Tao Te King Chapitre 2 : Le commentaire complet

Le contenu suivant propose une analyse approfondie et multi-perspective de chaque phrase de ce chapitre, couvrant les commentaires traditionnels, l'analyse philologique, l'interprétation philosophique et d'autres dimensions. Texte de base : Commentaire de Wang Bi sur le Daode Zhenjing, édition du Zhengtong Daozang
L'étiquette « Combinaison » de chaque interprétation suit le format « caractère + indice de sens » (par ex. « dàoC-A »), indiquant que cette interprétation utilise le sens C de « dào » et le sens A de « ». Voir le glossaire complet à la fin de ce chapitre : [Annexe : Glossaire des caractères clés].

[Phrase 1] tiānxiàjiēzhīměizhīwèiměiè。(Quand tous sous le ciel reconnaissent le beau comme beau, le laid est déjà là.)

Chapitre 2 · Phrase 1 : tiānxiàjiēzhīměizhīwèiměiè

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zhīA-měiA-wèiA-A-èA-A
Traduction : Lorsque tous sous le ciel savent ce qui fait la beauté du beau, la notion de laideur surgit aussitôt.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. Dès que les hommes établissent un critère du « beau », la notion de « laid » (le non-beau) en découle nécessairement. Beauté et laideur forment un couple de concepts opposés mutuellement dépendants — là où existe l'un, l'autre s'ensuit. C'est le point de départ de la pensée de Laozi sur l'« opposition mutuelle » (duìdài) — tout jugement de valeur est relatif.
Vues similaires : Wang Bi : « měizhěrénxīnzhīsuǒjìn……èshàn » — « Le beau est ce vers quoi le cœur humain s'avance avec joie… alors le laid survient, alors le non-bon survient. »
Chapitre 2 · Phrase 1 : tiānxiàjiēzhīměizhīwèiměiè

[Interprétation 2] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : zhīB-měiB-wèiB-A-èB-A
Traduction : Lorsque tous sous le ciel discernent ce qui est beau et désignent certaines choses comme belles, alors naît l'aversion (pour ce qui n'est pas beau).
Analyse : Ici « è » se lit wù (détester) : dès que l'on fixe subjectivement un critère du beau, l'aversion pour tout ce qui ne s'y conforme pas s'ensuit inévitablement. Il ne s'agit plus seulement d'une opposition conceptuelle, mais d'une opposition psychologique et émotionnelle — l'attachement au beau engendre nécessairement le rejet. Cette interprétation s'inscrit davantage dans une perspective de cultivation intérieure.
Vues similaires : L'orientation interprétative du commentaire de Heshanggong sur ce passage.
Chapitre 2 · Phrase 1 : tiānxiàjiēzhīměizhīwèiměiè

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : zhīA-měiA-wèiA-B-èA-B
Traduction : Lorsque tous sous le ciel savent ce qui fait la beauté du beau, cette distinction du « laid » s'est déjà formée (dans la cognition).
Analyse : Ici « » prend la valeur de pronom démonstratif « ce/cela », et « » prend le sens de « déjà » — soulignant que la distinction entre beau et laid ne « va pas » surgir, mais qu'elle « existe déjà » à l'instant même où l'on « connaît le beau ». La cognition elle-même est discrimination, et la discrimination est opposition. Temporellement, il n'y a pas de succession ; le beau et le laid naissent simultanément.
Vues similaires : En résonance avec le concept bouddhique de l'« esprit discriminant » (fēnbiéxīn).

[Phrase 2] jiēzhīshànzhīwèishànshàn。(Quand tous connaissent le bien comme bien, le non-bien est déjà là.)

Chapitre 2 · Phrase 2 : jiēzhīshànzhīwèishànshàn

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : shànA-shànA
Traduction : Quand tous savent ce qui fait le bien du bien, la notion de non-bien (le mal) surgit aussitôt.
Analyse : Parallèle à la phrase précédente. Dès que les hommes établissent un critère du « bien », le « non-bien » apparaît comme son contraire. Bien et non-bien, beau et laid — tous sont des jugements de valeur relatifs. Laozi considère que le Sage (shèngrén) ne fait pas de telles distinctions.
Vues similaires : Wang Bi et Heshanggong interprètent tous deux de cette manière.
Chapitre 2 · Phrase 2 : jiēzhīshànzhīwèishànshàn

