifie « retourner à la source ». L'accent n'est pas mis sur la simple observation mais sur une réalisation méditative — percevoir par la contemplation la direction ultime du mouvement de tous les êtres : le retour à la racine. Cette lecture élève « l'observation du retour » (观复) d'un simple acte cognitif à un état de cultivation spirituelle.
Vues similaires : Heshang Gong : « 言吾以观见万物无不皆归其本也。人当念重其本也 » (« J'observe que tous les êtres sans exception retournent à leur racine. L'homme doit chérir sincèrement son origine »).
Traduction : Les dix mille êtres subissent des changements simultanés ; j'observe ainsi le schéma du mouvement de va-et-vient.
Analyse : Cette lecture souligne le contraste entre « 作 » (surgir, émerger) et « 复 » (retourner, revenir en cycle). Chaque « surgissement » parmi les dix mille êtres contient déjà le germe du « retour ». Ceci est une manifestation concrète de la formule de Laozi « L'inversion est le mouvement du Tao (道) » (chapitre 40) : l'essence du mouvement est le retour.
Vues similaires : Fait écho au chapitre 40 : « 反者道之动 » (« L'inversion est le mouvement du Tao »).
Traduction : Les dix mille êtres, fourmillants et innombrables, finissent chacun par retourner à leur propre source.
Analyse : La lecture la plus répandue. Bien que les dix mille êtres fourmillent et se manifestent sous des formes variées, ils retournent tous finalement à leur origine — de même que les feuilles, si luxuriantes soient-elles, finissent toujours par tomber et retourner à la racine. « Racine » (根) est à la fois concret (la racine d'une plante) et abstrait (l'origine de toutes choses). Commentaire de Wang Bi : « 各反其所始也 » (« Chacun retourne à son commencement »).
Vues similaires : Wang Bi : « 各反其所始也 » (« Chacun retourne à son commencement »).
Traduction : Tous les êtres s'épanouissent avec luxuriance (une splendeur éphémère) ; finalement, chacun retourne au Tao (道).
Analyse : Heshang Gong glose « 芸芸 » comme « 华叶盛 » — la luxuriance momentanée des fleurs et feuillages qui finiront inévitablement par flétrir et tomber. « Racine » prend ici le sens de « le Tao ». Cette lecture porte un fort sentiment d'impermanence : tout épanouissement n'est qu'une apparence transitoire ; en fin de compte, tous les êtres retournent de la manifestation superficielle à l'essence (le Tao). Son commentaire : « 万物无不枯落,各复反其根而更生也 » (« Tous les êtres sans exception flétrissent et tombent, chacun retournant à sa racine pour renaître ») — le flétrissement n'est pas l'extinction mais la condition préalable du « renouveau ».
Vues similaires : Heshang Gong : « 芸芸者,华叶盛也 » (« 芸芸 désigne la luxuriance des fleurs et du feuillage »). « 万物无不枯落,各复反其根而更生也 » (« Tous les êtres sans exception flétrissent et tombent, chacun retournant à sa racine pour renaître »).
Traduction : Tous les êtres s'agitent et bruissent (agitation superficielle) ; pourtant, finalement, chacun retourne à son état originel.
Analyse : Ici « 芸芸 » porte la nuance péjorative d'« agitation incessante », impliquant le tumulte et la querelle du monde. « Racine » prend le sens d'« état originel ». Cette lecture comprend « retourner à la racine » comme un voyage du tumulte des apparences vers la tranquillité de l'être authentique — formant un écho thématique avec l'ouverture « Atteindre le vide suprême ; maintenir fermement la quiétude ».
Vues similaires : S'enchaîne directement avec « 归根曰静 » (« Retourner à la racine s'appelle quiétude ») dans la phrase suivante de ce chapitre.
Traduction : Retourner à la racine s'appelle « quiétude » ; c'est ce qu'on nomme restaurer la nature conférée par le Ciel.
Analyse : La lecture la plus courante. L'état atteint lorsque tous les êtres retournent à leur racine est la « quiétude » — serein et immobile. Ce processus de retour à la racine et de recouvrement de la quiétude est « le retour au destin » (复命) — la restauration de la nature originelle conférée par le Ciel. « Destin » (命) prend le sens de la Doctrine du Milieu : « 天命之谓性 » (« Ce que le Ciel décrète s'appelle la nature »), désignant l'état inné avec lequel tous les êtres naissent. Commentaire de Wang Bi : « 静则复命,故曰复命也 » (« Dans la quiétude, on retourne au destin ; c'est pourquoi on appelle cela "retour au destin" »). Cette interprétation situe le « retour au destin » comme un processus épistémologique et ontologique de restauration de la nature originelle.
