Traduction : Trente rayons convergent en un seul moyeu ; c'est précisément parce que le moyeu est creux en son centre que le char possède sa fonction de transport.
Analyse : Il s'agit de l'interprétation la plus couramment acceptée. La roue peut tourner grâce au trou circulaire au centre du moyeu — l'essieu passe à travers ce vide, permettant à la roue de pivoter. Si le moyeu était plein, il ne pourrait accueillir l'essieu et la roue ne pourrait tourner. C'est la première illustration concrète de « l'utilité du néant » — les rayons et le moyeu tangibles (l'être/有) fournissent la structure, mais ce qui rend véritablement le char fonctionnel, c'est le vide au centre du moyeu (le non-être/无).
Vues similaires : Heshanggong (« 毂中空虚,轮得转行,舆中空虚,人得载其上也 » — « Le moyeu est creux et vide, de sorte que la roue peut tourner et avancer ; la caisse du char est creuse et vide, de sorte que les hommes peuvent y monter »).
Traduction : Trente rayons (modelés sur les jours du mois) convergent en un seul moyeu ; c'est précisément grâce à ce « néant » que le char possède sa merveilleuse fonction.
Analyse : Heshanggong recourt à un symbolisme numérologique — les trente rayons correspondent aux trente jours du mois lunaire, suggérant les lois naturelles. Wang Bi, quant à lui, aborde la question d'un point de vue ontologique — le moyeu peut « unifier la multitude » parce qu'il reçoit les choses par le « néant ». Cette interprétation élève l'analogie concrète de la roue au plan philosophique : toutes les formes d'« être » ne peuvent remplir leurs fonctions respectives que parce que derrière elles opère un « néant » unificateur.
Vues similaires : Wang Bi (« 以其无能受物之故,故能以实统众也 » — « Parce que le néant est capable de recevoir les choses, il peut ainsi utiliser le plein pour unifier la multitude »).
Traduction : Trente rayons convergent en un seul moyeu ; c'est précisément en ce creux central que réside la fonction du char. Celui qui cultive sa personne doit de même vider son cœur afin de recevoir le Tao et la Vertu.
Analyse : Heshanggong étend l'analogie du char à la culture de soi : « 治身者当除情去欲,使五藏空虚,神乃归之 » — « Celui qui cultive sa personne doit éliminer les émotions et bannir les désirs, rendant les cinq organes vides et creux, afin que l'esprit y revienne demeurer. » De même que le moyeu creux permet à la roue de tourner, un cœur vidé permet de recevoir le Tao. C'est le passage de l'analogie matérielle à la culture du corps et de l'esprit — la « vacuité » intérieure n'est pas un vide stérile, mais la capacité de contenir toute chose.
Vues similaires : Heshanggong (« 治身者当除情去欲,使五藏空虚,神乃归之 » — « Celui qui cultive sa personne doit éliminer les émotions et bannir les désirs, rendant les cinq organes vides, afin que l'esprit y revienne »).
Traduction : On pétrit et façonne l'argile pour en faire un récipient ; c'est précisément parce que le récipient est creux à l'intérieur qu'il a la fonction de contenir des choses.
Analyse : Deuxième analogie. Une jarre ou un bol peut contenir des choses non pas grâce à l'argile elle-même, mais grâce à l'espace délimité par l'argile. Si l'on fabriquait un récipient plein, il n'aurait aucune capacité de contenance. Le « néant » (le creux intérieur) est là où réside la véritable valeur du récipient.
Vues similaires : Heshanggong (« 器中空虚,故得有所盛受 » — « Le récipient est creux et vide à l'intérieur, c'est pourquoi il peut contenir et recevoir »).
Traduction : On pétrit et façonne l'argile pour en faire un objet ; c'est précisément grâce à ce « néant » que l'objet acquiert sa fonction pratique.
Analyse : Cette interprétation étend « 器 » (récipient) du vase de terre spécifique à toute chose tangible. Laozi se sert du vase d'argile comme analogie pour montrer que toute chose créée doit son utilité au « vide » qu'elle contient. Il ne s'agit pas seulement d'un espace physique vide, mais de l'idée que la fonction de tout ce qui est « tangible » prend sa source dans l'« intangible » — le « non-être » métaphysique est la condition fondamentale pour que l'« être » physique puisse remplir sa fonction.
