Traduction : Celui qui sait comprendre les autres possède l'intelligence ; celui qui sait se comprendre lui-même est véritablement éclairé.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « Intelligence » (智) et « clairvoyance » (明) forment une progression hiérarchique — comprendre autrui ne requiert qu'une capacité ordinaire d'analyse et de jugement (智, l'intelligence), tandis que se comprendre soi-même exige une introspection et un éveil plus profonds (明, la clairvoyance). Le commentaire de Wang Bi identifie précisément cette relation progressive : « 知人者,智而已矣,未若自知者超智之上也 » (« Celui qui connaît les autres n'a que l'intelligence ; cela ne vaut pas celui qui se connaît lui-même, lequel transcende l'intelligence »). La connaissance de soi n'est pas une autre forme d'intelligence, mais un état supérieur qui dépasse l'intelligence. Connaître autrui est tourné vers l'extérieur, se connaître soi-même est tourné vers l'intérieur ; la faculté extérieure est l'« intelligence » (智, l'habileté), la faculté intérieure est la « clairvoyance » (明, l'illumination intérieure).
Vues similaires : Wang Bi : « 知人者,智而已矣,未若自知者超智之上也 » (« Celui qui connaît les autres n'a que l'intelligence ; cela ne vaut pas celui qui se connaît lui-même, lequel transcende l'intelligence »).
Traduction : Discerner les autres n'est que ruse mondaine ; se connaître soi-même est lumière intérieure.
Analyse : Ici, « intelligence » (智) prend le sens péjoratif de « ruse habile » (Laozi exprime souvent des réserves à l'égard de 智), tandis que « clairvoyance » (明) prend le sens d'« illumination intérieure, conscience suprasensorielle ». Le commentaire de Heshanggong déclare : « 人能自知贤与不肖,是为反听无声,内视无形,故为明也 » (« Celui qui peut connaître ses propres mérites et défauts — c'est écouter intérieurement le silence et voir intérieurement l'invisible, c'est pourquoi on dit qu'il est éclairé »). Dans cette lecture, l'« intelligence » (智) n'est pas entièrement positive — être habile à discerner autrui peut n'être que de la ruse mondaine. La « clairvoyance » (明), en revanche, est un mode de contemplation intérieure qui transcende les sens — un éveil profond obtenu par le retour à soi. Cette lecture contient implicitement la critique subtile de Laozi envers « l'intelligence qui connaît autrui » : ce qui compte véritablement n'est pas de connaître les autres, mais de se connaître soi-même.
Vues similaires : Heshanggong : « 人能自知贤与不肖,是为反听无声,内视无形,故为明也 » (« Celui qui peut connaître ses propres mérites et défauts — c'est écouter intérieurement le silence et voir intérieurement l'invisible, c'est pourquoi on dit qu'il est éclairé »).
Traduction : Comprendre les autres est une capacité cognitive ; se comprendre soi-même est un état de conscience.
Analyse : Une analyse philosophique plus profonde : « connaître autrui » et « se connaître soi-même » diffèrent non seulement par leur direction (vers l'extérieur vs vers l'intérieur), mais par leur nature même. Connaître autrui est une connaissance du sujet sur l'objet, obéissant à la logique de l'épistémologie ; se connaître soi-même est la conscience que le sujet a de lui-même, brisant la dichotomie sujet-objet — le connaissant et le connu sont une seule et même personne. C'est pourquoi la « connaissance de soi » ne peut s'accomplir par les méthodes cognitives habituelles (observation, analyse, jugement), mais requiert un mode spécial d'introspection — c'est ce que Laozi appelle la « clairvoyance » (明). Cette interprétation fait écho à l'injonction philosophique de Socrate « Connais-toi toi-même ».
Vues similaires : Socrate « γνῶθι σεαυτόν » (Connais-toi toi-même) ; Chapitre 22 : « 不自见,故明 » (« Ne pas se voir [avec l'ego], c'est être éclairé »).
Traduction : Celui qui peut vaincre les autres n'a que de la force ; celui qui peut se vaincre lui-même est véritablement puissant.