Vues similaires : Wang Bi : « 归根则静,故曰静。静则复命,故曰复命也 » (« Retourner à la racine amène la quiétude, d'où le nom de "quiétude". Dans la quiétude, on retourne au destin, d'où le nom de "retour au destin" »).
Traduction : Retourner à la racine s'appelle « quiétude » (douce et souple) ; c'est ce qu'on nomme restaurer la vie (rendre la vie impérissable).
Analyse : Heshang Gong interprète du point de vue de la cultivation de la santé et de la pratique spirituelle : la caractéristique de la racine est la douceur souple, l'humilité et le placement en bas ; ainsi « retourner à la racine » signifie revenir à un état de souplesse et de quiétude. « Retourner au destin » (复命) signifie alors restaurer la force vitale à son état naturel, la rendant « impérissable ». Son commentaire : « 言安静者是为复还性命,使不死也 » (« Être calme et serein, c'est restaurer et rendre la nature et la vie, les rendant impérissables »). Cette lecture relie le « retour au destin » à l'objectif de cultivation de la longévité et de l'immortalité.
Vues similaires : Heshang Gong : « 根安静柔弱,谦卑处下,故不复死也 » (« La racine est calme, souple, humble et placée en bas ; c'est pourquoi elle ne périt point »). « 安静者是为复还性命,使不死也 » (« La quiétude est pour restaurer la nature et la vie, les rendant impérissables »).
Traduction : Retourner à la racine fait entrer dans l'état ontologique de la quiétude ; c'est retourner à la destination prescrite par le destin.
Analyse : Ici « quiétude » (静) prend son sens ontologique — la quiétude n'est pas seulement un état mais un attribut essentiel du Tao (道). « Destin » (命) prend le sens de « fatalité, destination inévitable ». Cette lecture comprend le « retour au destin » comme suit : le retour de tous les êtres au Tao est une loi nécessaire du cosmos — non un choix mais la destination fatale de toute existence. Cela confère au « retour à la racine » une solennité cosmologique.
Vues similaires : En résonance avec le chapitre 25 : « 大曰逝,逝曰远,远曰反 » (« Grand signifie s'éloigner ; s'éloigner signifie atteindre le lointain ; atteindre le lointain signifie revenir ») — la vision cyclique.
Traduction : Restaurer sa nature s'appelle « la Constance » — la loi éternelle ; comprendre la loi éternelle s'appelle « l'illumination » — la véritable sagesse.
Analyse : La lecture la plus répandue. « Retour au destin → la Constance → connaître la Constance → l'illumination » forme une chaîne cognitive de plus en plus profonde. Être capable de retourner à sa nature originelle, c'est saisir la loi constante qui gouverne le fonctionnement de toutes choses (la Constance) ; reconnaître cette loi constante, c'est la véritable sagesse (l'illumination). « Illumination » (明) est l'un des concepts cognitifs les plus importants de Laozi — non pas l'érudition du savoir, mais la vision pénétrante du Tao (道) éternel. Commentaire de Wang Bi : « 复命则得性命之常,故曰常也 » (« Le retour au destin donne la Constance de la nature et du destin ; d'où le nom de "Constance" »). « 常之为物,不偏不彰,无皦昧之状,温凉之象,故曰知常曰明也 » (« La Constance en tant que réalité n'est ni partiale ni manifeste, ne présentant aucune apparence de luminosité ou d'obscurité, de chaleur ou de fraîcheur ; c'est pourquoi on dit que connaître la Constance, c'est l'illumination »).
Vues similaires : Wang Bi : « 复命则得性命之常 » (« Le retour au destin donne la Constance de la nature et du destin »). « 常之为物,不偏不彰 » (« La Constance en tant que réalité n'est ni partiale ni manifeste »). Chapitre 33 : « 知人者智,自知者明 » (« Celui qui connaît les autres est intelligent ; celui qui se connaît lui-même est illuminé »).
Traduction : Restaurer sa nature, c'est retourner à l'état normal de toutes choses ; réaliser cet état normal, c'est obtenir l'illumination intérieure.
