Traduction : Dans les temps anciens, ceux qui excellaient dans la pratique du Tao (道) étaient subtils et merveilleux, profonds et pénétrants — si insondables qu'on ne pouvait les sonder.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « 士 » (shì) désigne les praticiens du Tao. Les quatre caractères « 微妙玄通 » décrivent ensemble le domaine spirituel de l'homme accompli dans le Tao : subtil, merveilleux, mystérieux et pénétrant. « 深不可识 » — leur profondeur ne peut être mesurée. Heshang Gong (河上公) commente : « 其志节玄妙,精与天通也。道德深远,不可识知 » — « Leurs aspirations sont mystérieuses et merveilleuses ; leur essence communique avec le Ciel. Leur vertu et le Tao sont profonds et lointains, au-delà de toute connaissance. »
Vues similaires : Heshang Gong : « 玄,天也。言其志节玄妙,精与天通也。道德深远,不可识知 » — « Xuan signifie le Ciel. Cela dit que leurs aspirations sont mystérieuses et merveilleuses ; leur essence communique avec le Ciel. Leur vertu et le Tao sont profonds et lointains, au-delà de toute connaissance. »
Traduction : Dans les temps anciens, ceux qui excellaient en tant que lettrés étaient cachés et merveilleux, profondément pénétrants — si insondables qu'on ne pouvait les reconnaître.
Analyse : « 为士 » est pris au sens de « agir en lettré », et « 微 » au sens de « caché ». L'accent est mis sur le fait que l'homme accompli dans le Tao paraît ordinaire en apparence, dissimulant ses capacités, profondément retiré. Les autres ne voient que son côté commun, ignorant sa profondeur. Cette interprétation met l'accent sur la sagesse de l'adepte consistant à « voiler sa lumière et nourrir dans l'obscurité ».
Vues similaires : Heshang Gong : « 内视若盲,反听若聋,莫知所长 » — « Regardant en soi comme aveugle, écoutant en soi comme sourd — nul ne connaît ses forces. »
Traduction : Dans la haute antiquité, ceux qui excellaient dans la conduite des affaires étaient subtils et merveilleux, en communication avec la Voie du Ciel — si profonds qu'on ne pouvait les sonder.
Analyse : « 古 » est pris au sens de « très ancien », « 士 » est lu comme un emprunt phonétique pour « 事 » (affaires), « 玄 » au sens de « Ciel », et « 通 » au sens de « communiquer avec ». Cette interprétation souligne que les hommes de la haute antiquité conduisaient les affaires avec subtilité, leur esprit communiquant avec la Voie du Ciel, leur profondeur dépassant toute mesure.
Vues similaires : Heshang Gong : « 精与天通也 » — « Leur essence communique avec le Ciel. »
Traduction : Précisément parce qu'ils étaient insondables, on ne peut qu'essayer de décrire leur apparence.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « 强 » est pris au sens de « avec difficulté, en forçant », et « 容 » au sens de « décrire ». Le domaine de l'homme accompli dans le Tao est trop profond pour que le langage puisse l'exprimer pleinement ; on ne peut donc qu'employer, à contrecœur, des métaphores pour le dépeindre. Cette phrase sert d'introduction aux sept métaphores qui suivent.
Vues similaires : Wang Bi (王弼) et Heshang Gong considèrent tous deux cette phrase comme le cadre général des sept métaphores suivantes.
Traduction : Précisément parce qu'on ne pouvait les mesurer, on s'efforce de portraiturer leur contenance et leur allure.
Analyse : « 强 » est pris au sens de « avec acharnement, de toutes ses forces », et « 容 » au sens de « contenance ». Cette interprétation ne signifie pas « à contrecœur » (avec un ton d'humble insuffisance), mais plutôt « avec acharnement » (avec une attitude d'effort actif). Laozi déploie tous ses efforts pour saisir par les mots l'allure de l'homme accompli dans le Tao.
Vues similaires : Une lecture positive privilégiée par certains chercheurs modernes.