[Interprétation 2] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : shànB-shànB
Traduction : Quand tous savent ce que signifie définir quelque chose comme bien, le concept de non-bien est par là même établi.
Analyse : Lecture épistémologique : le « bien » et le « non-bien » ne sont pas des réalités objectives, mais des concepts construits par l'homme. Lorsque l'humanité a inventé le mot « bien », le « non-bien » a surgi comme sa négation logique nécessaire. Cela renvoie à la remise en question fondamentale par Laozi des noms et des concepts.
Vues similaires : Fait écho à la problématique des noms et de la réalité dans « míngmíng » (le nom qui peut être nommé) du Chapitre 1.
Chapitre 2 · Phrase 2 : jiēzhīshànzhīwèishànshàn

[Interprétation 3] Novatrice · Faible fiabilité

Combinaison : shànC
Traduction : Quand tous savent que l'habileté en quelque chose est considérée comme bien, les inhabiles deviennent « non-bien ».
Analyse : Ici « shàn » prend son sens verbal d'« être habile à, exceller dans ». Dès que l'on définit le critère de « bien faire quelque chose », ceux qui ne sont pas habiles sont classés comme inférieurs. Cette interprétation étend le débat sur le bien et le mal du plan moral au plan des capacités — les jugements de la société sur la « compétence » créent également des hiérarchies et des discriminations.
Vues similaires : Un angle d'interprétation rarement rencontré.

[Phrase 3] yǒuxiāngshēngnánxiāngchéngzhǎngduǎnxiāngjiàogāoxiàxiāngqīngyīnshēngxiāngqiánhòuxiāngsuí。(L'être et le non-être s'engendrent mutuellement ; le difficile et le facile s'accomplissent l'un l'autre ; le long et le court se révèlent par contraste ; le haut et le bas s'inclinent l'un vers l'autre ; le ton et le son s'harmonisent ; l'avant et l'arrière se suivent.)

Chapitre 2 · Phrase 3 : yǒuxiāngshēngnánxiāngchéngzhǎngduǎnxiāngjiàogāoxiàxiāngqīngyīnshēngxiāngqiánhòuxiāngsuí

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : yǒuA-xiāngshēngA
Traduction : L'être et le non-être s'engendrent mutuellement ; le difficile et le facile s'accomplissent l'un l'autre ; le long et le court se révèlent par comparaison ; le haut et le bas sont mutuellement dépendants ; le ton et le son s'harmonisent ; l'avant et l'arrière se suivent.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. Six paires de catégories sont présentées en parallèle, démontrant que tous les concepts opposés sont mutuellement dépendants et inséparables — sans l'« être » on ne peut parler du « non-être » ; sans le « difficile » on ne peut comprendre le « facile ». Cela illustre le cœur de la dialectique de Laozi : l'unité des contraires. Chaque jugement de valeur nécessite son opposé pour se constituer.
Vues similaires : Wang Bi : « liùzhějiēchénránpiānzhīmíngshù » — « Ces six paires sont toutes des exemples manifestes tirés de la nature, qui ne peuvent être présentés de manière isolée. »
Chapitre 2 · Phrase 3 : yǒuxiāngshēngnánxiāngchéngzhǎngduǎnxiāngjiàogāoxiàxiāngqīngyīnshēngxiāngqiánhòuxiāngsuí

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : yǒuB-xiāngshēngB-gāoxiàA-yīnshēngA
Traduction : L'Être et le Non-être alternent et se transforment pour engendrer les dix mille êtres ; le difficile et le facile s'accomplissent mutuellement ; le long et le court se manifestent par comparaison ; le noble et le vil s'appuient l'un sur l'autre dans la rivalité ; les tons musicaux et les sons naturels s'harmonisent ; l'avant et l'arrière se suivent.
Analyse : Cette lecture élève « l'être et le non-être s'engendrent mutuellement » au plan cosmologique — l'« Être » et le « Non-être » de la substance du Tao alternent et se transforment sans cesse pour engendrer les dix mille êtres. Les cinq autres paires illustrent les manifestations concrètes des contraires dans le monde phénoménal. La distinction entre « yīn » (ton) et « shēng » (son) est particulièrement subtile : les anciens distinguaient « shēng » (son naturel) et « yīn » (musique ordonnée culturellement), suggérant un contraste entre nature et civilisation.
Vues similaires : Le commentaire de Heshanggong s'oriente vers ce type de lecture.
Chapitre 2 · Phrase 3 : yǒuxiāngshēngnánxiāngchéngzhǎngduǎnxiāngjiàogāoxiàxiāngqīngyīnshēngxiāngqiánhòuxiāngsuí