Vues similaires : Ceci fait écho au chapitre 40 : « 天下万物生于有,有生于无 » — « Toutes les choses sous le ciel naissent de l'être, et l'être naît du non-être. »
Traduction : On perce des portes et des fenêtres pour faire une pièce ; c'est précisément parce qu'il y a l'ouverture des portes et fenêtres et l'espace vide à l'intérieur que la pièce a la fonction d'abriter.
Analyse : Troisième analogie. La fonction d'une pièce provient de deux niveaux de « néant » : d'abord, les ouvertures des portes et fenêtres — qui permettent aux personnes d'entrer et de sortir et à la lumière de pénétrer ; ensuite, l'espace vide à l'intérieur de la pièce — qui offre aux personnes un lieu pour habiter et se mouvoir. Si les murs étaient hermétiquement fermés et l'intérieur rempli, la pièce perdrait sa fonction d'habitation.
Vues similaires : Heshanggong (« 户牖空虚,人得以出入观视;室中空虚,人得以居处,是其用 » — « Les portes et fenêtres sont ouvertes et vides, permettant aux hommes d'entrer, de sortir et de voir ; la pièce est vide à l'intérieur, permettant aux hommes d'y habiter — voilà leur utilité »).
Traduction : On perce des portes et des fenêtres pour bâtir un foyer ; c'est précisément grâce à ce vide que la demeure remplit sa fonction.
Analyse : Les trois analogies (char, récipient, pièce) suivent une progression ascendante — d'un véhicule de transport à un ustensile quotidien, puis à une habitation — embrassant les besoins fondamentaux de la vie humaine. Chaque analogie démontre la même vérité : l'« être » constitue la forme ; le « néant » procure la fonction. Prendre « 室 » dans le sens de « foyer » suggère que le fondement même sur lequel on établit sa vie réside lui aussi dans le maintien d'une vacuité et d'une ouverture intérieures.
Vues similaires : Prolongement de la théorie de la culture de soi de Heshanggong.
Traduction : C'est pourquoi l'« être » apporte la commodité, tandis que le « néant » est ce qui remplit véritablement la fonction.
Analyse : Synthèse de l'ensemble du chapitre. Généralisation tirée des trois analogies — les rayons, l'argile et les murs (choses tangibles) fournissent les conditions matérielles et la structure (commodité/利), mais ce qui permet véritablement au char de rouler, au récipient de contenir et à la pièce d'abriter, c'est le vide intérieur (fonction/用). Il existe une distinction subtile entre « 利 » (commodité) et « 用 » (fonction) : « 利 » désigne les conditions avantageuses concrètes, tandis que « 用 » désigne l'efficacité réellement mise en œuvre.
Vues similaires : L'interprétation standard des commentaires du texte reçu.
Traduction : C'est pourquoi l'« être » fournit les conditions matérielles, tandis que le « néant » est la source fondamentale de la merveilleuse fonction.
Analyse : Cette interprétation élève la conclusion au niveau ontologique. Wang Bi développe systématiquement : « 有之所以为利,皆赖无以为用也 » — « La raison pour laquelle l'être peut servir d'avantage, c'est qu'il dépend entièrement du néant pour assurer la fonction. » L'« être » présuppose le « néant » comme condition préalable ; sans le « néant », l'« être » ne pourrait remplir aucune fonction. Ceci a établi la thèse centrale de l'« Étude du Mystère » (玄学) des Wei-Jin : « prendre le néant pour fondement » — le néant est la base de l'être, et l'être est la manifestation du néant.
Vues similaires : Wang Bi (« 有之所以为利,皆赖无以为用也 » — « La raison pour laquelle l'être peut servir d'avantage, c'est qu'il dépend entièrement du néant pour assurer la fonction »).
Traduction : C'est pourquoi l'« être » procure ses commodités précisément parce que le « néant » est à l'œuvre en son sein — être et non-être s'accomplissent mutuellement, et aucun des deux ne saurait être négligé.