Traduction : Prudent et précautionneux, comme traversant une rivière gelée en hiver.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « 豫 » est pris au sens de « hésitant, prudent ». En hiver, la surface de la rivière est gelée ; en la traversant à gué, on ignore l'épaisseur de la glace, si bien que chaque pas est un test — tremblant d'appréhension. L'homme accompli dans le Tao agit avec une telle prudence, n'osant jamais être téméraire. Wang Bi (王弼) commente : « 冬之涉川,豫然若欲度,若不欲度,其情不可得见之貌也 » — « Traversant une rivière en hiver, on hésite comme si l'on voulait traverser sans vouloir traverser — une apparence dont les véritables sentiments ne peuvent être discernés. »
Vues similaires : Wang Bi : « 冬之涉川,豫然若欲度,若不欲度,其情不可得见之貌也 » — « Traversant une rivière en hiver, on hésite comme si l'on voulait traverser sans vouloir traverser — une apparence dont les véritables sentiments ne peuvent être discernés. »
Traduction : Vigilant par anticipation, aussi prudent que pour traverser une rivière en hiver.
Analyse : « 豫 » est lu comme un emprunt phonétique pour « 预 » (anticiper), signifiant être préparé et vigilant à l'avance. L'homme accompli dans le Tao prévoit toutes les éventualités, faisant ses préparatifs à l'avance, comme on sonde et teste la glace avant de traverser une rivière en hiver.
Vues similaires : Heshang Gong : « 举事辄加重慎。心难之也 » — « En entreprenant des affaires, on exerce invariablement une prudence redoublée. Le cœur y trouve de la difficulté. »
Traduction : Vigilant et alerte, comme se gardant d'attaques des États voisins sur les quatre côtés.
Analyse : « 犹 » est pris au sens de « hésitant et incertain », et « 四邻 » au sens de « les quatre États voisins ». Wang Bi (王弼) commente : « 四邻合攻,中央之主,犹然不知所趣向者也。上德之人,其端兆不可覩,德趣不可见,亦犹此也 » — « Lorsque les quatre voisins attaquent ensemble, le souverain au centre hésite, ne sachant quelle direction prendre. L'homme de la plus haute vertu est pareil — ses prémices ne peuvent être détectées, ses intentions vertueuses ne peuvent être perçues. » L'homme accompli dans le Tao maintient constamment sa vigilance, ne révélant jamais son tranchant.
Vues similaires : Wang Bi : « 四邻合攻,中央之主,犹然不知所趣向者也 » — « Lorsque les quatre voisins attaquent ensemble, le souverain au centre hésite, ne sachant quelle direction prendre. »
Traduction : Hésitant et prudent, comme manifestant de la révérence envers tous les voisins alentour.
Analyse : Interprétation de Heshang Gong. « 畏 » est pris au sens de « témoigner de la révérence », et « 四邻 » au sens de « voisins ». Comme un homme qui a enfreint la loi et craint que ses voisins ne l'apprennent, l'homme accompli dans le Tao agit avec retenue et déférence, n'osant jamais se laisser aller à l'indulgence. Heshang Gong commente : « 其进退犹犹如拘制,若人犯法,畏四邻知之也 » — « Ses avancées et retraites sont aussi contraintes que s'il était sous contrôle, comme quelqu'un qui a enfreint la loi et craint que ses voisins ne l'apprennent. »
Vues similaires : Heshang Gong : « 其进退犹犹如拘制,若人犯法,畏四邻知之也 » — « Ses avancées et retraites sont aussi contraintes que s'il était sous contrôle, comme quelqu'un qui a enfreint la loi et craint que ses voisins ne l'apprennent. »
Traduction : Digne et respectueux, aussi courtois qu'un invité.
Analyse : « 容 » est un emprunt phonétique pour « 客 » (invité) (certaines éditions écrivent directement « 客 »). L'homme accompli dans le Tao se comporte avec autrui comme un invité — sans jamais outrepasser les limites, sans jamais être présomptueux, maintenant toujours une attitude humble. Heshang Gong commente : « 如客畏主人,俨然无所造作也 » — « Comme un invité qui montre de la déférence envers son hôte, solennel et sans artifice. »
Vues similaires : Heshang Gong : « 如客畏主人,俨然无所造作也 » — « Comme un invité qui montre de la déférence envers son hôte, solennel et sans artifice. »
Traduction : Droit et composé, manifestant une contenance respectueuse.