Analyse : Ici « la Constance » (常) prend le sens d'« état normal » — la condition naturelle et ordinaire de toutes choses. « Connaître » (知) prend le sens de « réalisation » — non une connaissance conceptuelle mais un éveil vécu. « Illumination » (明) prend le sens de « lumière intérieure, conscience éveillée » — une lumière de sagesse intérieure qui s'allume. Cette lecture s'accorde mieux avec la dimension expérientielle de la cultivation : par la pratique du retour à la racine et de la restauration du destin, le pratiquant atteint un état de conscience illuminée.
Vues similaires : Partage une similitude structurelle avec le concept bouddhiste d'« éveil » (觉悟).
Traduction : Restaurer la vie pour qu'elle ne périsse pas — telle est la pratique constante du Tao (道) ; connaître la pratique constante du Tao, c'est être véritablement sage.
Analyse : Commentaire de Heshang Gong : « 复命使不死,乃道之所常行也 » (« Restaurer le destin pour ne pas mourir — c'est ce que le Tao pratique constamment »). « 能知道之所常行,则为明 » (« Connaître ce que le Tao pratique constamment, c'est être illuminé »). Cette lecture interprète « la Constance » comme la pratique constante du Tao — à savoir le schéma du retour cyclique, de la vie et de la mort incessantes. « Connaître la Constance » consiste à reconnaître ce schéma, afin de pouvoir s'y conformer et atteindre un état de sagesse qui ne fait rien de téméraire et ne défie pas le Ciel.
Vues similaires : Heshang Gong : « 复命使不死,乃道之所常行也 » (« Restaurer le destin pour ne pas mourir — c'est la pratique constante du Tao »). « 能知道之所常行,则为明 » (« Connaître ce que le Tao pratique constamment, c'est être illuminé »).
Traduction : Ne pas comprendre la loi éternelle, c'est agir témérairement et provoquer le malheur.
Analyse : La lecture la plus répandue. Celui qui ne reconnaît pas la loi constante par laquelle toutes choses passent par des cycles de naissance et de retour agira aveuglément par ignorance et impulsivité, attirant inévitablement le malheur. « Action téméraire » (妄作) = « agir avec précipitation et inconscience » — la témérité née de l'ignorance. À travers l'histoire, combien ont échoué parce qu'ils ne connaissaient pas les temps et ne suivaient pas les lois — c'est précisément la leçon ici. Commentaire de Heshang Gong : « 不知道之所常行,妄作巧诈,则失神明,故凶也 » (« Ne pas connaître la pratique constante du Tao, c'est recourir à la ruse et à la tromperie, perdant ainsi la clarté spirituelle — d'où le malheur »).
Vues similaires : Heshang Gong : « 不知道之所常行,妄作巧诈,则失神明,故凶也 » (« Ne pas connaître la pratique constante du Tao, c'est recourir à la ruse et à la tromperie, perdant la clarté spirituelle — d'où le malheur »).
Traduction : Ne pas comprendre le Tao (道) éternel, c'est imposer avec arrogance une intervention artificielle et provoquer le malheur.
Analyse : Ici « 妄 » prend le sens d'« arrogant » et « 作 » signifie « artifice, intervention humaine ». Cette lecture va plus loin : il ne s'agit pas seulement d'« agir imprudemment » mais d'« imposer présomptueusement l'intervention humaine sur la nature ». Ceux qui ne connaissent pas « la Constance » tendent vers une assurance arrogante, croyant que l'effort humain peut tout remodeler ; violer la loi naturelle par un artifice forcé entraîne inévitablement un retour de bâton. Cela s'accorde avec l'opposition fondamentale de Laozi à l'« action volontariste » (有为).
Vues similaires : Wang Bi : « 失此以往,则邪入乎分,则物离其分,故曰不知常,则妄作凶也 » (« En s'écartant de cela, la déviance entre dans son rôle propre ; les choses quittent leur place propre — d'où : ne pas connaître la Constance conduit à l'action téméraire et au malheur »).
Traduction : Ne pas comprendre le Tao (道) éternel, c'est rendre illusoire tout ce que l'on fait ; (le résultat) est un présage funeste.
Analyse : Ici « 妄 » prend le sens d'« illusoire, irréel ». Celui qui ne connaît pas le Tao a toutes ses actions bâties sur un cadre cognitif faux, et par conséquent ces actions sont elles-mêmes irréelles et vouées à l'échec. Plus on agit, plus on s'éloigne du Tao — ce n'est pas seulement le péril des actions mais l'erreur du cadre cognitif lui-même.