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : gāoxiàA
Traduction : L'être et le non-être co-engendrent cycliquement ; le difficile et le facile se propulsent et s'accomplissent mutuellement ; le long et le court se manifestent par comparaison ; le haut et le bas se renversent mutuellement ; le ton et le son se répondent ; l'avant et l'arrière s'accompagnent en cortège.
Analyse : Cette lecture souligne que les contraires ne coexistent pas seulement, mais se transforment mutuellement dans un mouvement constant. « xiāngqīng » prend le sens de « renverser » — ce qui est haut sera inévitablement renversé un jour, et ce qui est bas finira par s'élever. L'opposition des choses n'est pas une comparaison statique, mais un cycle dynamique de transformation, préfigurant l'idée de « fǎnzhědàozhīdòng » (le retournement est le mouvement du Tao) des chapitres ultérieurs.
Vues similaires : Fait écho au Chapitre 40 : « fǎnzhědàozhīdòng » — « Le retournement est le mouvement du Tao. »

[Phrase 4] shìshèngrénchùwèizhīshìxíngyánzhījiào。(C'est pourquoi le Sage gère les affaires par le non-agir et pratique l'enseignement sans paroles.)

Chapitre 2 · Phrase 4 : shìshèngrénchùwèizhīshìxíngyánzhījiào

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : chùA-wèiA-yánA
Traduction : C'est pourquoi le Sage (shèngrén) gère les affaires par le non-agir (wèi) et pratique l'enseignement sans paroles.
Analyse : Suite logique de ce qui précède — puisque tous les concepts opposés sont relatifs et construits par l'homme, le Sage ne s'attache pas aux distinctions du bien et du mal, du beau et du laid, mais suit le cours de la nature. Le « non-agir » (wèi) ne signifie pas ne rien faire, mais s'abstenir d'intervenir de manière arbitraire ; l'« enseignement sans paroles » ne signifie pas garder le silence, mais enseigner par l'exemple et transformer le peuple par la vertu.
Vues similaires : Wang Bi : « ránwèibàizhìhuìbèiyánpiān » — « La nature se suffit à elle-même ; agir, c'est ruiner. La sagesse est déjà complète ; parler, c'est être partial. »
Chapitre 2 · Phrase 4 : shìshèngrénchùwèizhīshìxíngyánzhījiào

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : chùB-wèiB-yánB
Traduction : C'est pourquoi le Sage demeure sereinement dans l'état de « non-agir » tout en gérant les affaires, et pratique un enseignement qui ne promulgue pas de décrets.
Analyse : Lecture à orientation politique. Le Sage (le souverain idéal) ne recourt pas aux édits et aux lois pour contraindre le peuple, mais influence le monde par son état de non-agir. Cela fait écho au « wèiérshì » (agir sans s'en prévaloir) qui suit — accomplir les choses sans s'y appuyer. C'est l'expression essentielle de la philosophie politique de Laozi.
Vues similaires : Heshanggong : « dàojiàomínyán » — « Enseigner le peuple par le Tao et la vertu, non par les paroles et la rhétorique. »
Chapitre 2 · Phrase 4 : shìshèngrénchùwèizhīshìxíngyánzhījiào

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : shèngrénA-wèiA-yánA
Traduction : C'est pourquoi l'homme de grande sagesse gère les affaires du monde par le non-agir et enseigne sans prêcher.
Analyse : Cette lecture généralise « shèngrén » (le Sage) à toute personne dotée d'une grande sagesse, sans se limiter aux souverains. Elle transforme la lecture politique en une philosophie de vie universelle — l'homme véritablement sage ne s'efforce pas délibérément et ne prétend pas être le maître d'autrui. « Ne pas parler » signifie ne pas juger et instruire les autres selon ses propres critères, puisque tous les critères sont relatifs.
Vues similaires : L'esprit du « sàng » de Zhuangzi — « J'ai perdu mon moi. »

[Phrase 5] wànzuòyānérshēngéryǒuwèiérshìgōngchéngér。(Les dix mille êtres surgissent et il ne les refuse pas ; il leur donne vie sans les posséder ; il agit sans s'en prévaloir ; l'œuvre accomplie, il ne s'en attribue pas le mérite.)