Analyse : « 俨 » est pris au sens de « droit, ordonné », et « 容 » au sens de « contenance, maintien ». Cette interprétation lit « 若容 » comme « manifestant une contenance respectueuse » plutôt que comme une comparaison. L'homme accompli dans le Tao est extérieurement droit et composé, son maintien naturellement respectueux sans aucun effort délibéré.
Vues similaires : Grammaticalement, « 若 » est lu comme « tel/ainsi » plutôt que « comme ».
Traduction : Ouvert et détaché, comme la glace sur le point de fondre.
Analyse : L'interprétation la plus courante. Au moment où la glace est sur le point de fondre mais n'a pas encore complètement fondu, sa coque rigide commence à s'assouplir et à se dissoudre — l'homme accompli dans le Tao, bien que digne en apparence, est intérieurement libre et doux. Toute rigidité, toute raideur, tout préjugé se dissolvent progressivement.
Vues similaires : Heshang Gong : « 涣者,解散。释者,消亡。除情去欲,日以空虚 » — « Huan signifie se disperser. Shi signifie disparaître. Supprimer les passions et éliminer les désirs, devenant plus vide de jour en jour. »
Traduction : Se dispersant sans attachement, comme la glace sur le point de se dissoudre et de se libérer.
Analyse : « 涣 » est pris au sens de « se disperser », et « 释 » au sens de « libérer, relâcher ». L'homme accompli dans le Tao n'a aucun attachement dans l'esprit — comme la glace se transformant en eau, toutes les fixations solides et les positions rigides sont libérées. Cette interprétation met l'accent sur l'état spirituel de « non-attachement » chez le praticien accompli.
Vues similaires : Heshang Gong : « 除情去欲,日以空虚 » — « Supprimer les passions et éliminer les désirs, devenant plus vide de jour en jour. »
Traduction : Sincère et substantiel, comme le bois non sculpté.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « 朴 » (pǔ) est un concept central chez Laozi — l'état naturel du bois non sculpté, symbolisant l'authenticité originelle non altérée par la civilisation et la connaissance. L'homme accompli dans le Tao préserve cette simplicité première, sans ornement ni affectation. Heshang Gong commente : « 敦者,质厚。朴者,形未分。内守精神,外无文采也 » — « Dun signifie d'une substance épaisse. Pu signifie une forme non encore différenciée. Gardant l'esprit intérieurement, sans embellissement extérieur. »
Vues similaires : Heshang Gong : « 敦者,质厚。朴者,形未分。内守精神,外无文采也 » — « Dun signifie d'une substance épaisse. Pu signifie une forme non encore différenciée. Gardant l'esprit intérieurement, sans embellissement extérieur. »
Traduction : Earnest et simple, comme naturellement sans ornement.
Analyse : « 敦 » est pris au sens de « sincère, sérieux », et « 朴 » au sens de « simple, naturel ». Cette interprétation aborde la question sous l'angle des relations humaines : l'homme accompli dans le Tao traite les gens avec sincérité, sans prétention ni artifice, préservant son caractère naturel.
Vues similaires : En accord avec la pensée de Laozi : « manifester la simplicité, embrasser le bois brut » (见素抱朴).
Traduction : Vaste et ouvert, comme une vallée profonde de montagne.
Analyse : L'interprétation la plus courante. Une vallée de montagne est spacieuse et vaste, capable de contenir toutes choses — l'homme accompli dans le Tao possède un esprit large et magnanime, humble comme une vallée, englobant tout. Heshang Gong commente : « 旷者,宽大。谷者,空虚。不有德功名,无所不包也 » — « Kuang signifie vaste et large. Gu signifie vide et creux. Sans posséder vertu, mérite ni renom — il n'est rien qu'il ne contienne. » Ceci fait écho au « 谷 » (vallée) du chapitre 6 : « 谷神不死 » (l'esprit de la vallée ne meurt jamais).
Vues similaires : Heshang Gong : « 旷者,宽大。谷者,空虚。不有德功名,无所不包也 » — « Kuang signifie vaste et large. Gu signifie vide et creux. Sans posséder vertu, mérite ni renom — il n'est rien qu'il ne contienne. »
Traduction : L'esprit ouvert et large, comme un ravin vide.