Vues similaires : Partage une structure logique avec le concept bouddhiste selon lequel l'« ignorance » (无明) engendre toutes les actions erronées.
Traduction : Connaître le Tao (道) éternel permet d'embrasser toutes choses ; embrasser toutes choses rend impartial ; être impartial permet d'être roi ; être roi s'accorde au Ciel ; s'accorder au Ciel s'accorde au Tao ; s'accorder au Tao assure la permanence ; jusqu'à la fin de sa vie, on ne sera jamais en danger.
Analyse : La lecture la plus répandue. Il s'agit d'une chaîne ascendante à sept niveaux de cultivation : connaître la Constance → embrasser → impartialité → royauté → Ciel → Tao → permanence. Chaque niveau est la conséquence naturelle du précédent, formant un chemin ascendant complet de la cognition à la conduite puis à l'accomplissement spirituel. La structure de ce passage est unique — elle relie l'épistémologie (connaître la Constance), l'éthique (embrasser, impartialité), la philosophie politique (royauté), la cosmologie (Ciel, Tao) et l'ontologie (permanence) en une chaîne sans couture. Le commentaire de Heshang Gong explique chaque niveau en séquence, offrant des orientations pratiques pour la cultivation.
Vues similaires : Commentaire niveau par niveau de Heshang Gong : « 能知道之所常行,去情忘欲,无所不包容也 » (« Connaître la pratique constante du Tao, c'est abandonner les émotions et oublier les désirs, embrasser tout sans exception »). « 无所不包容,则公正无私 » (« Embrasser tout sans exception, c'est être impartial et désintéressé »). « 公正无私,可以为天下王 » (« Impartial et désintéressé, on peut être roi de tout sous le Ciel »).
Traduction : Connaître la Constance rend omnipénétrant et omniscient ; l'omniscience mène à l'impartialité ouverte ; l'impartialité ouverte mène à l'universalité ; l'universalité mène à l'unité avec la vertu du Ciel ; l'unité avec le Ciel mène à la grande compréhension du Tao (道) ; comprendre le Tao mène à l'absence de toute limite ; jusqu'à la fin de sa vie, on ne sera jamais en danger.
Analyse : La lecture de Wang Bi porte un caractère ontologique plus marqué. Chaque « 乃 » (alors) ne dénote pas une simple relation causale mais un approfondissement de l'accomplissement spirituel : de la « compréhension omnipénétrante » à l'« impartialité ouverte » à l'« universalité » à l'« unité avec le Ciel » à la « compréhension du Tao » à l'« absence de limite » — c'est une progression du fini vers l'infini. En fin de compte, « le Tao est permanent » au sens de « n'avoir aucune limite » (不有极) — non pas la longévité temporelle mais la liberté de toute limitation. L'ensemble du processus, partant de « connaître la Constance », retourne finalement à « atteindre le vide suprême » — un écho thématique entre le début et la fin, formant un cercle de cognition.
Vues similaires : Commentaire niveau par niveau de Wang Bi : « 无所不包通也 » (« Omnipénétrant et omniscient »). « 乃至于荡然公平 » (« Parvenir à l'impartialité ouverte »). « 乃至于无所不周普 » (« Parvenir à l'universalité »). « 乃至于同乎天 » (« Parvenir à l'unité avec le Ciel »). « 体道大通,则乃至于极虚无 » (« Comprendre le Tao avec grande pénétration, c'est parvenir au vide suprême »). « 则乃至于不有极也 » (« On parvient alors à l'état d'absence de toute limite »).
Traduction : Connaître le Tao (道) éternel permet d'embrasser le peuple ; embrasser le peuple permet de gouverner avec une justice impartiale ; gouverner justement permet d'être roi de tout sous le Ciel ; être roi s'accorde aux principes du Ciel ; s'accorder au Ciel s'accorde au Tao ; s'accorder au Tao assure la permanence ; jusqu'à la fin de sa vie, on ne sera jamais en danger.