Chapitre 2 · Phrase 5 : wànzuòyānérshēngéryǒuwèiérshìgōngchéngér

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zuòA-yānA-A-shìA-A
Traduction : Les dix mille êtres surgissent ici-bas et (le Sage) ne les refuse pas ; il leur donne vie sans les posséder ; il agit sans s'appuyer sur ses actes ; l'œuvre accomplie, il ne s'en attribue pas le mérite.
Analyse : Description de l'attitude du Sage (ou du Tao) envers les dix mille êtres — il les laisse surgir naturellement sans les refuser, les nourrit sans les revendiquer, agit sans s'en prévaloir, et accomplit sans s'en attribuer le mérite. Ces quatre « non » forment une progression : ne pas refuser → ne pas posséder → ne pas s'appuyer → ne pas s'attribuer le mérite, déployant le sens du « non-agir » (wèi) en un programme concret de conduite.
Vues similaires : Wang Bi : « wànzuòyānérwèishǐ……yǒu » — « Les dix mille êtres surgissent et il n'agit pas comme leur initiateur… la vertu possédée ne peut être saisie. »
Chapitre 2 · Phrase 5 : wànzuòyānérshēngéryǒuwèiérshìgōngchéngér

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : zhǔA-yānB-A-shìB-B
Traduction : Les dix mille êtres surgissent naturellement et (le Tao) ne refuse ni n'intervient ; il leur donne vie sans les posséder ; il agit sans en tirer fierté ; l'œuvre accomplie, il ne s'y attarde pas.
Analyse : Le « Tao » est ici le sujet — le Tao laisse les dix mille êtres croître naturellement sans jamais refuser ni intervenir, les nourrit sans les revendiquer comme siens, favorise leurs activités sans en tirer fierté, et une fois l'œuvre accomplie, se retire. « » prend ici le sens de « ne pas s'attarder », faisant écho au Chapitre 9 : « gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào » — « Quand l'œuvre est accomplie, se retirer : telle est la voie du Ciel. »
Vues similaires : Heshanggong : « xièyǒushēng » — « Ne refusant pas, ne possédant pas ce qui naît. »
Chapitre 2 · Phrase 5 : wànzuòyānérshēngéryǒuwèiérshìgōngchéngér

[Interprétation 3] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : B-shìA-A
Traduction : Les dix mille êtres surgissent et (le Tao) ne se pose pas comme leur initiateur ; il leur donne vie sans les posséder ; il agit sans s'appuyer sur ses actes ; l'œuvre accomplie, il ne s'en attribue pas le mérite.
Analyse : Le manuscrit sur soie A de Mawangdui porte « shǐ » (ne pas initier). « » pourrait avoir le sens de « shǐ » — bien que le Tao fasse surgir (naître) les dix mille êtres, il ne se considère pas comme leur commencement ni leur souverain. Cette lecture est philosophiquement plus profonde que « ne pas refuser » : le Tao ne « commence » pas délibérément quoi que ce soit ; les choses sont simplement ainsi d'elles-mêmes.
Vues similaires : Manuscrit sur soie A de Mawangdui : « wànzuòérshǐ » — « Les dix mille êtres surgissent et il ne les initie pas. »

[Phrase 6] wéishì。(C'est précisément parce qu'il ne s'attribue pas le mérite que celui-ci ne le quitte pas.)

Chapitre 2 · Phrase 6 : wéishì

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-A
Traduction : C'est précisément parce qu'il ne s'attribue pas le mérite que celui-ci, au contraire, ne se perd jamais.
Analyse : Conclusion de l'ensemble du chapitre. C'est précisément parce que le Sage ne revendique ni ne recherche le mérite que celui-ci, paradoxalement, ne le quitte jamais. Cela incarne la logique dialectique de Laozi, « fǎnzhědàozhīdòng » (le retournement est le mouvement du Tao) — moins on rivalise, moins on perd. « Ne pas s'attribuer le mérite » et « ne pas perdre » forment une sagesse paradoxale : lâcher prise, c'est posséder.
Vues similaires : Wang Bi : « 使shǐgōngzàigōngjiǔ » — « Si l'on garde le mérite pour soi, alors ce mérite ne peut durer. »
Chapitre 2 · Phrase 6 : wéishì