Analyse : L'interprétation la plus courante. Parfaitement parallèle à la phrase précédente : connaître autrui/intelligence → se connaître soi-même/clairvoyance ; vaincre autrui/force → se vaincre soi-même/puissance. « Force » (力) et « puissance » (强) forment une progression — vaincre les autres repose sur une force extérieure (muscles, armes, pouvoir politique), tandis que se vaincre soi-même repose sur une force intérieure (volonté, discipline, éveil). Le commentaire de Heshanggong déclare : « 人能自胜己情欲,则天下无有能与己争者,故为强也 » (« Celui qui peut vaincre ses propres passions et désirs — alors rien sous le Ciel ne saurait rivaliser avec lui, c'est pourquoi on dit qu'il est puissant »). Une fois surmontées nos propres faiblesses passionnelles, les adversaires extérieurs ne constituent plus de menace.
Vues similaires : Heshanggong : « 人能自胜己情欲,则天下无有能与己争者,故为强也 » (« Celui qui peut vaincre ses propres passions et désirs — alors rien sous le Ciel ne saurait rivaliser avec lui, c'est pourquoi on dit qu'il est puissant »).
Traduction : Dominer les autres par la puissance n'est qu'avoir de la force brute ; pouvoir se surpasser soi-même est la forme suprême de puissance.
Analyse : Wang Bi analyse en profondeur la différence entre « force » (力) et « puissance » (强) : « 胜人者,有力而已矣,未若自胜者无物以损其力 » (« Celui qui vainc les autres n'a que de la force ; cela ne vaut pas celui qui se vainc lui-même, car rien ne peut diminuer sa force »). « Vaincre les autres » comporte une faiblesse fatale : votre force peut être surpassée par une force supérieure. « Se vaincre soi-même » n'a pas cette faiblesse, car votre adversaire est vous-même — aucune chose extérieure ne peut entamer votre force intérieure. Wang Bi précise encore : « 用其智于人,未若用其智于己也。用其力于人,未若用其力于己也 » (« Employer son intelligence pour autrui ne vaut pas l'employer pour soi-même. Employer sa force pour autrui ne vaut pas l'employer pour soi-même »). L'usage suprême de l'intelligence comme de la force est tourné vers l'intérieur, non vers l'extérieur.
Vues similaires : Wang Bi : « 未若自胜者无物以损其力。用其力于人,未若用其力于己也 » (« Cela ne vaut pas celui qui se vainc lui-même, car rien ne peut diminuer sa force. Employer sa force pour autrui ne vaut pas l'employer pour soi-même »).
Traduction : Celui qui peut soumettre les autres ne possède que la force extérieure ; celui qui peut se maîtriser lui-même est le véritable homme fort.
Analyse : Interprétation sous l'angle de l'éthique politique : « vaincre les autres » correspond à gouverner autrui (soumettre les gens par la force coercitive), tandis que « se vaincre soi-même » correspond à se gouverner soi-même (se perfectionner par la discipline personnelle). Le véritable homme fort n'est pas le tyran capable d'opprimer la multitude, mais le pratiquant capable de se gouverner lui-même. Cette lecture fait écho au chapitre 17 décrivant le souverain suprême — « 百姓皆谓我自然 » (« Le peuple dit : Tout s'est fait naturellement ») — régner non par l'oppression d'autrui, mais par l'élévation de soi.
Vues similaires : Les Entretiens (« 克己复礼为仁 » — « Se maîtriser soi-même et revenir aux rites est la vertu d'humanité ») ; Chapitre 17 : « 太上,下知有之 » (« Le souverain suprême — le peuple sait seulement qu'il existe »).
Traduction : Celui qui sait se contenter est (véritablement) riche.
Analyse : L'interprétation la plus courante. Laozi redéfinit la « richesse » (富) : la véritable richesse ne réside pas dans ce que l'on possède, mais dans le sentiment de satisfaction envers ce que l'on a. Un pauvre satisfait est intérieurement plus riche qu'un riche cupide. Le commentaire de Wang Bi déclare : « 知足自不失,故富也 » (« Celui qui sait se contenter ne perd naturellement pas ce qu'il a, c'est pourquoi il est riche »). Être satisfait signifie ne pas perdre ce que l'on possède déjà (car on ne convoite pas davantage) ; ne pas perdre, c'est posséder ; posséder, c'est être riche. Formule concise qui touche à l'essence de la « richesse ».