Analyse : Cette lecture prend la chaîne à sept niveaux comme un programme politique complet : partant de la cultivation cognitive du souverain (connaître la Constance), passant par la formation du caractère (embrasser, impartialité), jusqu'au succès politique (royauté), s'élevant ensuite vers l'unité avec la loi cosmique (Ciel, Tao), pour finalement atteindre la sécurité éternelle (permanence, absence de danger à vie). Cela s'accorde avec les commentaires de Heshang Gong : « 公正无私,可以为天下王 » (« Impartial et désintéressé, on peut être roi de tout sous le Ciel ») et « 治身正则形一,神明千万,共凑其躬 » (« Quand le soi est gouverné droitement, le corps est unifié ; des myriades de puissances spirituelles se rassemblent en sa personne ») — la cultivation de soi et l'art de gouverner sont ici unifiés en un seul.
Vues similaires : Heshang Gong : « 公正无私,可以为天下王。治身正则形一 » (« Impartial et désintéressé, on peut être roi de tout sous le Ciel. Quand le soi est gouverné droitement, le corps est unifié »). « 能公能王,通天合道,四者纯备,道德弘远,无殃无咎 » (« Capable d'impartialité et de royauté, en communication avec le Ciel et en accord avec le Tao — quand ces quatre sont pleinement réalisés, la vertu s'étend au loin, libre de calamité et de blâme »).
Traduction : …jusqu'à la fin de sa vie, on ne souffrira jamais d'épuisement ni de déplétude.
Analyse : Ici « 殆 » prend le sens d'« épuisement » (comme dans le Zhuangzi : « 以有涯随无涯,殆已 » — « Poursuivre l'illimité avec le limité — c'est l'épuisement »). Sous cette lecture, « 没身不殆 » gagne une couche de profondeur supplémentaire : non seulement le corps est exempt de danger, mais l'esprit aussi ne souffre jamais d'épuisement — car celui qui est uni au Tao agit sans effort et ne s'attache à rien, et ne peut donc jamais s'épuiser à la manière de « poursuivre l'illimité avec le limité ». Cette lecture porte l'implication profonde de « la naturalité sans effort, libre de toute exertion mentale » (le non-agir, 无为).
Vues similaires : Zhuangzi, « Les principes fondamentaux de la nutrition de la vie » (养生主) : « 以有涯随无涯,殆已 » (« Poursuivre l'illimité avec le limité — c'est l'épuisement »). Laozi, chapitre 25 : « 周行而不殆 » (« Il se meut en un cycle sans fin sans s'épuiser »).
Ce chapitre contient 22 combinaisons d'interprétation.
[Divergences fondamentales]
Le chapitre 16 est le discours intégré le plus systématique sur « cultivation — cognition — accomplissement spirituel » du Tao Te King. La structure du chapitre est extraordinairement précise : il s'ouvre avec « atteindre le vide suprême ; maintenir fermement la quiétude » comme principe directeur de la cultivation ; emploie « l'observation du retour » (观复) comme méthode cognitive ; définit la loi cosmique dans une progression à quatre niveaux de « retour à la racine → quiétude → retour au destin → la Constance » ; trace une chaîne ascendante à sept niveaux de cultivation dans « connaître la Constance → embrasser → impartialité → royauté → Ciel → Tao → permanence » ; et conclut par « jusqu'à la fin de ses jours, on ne sera point en péril ». Les divergences fondamentales résident dans : (1) Wang Bi comprend « le vide et la quiétude » comme l'état ontologique de toutes choses (« l'authenticité ultime et la vraie nature des choses »), tandis que Heshang Gong les comprend comme une pratique de cultivation (« abandonner les émotions et éliminer les désirs ») ; (2) le « retour au destin » dans le système de Wang Bi signifie retourner à la Constance de la nature et du destin (une destination épistémologique), tandis que dans le système de Heshang Gong, il signifie « restaurer la nature et la vie pour ne pas mourir » (un objectif de cultivation) ; (3) la chaîne progressive à sept niveaux dans le commentaire de Wang Bi est un approfondissement ontologique de la « compréhension omnipénétrante » à « l'absence de toute limite », tandis que dans le commentaire de Heshang Gong, c'est un chemin pratique de cultivation de soi et de gouvernance allant de « abandonner les émotions et oublier les désirs » à « partir ensemble avec le Ciel et la Terre ». L'intuition la plus profonde de ce chapitre est : le point de départ de toute cognition est « le vide » et « la quiétude » — seul un esprit vacant et serein peut percevoir la vérité de toutes choses, et la vérité de toutes choses est précisément ceci : le retour cyclique, le retour à la racine et la restauration du destin. Reconnaître cela (connaître la Constance) est le début de la sagesse ; de là on s'élève pas à pas, jusqu'à demeurer avec le Tao.