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : B-B
Traduction : C'est précisément parce qu'il ne s'attarde pas dans ses accomplissements que ceux-ci, au contraire, ne s'effacent jamais.
Analyse : Ici « » prend le sens de « ne pas s'attarder, ne pas s'accrocher à sa position ». Le Sage se retire une fois l'œuvre accomplie et ne s'accroche pas au pouvoir ; en conséquence, ses accomplissements et sa renommée perdurent à jamais. C'est un condensé d'expérience historique — l'obsession de la gloire et du pouvoir accélère la déchéance, tandis que le lâcher-prise assure la pérennité. Cela fait écho au Chapitre 9 : « gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào » — « Quand l'œuvre est accomplie, se retirer : telle est la voie du Ciel. »
Vues similaires : Chapitre 9 : « gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào » — « Quand l'œuvre est accomplie, se retirer : telle est la voie du Ciel. »
Chapitre 2 · Phrase 6 : wéishì

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : A-C
Traduction : C'est précisément parce qu'il ne s'attribue pas le mérite que (le Tao) ne s'en va jamais.
Analyse : Interprétation ontologique — la raison pour laquelle le Tao est éternel et impérissable tient précisément à ce que le Tao ne s'attribue pas le mérite des dix mille êtres. Si le Tao revendiquait le mérite et s'en enorgueillissait, il tomberait dans le domaine de l'opposition finie et perdrait ainsi son infinité. « Ne pas s'en aller » signifie que le Tao est toujours présent — précisément parce que le Tao ne s'attache à rien, il est partout et ne s'en va jamais.
Vues similaires : Chapitre 4 : « dàochōngéryòngzhīhuòyíng » — « Le Tao est un vase vide ; son usage est inépuisable. »

Résumé du chapitre

Ce chapitre contient 18 combinaisons d'interprétation.

[Divergences fondamentales]

Le Chapitre 2 est le chapitre où le Tao Te King développe formellement sa pensée sur l'« opposition mutuelle » (duìdài, l'unité des contraires). L'ensemble du chapitre repose sur une logique à trois niveaux : (1) Poser la thèse — la relativité du beau et du laid, du bien et du non-bien : tous les jugements de valeur naissent de la comparaison, et il n'existe pas de critère absolu indépendant ; (2) Développer l'argumentation — six paires de catégories (être et non-être, difficile et facile, long et court, haut et bas, ton et son, avant et arrière) illustrent de manière exhaustive la dépendance mutuelle des contraires ; (3) Tirer la conclusion — d'où découle le principe de conduite du Sage (ou du souverain idéal) : le « non-agir » (wèi) et l'« enseignement sans paroles ». Enfin, les quatre formules de négation — « ne pas refuser, ne pas posséder, ne pas s'en prévaloir, ne pas s'attribuer le mérite » — déploient concrètement le sens du « non-agir », et le paradoxe « ne pas s'attribuer le mérite, donc ne pas perdre » clôt le chapitre, révélant la sagesse dialectique fondamentale de Laozi : « le retournement est le mouvement du Tao ». Le commentaire de Wang Bi met l'accent sur la perspective du « naturel » — le Sage suit la nature dans ses actes, et ainsi les dix mille êtres se transforment d'eux-mêmes ; le commentaire de Heshanggong s'oriente davantage vers la perspective de la cultivation intérieure et du gouvernement. Ce chapitre et le premier sont complémentaires : le Chapitre 1 traite de l'ontologie du Tao (l'unité de l'Être et du Non-être), tandis que le Chapitre 2 traite de l'application du Tao (le dépassement des contraires). Ensemble, ils constituent le fondement philosophique du Tao Te King.