Vues similaires : Wang Bi : « 知足自不失,故富也 » (« Celui qui sait se contenter ne perd naturellement pas ce qu'il a, c'est pourquoi il est riche »). Chapitre 44 : « 知足不辱,知止不殆,可以长久 » (« Savoir se contenter évite l'humiliation ; savoir s'arrêter évite le péril — ainsi l'on peut durer »).
Traduction : Celui qui sait ce qu'est « assez » est spirituellement comblé et épanoui.
Analyse : Ici, « savoir se contenter » (知足) prend le sens plus profond de « reconnaître les limites », et « riche » (富) prend le sens de « plénitude spirituelle ». Dans cette lecture, « savoir se contenter » n'est pas seulement une attitude (se sentir satisfait), mais une forme de sagesse (reconnaître le caractère illimité du désir et la finitude des choses matérielles). La richesse qu'apporte cette sagesse n'est pas simplement l'absence de manque matériel, mais la plénitude et l'abondance spirituelles. Le commentaire de Heshanggong déclare : « 人能知足,则长保福禄,故为富也 » (« Celui qui sait se contenter préservera longtemps ses bienfaits et sa fortune, c'est pourquoi on dit qu'il est riche »). Savoir se contenter enrichit non seulement le cœur, mais aide aussi à préserver les bienfaits que l'on possède déjà.
Vues similaires : Heshanggong : « 人能知足,则长保福禄,故为富也 » (« Celui qui sait se contenter préservera longtemps ses bienfaits et sa fortune, c'est pourquoi on dit qu'il est riche »).
Traduction : Celui qui sait se contenter est riche — et celui qui est véritablement riche sait naturellement se contenter.
Analyse : Lecture dialectique approfondie : « savoir se contenter » et « être riche » ne sont pas seulement un rapport de condition à résultat, mais un cycle mutuellement renforçant. Contentement → sentiment de richesse → contentement accru → richesse accrue… À l'inverse, mécontentement → sentiment perpétuel de pauvreté → mécontentement accru → pauvreté accrue… C'est une boucle auto-renforçante. Le point d'entrée choisi par Laozi est le « contentement » — transformer la perception du monde extérieur par un ajustement intérieur de l'attitude, plutôt que de poursuivre la satisfaction par l'accumulation de biens matériels.
Vues similaires : Fait écho au chapitre 46 : « 祸莫大于不知足 » (« Il n'est point de plus grand malheur que de ne pas savoir se contenter »).
Traduction : Celui qui s'efforce d'agir avec persévérance a de la résolution.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « S'efforcer d'agir » (强行) signifie surmonter les difficultés et persister dans la pratique. Un homme résolu n'abandonne pas parce que le chemin est ardu, mais avance avec détermination jusqu'au bout. Le commentaire de Wang Bi déclare : « 勤能行之,其志必获,故曰强行者有志矣 » (« Celui qui met de la diligence dans la pratique accomplira assurément son aspiration, c'est pourquoi l'on dit que celui qui s'efforce d'agir a de la résolution »). Notons que « s'efforcer d'agir » (强行) ici ne signifie pas « forcer autrui », mais « se contraindre soi-même » — motivation personnelle et discipline de soi.
Vues similaires : Wang Bi : « 勤能行之,其志必获,故曰强行者有志矣 » (« Celui qui met de la diligence dans la pratique accomplira assurément son aspiration, c'est pourquoi l'on dit que celui qui s'efforce d'agir a de la résolution »).
Traduction : Celui qui pratique résolument la voie du bien est dévoué au Tao (道).
Analyse : Le commentaire de Heshanggong précise « agir » (行) comme « pratiquer le bien » : « 人能强力行善,则为有意于道,道亦有意于人 » (« Celui qui peut pratiquer le bien avec vigueur montre ainsi sa dévotion au Tao, et le Tao à son tour porte attention à cette personne »). Cette lecture ajoute une dimension interactive — vous montrez votre cœur au Tao, et le Tao y répond. La pratique vigoureuse de la voie du bien n'est pas un effort unilatéral ; le Tao répond aussi à votre sincérité. Cette résonance sympathique entre l'individu et le Tao confère à « s'efforcer d'agir » une tonalité de pratique spirituelle.