Analyse : « 旷 » est pris au sens de « à l'esprit ouvert », et « 谷 » au sens de « vide, vacuité ». Cette interprétation se concentre sur la description du domaine spirituel : l'esprit de l'homme accompli dans le Tao est comme une vallée vide — parce qu'elle est vide, elle peut contenir ; parce qu'elle contient, elle est magnanime.
Vues similaires : Synonyme de l'expression chinoise « 虚怀若谷 » (aussi humble et réceptif qu'une vallée).
Traduction : Se mêlant et fusionnant, comme l'eau trouble.
Analyse : L'interprétation la plus courante. L'homme accompli dans le Tao ne se distingue pas comme pur et élevé, ne parade pas sa supériorité, mais se mêle au contraire aux gens ordinaires, comme l'eau boueuse — sans ostentation, sans éclat, sans discrimination. Heshang Gong commente : « 浑者,守本真,浊者,不照然。与众合同,不自专也 » — « Hun signifie préserver son authenticité originelle ; zhuo signifie ne pas briller. Se mêlant à la multitude, sans s'affirmer soi-même. » Cette métaphore prépare la phrase ultérieure « 孰能浊以静之徐清 » (qui peut laisser le trouble se déposer et lentement devenir clair).
Vues similaires : Heshang Gong : « 浑者,守本真,浊者,不照然。与众合同,不自专也 » — « Hun signifie préserver son authenticité originelle ; zhuo signifie ne pas briller. Se mêlant à la multitude, sans s'affirmer soi-même. »
Traduction : Substantiel et sans prétention, comme immergé dans le monde profane.
Analyse : « 混 » est pris au sens de « substantiel, brut », et « 浊 » au sens de « mondain, profane ». L'homme accompli dans le Tao ne diffère en rien des gens ordinaires en apparence, voire paraît quelque peu rustre — il ne recherche pas l'élégance ou la pureté extérieures mais vit naturellement dans le monde, tel qu'il est. Ce sens est en accord avec la pensée de Laozi : « tempérer sa lumière et se joindre à la poussière » (和光同尘).
Vues similaires : En accord avec le chapitre 4 du Tao Te King : « 和其光,同其尘 » — « Tempérez votre lumière et joignez-vous à la poussière. »
Traduction : Qui peut laisser l'eau trouble se déposer par le calme et lentement devenir claire ?
Analyse : L'interprétation la plus courante. Lorsque l'eau boueuse est laissée au repos, les sédiments se déposent d'eux-mêmes et l'eau devient naturellement claire — aucune force extérieure n'est nécessaire pour la purifier de force. Cette métaphore décrit la méthode de culture de l'esprit du praticien accompli : plutôt que de chasser de force les pensées parasites, on laisse simplement l'esprit devenir calme, et les pensées parasites se retireront naturellement. Wang Bi (王弼) commente : « 浊以静物则得清……此自然之道也 » — « Le trouble, lorsqu'il est apaisé, atteint la clarté… c'est la Voie naturelle. » Heshang Gong commente : « 谁能知水之浊止而静之,徐徐自清也 » — « Qui peut savoir qu'il faut arrêter la turbidité de l'eau et l'apaiser, pour qu'elle se clarifie graduellement d'elle-même. »
Vues similaires : Wang Bi : « 浊以静物则得清,此自然之道也。孰能者,言其难也 » — « Le trouble, lorsqu'il est apaisé, atteint la clarté ; c'est la Voie naturelle. "Qui peut" exprime la difficulté. »
Traduction : Qui peut, au milieu de la turbulence et de la confusion, s'appuyer sur la tranquillité pour atteindre graduellement la clarté ?
Analyse : « 浊 » est pris au sens de « état de trouble intérieur », « 以 » au sens de « au moyen de », et « 静 » au sens de « état de tranquillité ». Cette interprétation lit « 浊 » comme la condition de vivre dans un monde chaotique — demeurer dans des temps troublés et s'appuyer sur la tranquillité intérieure pour atteindre graduellement une clarté lucide. Elle met l'accent sur la culture du praticien au sein de la poussière du monde.