Annexe : Glossaire des caractères clés

tiānxià
A. [n.] Tout ce qui est sous le ciel ; le monde entier, le domaine humain
Source : Sens fondamental.
B. [n.] Les gens du monde ; tout le monde
Source : Sens étendu. Désigne par métonymie tous les êtres humains.
jiē
A. [adv.] Tous ; entièrement
Source : Sens fondamental. Shuowen Jiezi : « jiē » (jiē signifie « tous ensemble »).
zhī
A. [v.] Savoir ; reconnaître
Source : Sens fondamental. Yupian : « zhīshí » (zhī signifie « connaître »).
B. [v.] Discerner ; juger
Source : Sens étendu. Impliquant la distinction entre les choses.
měi
A. [adj./n.] Beau ; agréable ; une belle chose
Source : Sens fondamental. Shuowen Jiezi : « měigāncóngyángcóng » (měi signifie « doux/agréable » ; composé de « mouton » et « grand »). Étendu au sens de plaisant à voir, réjouissant.
B. [n.] Le critère du beau ; le concept de beauté
Source : Concept philosophique. Désigne un critère esthétique établi par l'homme.
wèi
A. [v.] Être ; constituer
Source : Sens fondamental. Verbe copulatif.
B. [v.] Considérer comme ; désigner comme
Source : Sens étendu. Impliquant une détermination subjective.
A. [conj./adv.] Alors ; par conséquent
Source : Sens fondamental. Utilisé comme conjonction exprimant une séquence causale.
B. [pron.] Ce ; ceci
Source : Usage de pronom démonstratif.
è
A. [n./adj.] Laideur ; le laid ; ce qui est mauvais ou repoussant
Source : Sens fondamental. Shuowen Jiezi : « èguò » (è signifie « faute/excès »). Étendu au sens de laid ou repoussant. L'opposé de « měi ».
B. [v.] Détester ; avoir en aversion
Source : Lu wù. Analectes : « wéirénzhěnénghǎorénnéngèrén » — « Seul l'homme bienveillant peut aimer les gens et détester les gens. »
A. [part.] Particule finale de phrase exprimant l'affirmation (équivalent de « »)
Source : « » interchangeable avec « ». Particule modale de fin de phrase.
B. [adv.] Déjà
Source : Sens fondamental. Indiquant qu'une chose est achevée.
shàn
A. [adj./n.] Bon ; vertueux ; bonté ; bonne action
Source : Sens fondamental. Shuowen Jiezi : « shàncóngjìngcóngyáng » (shàn signifie « propice » ; composé de « jìng » et « mouton »).
B. [n.] Le critère du bien ; le concept de bonté
Source : Concept philosophique. Désigne des normes morales établies par l'homme.
C. [v.] Être habile à ; exceller dans
Source : Sens étendu. « shàn » porte le sens d'exceller.
shàn
A. Non-bien ; mal
Source : Mis en parallèle avec « shàn » comme son opposé.
B. Dépourvu de bonté ; manquant de vertu
Source : Dimension morale.
yǒu
A. Être et non-être ; existence et non-existence
Source : Sens fondamental. Désigne l'existence et la non-existence des choses.
B. L'« Être » et le « Non-être » en tant qu'aspects de la substance du Tao (concepts ontologiques)
Source : Concept philosophique. Fait écho au « sans nom » et à l'« ayant un nom » du Chapitre 1.
xiāngshēng
A. S'engendrer mutuellement ; co-surgir par dépendance mutuelle
Source : Sens fondamental. L'être se révèle par le non-être ; le non-être s'éclaire par l'être.
B. Se transformer et s'engendrer alternativement
Source : Sens étendu. Insiste sur le processus dynamique de transformation.
nán
A. Difficile et facile
Source : Sens fondamental.
xiāngchéng
A. S'accomplir mutuellement ; se réaliser l'un par l'autre
Source : Sens fondamental. Le difficile paraît tel par contraste avec le facile, et inversement.
zhǎngduǎn
A. Long et court (mesure spatiale)
Source : Sens fondamental.
B. Forces et faiblesses (étendu aux mérites et défauts)
Source : Sens étendu.
xiāngjiào
A. Se révéler mutuellement par la comparaison
Source : Sens fondamental. jiào signifie « comparer ».
B. Se contraster et se mesurer mutuellement
Source : Le texte reçu porte « xiāngxíng » ou « xiāngjiào ». L'édition de Wang Bi porte « xiāngxíng ».
gāoxià
A. Noble et vil (statut social)
Source : Sens étendu.
xiāngqīng
A. S'incliner mutuellement ; se révéler mutuellement par la dépendance
Source : Sens fondamental. qīng signifie « s'incliner, pencher ». L'édition de Wang Bi porte « xiāngqīng ».
B. Se renverser mutuellement ; lutter l'un contre l'autre
Source : Sens étendu. Impliquant la lutte entre le haut et le bas.
yīnshēng