Analyse : Cette lecture met l'accent sur la relation inséparable entre l'être et le non-être. Laozi ne nie pas la valeur de l'« être », mais souligne que l'« être » et le « néant » ont chacun leur rôle propre. L'« être » fournit les conditions structurelles ; le « néant » fournit l'espace fonctionnel — les deux sont indispensables l'un à l'autre. Ceci est en accord avec la pensée du chapitre 2, « 有无相生 » — « L'être et le non-être s'engendrent mutuellement. » Sans rayons (être), il n'y aurait pas non plus de char ; c'est simplement que les hommes ne voient d'ordinaire que l'« être » et ignorent le « néant », c'est pourquoi Laozi met expressément en lumière la valeur du « néant ».
Vues similaires : Chapitre 2, « 有无相生 » — « L'être et le non-être s'engendrent mutuellement », et chapitre 40, « 有生于无 » — « L'être naît du non-être. »
Traduction : C'est pourquoi les institutions et les aménagements tangibles (l'être) fournissent les conditions de la gouvernance, mais la voie du non-agir (无为) (le néant) est la source fondamentale d'un gouvernement efficace.
Analyse : Heshanggong étend le chapitre entier aux domaines de la gouvernance et de la culture de soi : les palais, les récipients, les chars et les chevaux tangibles (l'être) constituent le fondement matériel du fonctionnement d'un État, mais ce qui permet véritablement à un État de jouir d'une paix et d'un ordre durables, c'est la « vacuité et le néant » — un cœur vide, une disposition sereine et un gouvernement par le non-agir (无为). De même que « le Tao est vacuité » (道者空也) — le grand Tao prend la vacuité comme substance et les dix mille êtres comme fonction. Un ventre qui abrite l'esprit craint la destruction du corps ; une pièce qui abrite les hommes craint l'effondrement du bâtiment — l'essentiel réside dans la préservation de cette essence « vide ».
Vues similaires : Heshanggong (« 虚无能制有形。道者空也 » — « La vacuité et le néant peuvent gouverner le tangible. Le Tao est vacuité »).
Ce chapitre contient 11 combinaisons d'interprétation.
[Divergences fondamentales]
Le onzième chapitre est l'un des chapitres les plus visuellement évocateurs du Tao Te King. À travers trois objets du quotidien — la roue, le vase d'argile et l'habitation — il démontre la valeur fonctionnelle du « néant ». La structure du chapitre est d'une clarté impeccable : trois analogies parallèles (char, récipient, pièce), chacune se concluant par la formule « 当其无,有X之用 » (« c'est le néant qui procure la fonction de X »), le tout couronné par la synthèse philosophique « 故有之以为利,无之以为用 » (« Ainsi, l'être procure les conditions ; le néant procure la fonction »). L'idée maîtresse opère sur deux plans : (1) le plan des objets matériels — la vacuité n'est pas un défaut mais une condition préalable à la fonction : sans le creux du moyeu la roue ne peut tourner, sans le creux du récipient rien ne peut être contenu, sans l'espace vide de la pièce personne ne peut y habiter ; (2) le plan philosophique — l'« être » et le « néant » ne sont pas opposés, mais l'« être » dépend du « néant » pour remplir sa fonction. De là, Wang Bi tire la thèse de l'« Étude du Mystère » (玄学) : « prendre le néant pour fondement » : « 以其无能受物之故,故能以实统众也 » — « Parce que le néant est capable de recevoir les choses, il peut ainsi utiliser le plein pour unifier la multitude. » Heshanggong, de son côté, étend l'idée à la culture de soi : si le cœur de l'homme peut demeurer vide, il est semblable au creux du moyeu — capable de contenir le Tao et la Vertu et de gouverner le corps entier. Ce chapitre fait écho à la discussion de l'être et du non-être du premier chapitre — « 无名天地之始,有名万物之母 » (« Le sans-nom est le commencement du ciel et de la terre ; le nommé est la mère des dix mille êtres ») — mais il est bien plus intuitif et accessible. Utiliser les expériences les plus communes du quotidien pour révéler les vérités philosophiques les plus profondes est la marque du style littéraire de Laozi.