Vues similaires : Heshanggong : « 人能强力行善,则为有意于道,道亦有意于人 » (« Celui qui peut pratiquer le bien avec vigueur montre ainsi sa dévotion au Tao, et le Tao à son tour porte attention à cette personne »).
Traduction : Celui qui s'efforce de pratiquer a de la résolution — c'est un complément orienté vers l'action de la « cultivation intérieure » des trois phrases précédentes.
Analyse : Les trois phrases précédentes (se connaître → clairvoyance ; se vaincre → puissance ; savoir se contenter → richesse) mettent toutes l'accent sur les qualités et la cognition intérieures. Cette phrase, « celui qui s'efforce d'agir a de la résolution », souligne l'action et la persévérance — la clairvoyance, la puissance et la richesse intérieures ne suffisent pas ; elles doivent aussi s'extérioriser en une pratique inlassable. La « résolution » (志) est le pivot qui convertit les qualités intérieures en action extérieure. À ce stade, le chapitre passe du « retournement intérieur » à « l'agir extérieur », complétant ainsi le parcours de cultivation : d'abord se connaître, se vaincre, savoir se contenter (préparation intérieure), puis s'efforcer d'agir (pratique extérieure).
Vues similaires : Le Livre des Mutations, hexagramme Qian (乾) : « 天行健,君子以自强不息 » (« Comme le mouvement du Ciel est toujours vigoureux, l'homme noble se renforce sans relâche »).
Traduction : Celui qui ne perd pas le fondement sur lequel il s'appuie perdurera.
Analyse : L'interprétation la plus courante. « Son fondement » (其所) désigne la base sur laquelle on s'établit — sa place propre, son devoir essentiel, son aspiration originelle. Ne pas se laisser ébranler par les tentations extérieures et ne pas dévier de son fondement, c'est ce qui permet de perdurer dans le temps. Le commentaire de Wang Bi déclare : « 以明自察,量力而行,不失其所,必获久长矣 » (« En usant de la clairvoyance pour s'examiner soi-même, en mesurant ses forces dans l'action, et en ne perdant pas son fondement, on obtiendra assurément la pérennité »). Cette phrase fait suite aux précédentes — « se connaître — se vaincre — savoir se contenter — s'efforcer d'agir » — en indiquant que préserver ces qualités intérieures constitue « ne pas perdre son fondement ».
Vues similaires : Wang Bi : « 以明自察,量力而行,不失其所,必获久长矣 » (« En usant de la clairvoyance pour s'examiner soi-même, en mesurant ses forces dans l'action, et en ne perdant pas son fondement, on obtiendra assurément la pérennité »).
Traduction : Celui qui ne perd pas l'essence vitale conférée par le Ciel perdurera.
Analyse : L'interprétation de Heshanggong sous l'angle de la culture de la santé taoïste : « 人能自节养,不失其所受天之精气,则可以长久 » (« Celui qui sait se discipliner et se nourrir, ne perdant pas le Qi (气) essentiel et vital reçu du Ciel, peut perdurer longtemps »). Cette lecture comprend « son fondement » (其所) comme l'essence vitale reçue à la naissance — une portion du Qi essentiel du Ciel et de la Terre. Par la modération et la culture de la santé, on préserve cette essence et on empêche sa dissipation, obtenant ainsi la longévité. Cette interprétation porte une forte coloration de culture de la santé taoïste, cohérente avec le style caractéristique des commentaires de Heshanggong.
Vues similaires : Heshanggong : « 人能自节养,不失其所受天之精气,则可以长久 » (« Celui qui sait se discipliner et se nourrir, ne perdant pas le Qi essentiel et vital reçu du Ciel, peut perdurer longtemps »).
Traduction : Celui qui ne trahit pas le Tao auquel il adhère perdurera.