A. Ton et son. yīn (ton) désigne le son musical harmonisé ; shēng (son) désigne le son simple et naturel
Source : Dans l'Antiquité, « yīn » et « shēng » étaient distingués. Yueji (Traité de la musique) : « shēngchéngwénwèizhīyīn » — « Quand les sons forment des motifs, on les appelle yīn (ton/musique). »
xiāng
A. Se répondre mutuellement ; s'harmoniser
Source : Sens fondamental. signifie « répondre ». Lu hè.
B. Être mutuellement harmonieux
Source : Sens étendu. signifie « harmonieux ». Lu hé.
qiánhòu
A. Avant et arrière (spatial)
Source : Sens fondamental.
B. Avant et après (temporel)
Source : Sens étendu.
xiāngsuí
A. Se suivre mutuellement ; l'avant est défini par l'arrière, et l'arrière est éclairé par l'avant
Source : Sens fondamental. suí signifie « suivre ».
shì
A. C'est pourquoi ; pour cette raison
Source : Sens fondamental. Conjonction.
shèngrén
A. Personne de sagesse suprême
Source : Mencius : « shèngérzhīzhīwèishén » — « Lorsque la sagesse atteint un degré au-delà de la connaissance, on l'appelle divine. » shèng signifie le sommet de la sagesse.
chù
A. [v.] Demeurer en ; gérer ; s'occuper de
Source : Sens fondamental. Faire ; s'occuper de.
B. [v.] Demeurer sereinement en ; résider paisiblement dans
Source : Sens étendu. Impliquant le repos imperturbable.
wèi
A. Non-agir ; ne pas agir de manière arbitraire ; ne pas interférer artificiellement avec la nature
Source : Concept central de Laozi. Wang Bi : « shùnrán » — « Suivre le naturel. »
B. Absence d'action délibérée
Source : Désigne l'élimination de l'artifice humain.
yán
A. Sans paroles (enseigner par l'exemple personnel et l'influence morale plutôt que par l'instruction verbale)
Source : Sens central. Ne pas recourir aux édits et aux doctrines, mais transformer par le naturel.
B. Ne pas promulguer de décrets
Source : Dimension politique. Signifie ne pas interférer avec le peuple par des ordres gouvernementaux.
jiào
A. [n.] Enseignement ; instruction morale
Source : Sens fondamental.
wàn
A. Les dix mille êtres ; toutes les choses entre ciel et terre
Source : Sens fondamental.
zuò
A. [v.] Surgir ; naître ; croître
Source : Sens fondamental. Shuowen Jiezi : « zuò » (zuò signifie « surgir »).
yān
A. [mot composé] Ici-bas ; en cela (équivalent de « »)
Source : Usage de mot composé. Équivalent de « shì » ou « ».
B. [part.] Particule modale (sans sens substantiel)
Source : Particule modale en milieu de phrase.
A. [v.] Refuser ; décliner
Source : Sens fondamental. Ne pas refuser la croissance naturelle des dix mille êtres.
B. [v.] Prendre congé de ; se retirer de
Source : Le manuscrit sur soie de Mawangdui porte « shǐ ». Une théorie soutient que « » signifie « ne pas initier, ne pas agir en souverain ».
shēng
A. [v.] Faire vivre ; nourrir
Source : Usage causatif. Faire croître les dix mille êtres.
B. [v.] Créer ; faire naître
Source : Sens créatif.
yǒu
A. [v.] Posséder ; revendiquer comme sien
Source : Sens fondamental.
shì
A. [v.] S'appuyer sur ; dépendre de
Source : Shuowen Jiezi : « shìlài » (shì signifie « dépendre de »).
B. [v.] S'enorgueillir ; être satisfait de soi
Source : Sens étendu. Impliquant l'arrogance.
gōngchéng
A. L'œuvre est accomplie ; le mérite est atteint
Source : Sens fondamental.
A. Ne pas s'attribuer le mérite ; ne pas se considérer comme méritant
Source : Sens fondamental. signifie « occuper ». Ici, revendiquer ou rechercher le mérite.
B. Ne pas s'attarder ; se retirer une fois l'œuvre accomplie
Source : Sens étendu. signifie « rester, s'attarder ». Après le succès, ne pas s'accrocher à sa position.
A. [part.] Particule initiale introduisant un énoncé
Source : Particule modale de début de phrase, sans sens substantiel.
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A. [adv.] Précisément parce que ; seulement
Source : Sens fondamental. Exprime la cause ou la restriction.
A. Ne pas se perdre (mérite, renommée)
Source : Sens fondamental. signifie « partir, perdre ».
B. Ne pas être abandonné ; ne pas s'effacer
Source : Sens étendu. Désigne un mérite qui perdure à jamais, non oublié par le monde.
C. Ne pas s'en aller (le Tao demeure avec les dix mille êtres et ne se retire jamais)
Source : Sens ontologique. Le Tao n'a jamais quitté les dix mille êtres.