Vues similaires : Fait écho à la phrase précédente « 混兮其若浊 » — le praticien accompli cherche la clarté au sein du trouble.
Traduction : Qui peut, à partir d'un état de repos, maintenir le mouvement dans la durée et faire graduellement naître une nouvelle vie ?
Analyse : L'interprétation la plus courante, formant un parallélisme avec la phrase précédente « 浊以静之徐清 ». Le repos n'est pas un état de mort — dans un repos prolongé, la vitalité s'accumule, et finalement une nouvelle vie éclôt. Wang Bi (王弼) commente : « 安以动物则得生,此自然之道也 » — « Le calme, lorsqu'il est mis en mouvement, engendre la vie ; c'est la Voie naturelle. » C'est précisément la pensée dialectique selon laquelle « de l'extrême du repos naît le mouvement ».
Vues similaires : Wang Bi : « 安以动物则得生,此自然之道也。孰能者,言其难也 » — « Le calme, lorsqu'il est mis en mouvement, engendre la vie ; c'est la Voie naturelle. "Qui peut" exprime la difficulté. »
Traduction : Qui peut maintenir la tranquillité et, par une action prolongée, atteindre graduellement la longévité ?
Analyse : Interprétation de Heshang Gong, mettant l'accent sur la culture de la santé et de la longévité : en maintenant le repos pendant une longue période, on peut lentement atteindre la longue vie. « 生 » est pris au sens de « survie, longévité ». Heshang Gong commente : « 谁能安静以久,徐徐以长生也 » — « Qui peut rester en repos longtemps et atteindre graduellement la longue vie. » Cette interprétation place toute la phrase dans le cadre de l'entretien de la vie et de la culture de la santé.
Vues similaires : Heshang Gong : « 谁能安静以久,徐徐以长生也 » — « Qui peut rester en repos longtemps et atteindre graduellement la longue vie. »
Traduction : Ceux qui préservent ce Tao (道) ne recherchent pas la plénitude.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « 盈 » signifie plein — la lune décroît quand elle est pleine, l'eau déborde quand elle est pleine. L'homme accompli dans le Tao comprend profondément que l'excès mène à son contraire, et par conséquent ne poursuit pas la plénitude ni le débordement. Wang Bi (王弼) commente : « 盈必溢也 » — « Ce qui est plein doit déborder. » Heshang Gong commente : « 保此徐生之道,不欲奢泰盈溢 » — « Préserver ce Tao de la vie graduelle, et ne pas désirer l'extravagance, l'excès ni le débordement. » C'est la pensée du chapitre 9 : « 持而盈之,不如其已 » — « Tenir et remplir jusqu'au bord n'est pas aussi bon que s'arrêter à temps. »
Vues similaires : Wang Bi : « 盈必溢也 » — « Ce qui est plein doit déborder. » Heshang Gong : « 保此徐生之道,不欲奢泰盈溢 » — « Préserver ce Tao de la vie graduelle, et ne pas désirer l'extravagance, l'excès ni le débordement. »
Traduction : Ceux qui sauvegardent le grand Tao ne recherchent pas l'auto-satisfaction.
Analyse : « 保 » est pris au sens de « sauvegarder », et « 盈 » au sens de « auto-satisfaction, suffisance ». Cette interprétation se concentre sur la culture morale : celui qui a atteint le Tao sauvegarde l'essence du Tao et doit en tout temps se garder de la suffisance — car dès qu'on devient suffisant, on commence à s'écarter du Tao.
Vues similaires : En lien avec la pensée du chapitre 9 du Tao Te King : « 功遂身退,天之道也 » — « Se retirer une fois l'œuvre accomplie, c'est la Voie du Ciel. »
Traduction : Précisément parce qu'ils ne recherchent pas la plénitude, ils peuvent rester dans leur état ancien sans avoir besoin de renouvellement ni de rénovation.
Analyse : « 蔽 » est un emprunt phonétique pour « 敝 » (usé, vieux), et « 新成 » signifie « renouveler, rénover ». Précisément parce qu'ils ne deviennent pas pleins, il n'y a ni usure ni besoin de réparation ou de renouvellement — ils maintiennent éternellement leur état originel sans avoir à poursuivre constamment de nouvelles réalisations. Cette interprétation est en accord avec le plaidoyer de Laozi en faveur de la simplicité et contre l'ornementation.
Vues similaires : Le commentaire de Wang Bi implique ce sens : parce qu'ils ne recherchent pas la plénitude, ils n'ont pas besoin de couvrir l'ancien pour chercher de nouvelles réalisations.
Traduction : Précisément parce qu'ils ne recherchent pas la plénitude, ils peuvent se dissimuler et ne pas poursuivre de nouvelle renommée ni de nouvelles réalisations.
Analyse : Interprétation de Heshang Gong. « 蔽 » est pris au sens de « dissimuler, cacher », et « 新成 » au sens de « renommée et réalisations ». L'homme accompli dans le Tao cache son éclat et ne poursuit pas de nouvelles réalisations. Heshang Gong commente : « 能守蔽不为新成。蔽者,匿光荣也。新成者,贵功名 » — « Il peut maintenir la dissimulation et ne pas poursuivre de nouvelles réalisations. Bi signifie cacher sa gloire. Xin cheng signifie valoriser le mérite et la renommée. » Parce qu'ils ne sont pas pleins, ils se contentent de rester cachés, sans étaler leurs réalisations.
Vues similaires : Heshang Gong : « 蔽者,匿光荣也。新成者,贵功名 » — « Bi signifie cacher sa gloire. Xin cheng signifie valoriser le mérite et la renommée. »
Traduction : Précisément parce qu'ils ne recherchent pas la plénitude, ils peuvent abriter toutes choses sans avoir besoin de créer à nouveau.
Analyse : « 蔽 » est pris au sens de Wang Bi de « couvrir, abriter ». Parce que le Tao ne recherche pas la plénitude, il peut abriter toutes choses — comme le dais du Ciel, comme l'embrassement d'une vallée — et il n'a jamais besoin de détruire l'ancien pour construire du neuf. Cette interprétation a des connotations cosmologiques : la transformation créatrice du Tao est éternelle et continue, et non un processus de destruction de l'ancien pour établir le nouveau.
Vues similaires : Wang Bi : « 蔽,覆盖也 » — « Bi signifie couvrir. »
Ce chapitre contient 28 combinaisons d'interprétation.
[Divergences fondamentales]
Le chapitre 15 est le portrait classique que Laozi dresse de l'homme accompli dans le Tao. Il s'ouvre en identifiant la caractéristique fondamentale des adeptes accomplis de l'antiquité : « 微妙玄通,深不可识 » (subtils, merveilleux, mystérieux et pénétrants — si profonds qu'on ne peut les sonder). Laozi esquisse alors leur portrait à travers sept métaphores exquises : 豫兮若冬涉川 (prudent comme marchant sur une glace fine en hiver), 犹兮若畏四邻 (vigilant comme assiégé de tous côtés), 俨兮其若容 (solennel comme un invité observant les convenances), 涣兮若冰之将释 (se dissolvant naturellement comme la glace commençant à fondre), 敦兮其若朴 (sincère et substantiel comme le bois non sculpté), 旷兮其若谷 (vaste et ouvert comme une vallée vide), 混兮其若浊 (se mêlant au monde comme l'eau trouble). Ces sept métaphores présentent l'esthétique paradoxale de l'adepte : prudent sans être timide, vigilant sans être paranoïaque, solennel sans être rigide, se dissolvant tout en gardant ses principes, simple sans être ignorant, vaste sans être creux, trouble sans être dégradé. Les deux dernières phrases concluent par des questions rhétoriques : Qui peut laisser le trouble se déposer par le calme et devenir graduellement clair ? Qui peut du repos faire surgir le mouvement et faire naître graduellement la vie ? Ceux qui gardent ce Tao ne recherchent pas la plénitude ; précisément parce qu'ils ne sont pas pleins, ils peuvent rester usés sans jamais avoir besoin de renouvellement, traversant les âges. Ce chapitre présente l'idéal de caractère humain de Laozi à travers le langage de l'imagerie et constitue l'un des passages les plus puissants littérairement du Tao Te King.