Analyse : Ici, « son fondement » (其所) prend le sens de « le Tao et les principes auxquels on adhère ». Cette interprétation met l'accent non sur la position ou l'essence vitale, mais sur les convictions et les principes — quelles que soient les vicissitudes rencontrées, tant qu'on n'abandonne pas son Tao et ses principes, on peut atteindre la pérennité spirituelle. Même si le corps vieillit et que le statut se perd, tant que le cœur du Tao demeure inchangé, on a « conservé son fondement ». Cette lecture se rattache le plus naturellement à la phrase suivante, « 死而不亡者寿 » — celui qui maintient le Tao perdure même au-delà de la mort.
Vues similaires : Directement relié à la phrase suivante : « 死而不亡者寿 » (« Celui qui meurt sans disparaître a la longévité »).
Traduction : Celui dont le corps meurt mais dont l'esprit est immortel — voilà la véritable longévité.
Analyse : L'interprétation la plus profonde et la plus courante. Laozi transcende ici la notion de vie physique : la véritable « longévité » (寿) ne se mesure pas en années vécues, mais en l'éternité de l'esprit et de l'influence. Ceux qui influencent la postérité par leur vertu et leur pensée — bien que leur corps ait péri, leur esprit vit à jamais dans le monde — voilà l'état suprême de la « longévité ». Cette phrase est l'aboutissement et la conclusion du chapitre entier, poussant la progression « connaître — vaincre — se contenter — agir — durer » vers son expression ultime : la « longévité » (寿).
Vues similaires : Le Zuo Zhuan et les « Trois Impérissables » (三不朽) : « 太上有立德,其次有立功,其次有立言,虽久不废,此之谓不朽 » (« Le plus haut est d'établir la vertu ; ensuite d'établir des hauts faits ; ensuite d'établir des paroles. Quand ceux-ci persistent sans se ternir à travers le temps, on dit qu'ils sont impérissables »).
Traduction : Celui dont le corps périt mais dont le Tao (道) se perpétue — voilà la véritable longévité.
Analyse : Le commentaire de Wang Bi déclare : « 虽死而以为生之道,不亡乃得全其寿,身没而道犹存,况身存而道不卒乎 » (« Bien qu'il meure, parce que le Tao de la vie ne périt pas, il préserve pleinement sa longévité. Le corps périt mais le Tao demeure — à plus forte raison quand le corps vit encore et que le Tao n'a pas cessé ! »). Cette lecture définit « ne pas disparaître » (不亡) par la continuation du Tao — le corps d'un homme se décomposera, mais le Tao qu'il a préservé et transmis ne disparaîtra pas. Plus brillamment encore, Wang Bi raisonne par inversion : « 身没而道犹存,况身存而道不卒乎? » (« Si le corps périt et que le Tao demeure, que dire quand le corps vit encore et que le Tao n'a point cessé ? »). Cela fournit une direction de pratique pour les vivants : maintenir la transmission incessante du Tao de son vivant, c'est accumuler la « longévité ».
Vues similaires : Wang Bi : « 虽死而以为生之道,不亡乃得全其寿,身没而道犹存,况身存而道不卒乎 » (« Bien qu'il meure, parce que le Tao de la vie ne périt pas, il préserve pleinement sa longévité. Le corps périt mais le Tao demeure — à plus forte raison quand le corps vit encore et que le Tao n'a pas cessé ! »).
Traduction : Celui qui n'est pas oublié après la mort a la véritable longévité.
Analyse : Ici, « ne pas disparaître » (不亡) prend le sens de « ne pas être oublié ». Cette interprétation met l'accent sur la dimension de l'influence sociale — quand le corps d'un homme a péri, mais que ses pensées, ses réalisations et sa vertu sont encore rappelées et célébrées par les générations suivantes, il coexiste spirituellement avec la postérité. Laozi lui-même en est le meilleur exemple : son corps physique a disparu depuis longtemps, mais les cinq mille caractères du Tao Te King se transmettent depuis plus de deux mille ans, influençant des centaines de millions de personnes. Cette lecture s'accorde avec le concept des « Trois Impérissables » du Zuo Zhuan (établir la vertu, établir des hauts faits, établir des paroles).
Vues similaires : Partage le même esprit que les « Trois Impérissables » (三不朽) du Zuo Zhuan.
Traduction : (Celui qui vit selon la voie juste et ne meurt pas prématurément) a la longévité.
Analyse : Heshanggong interprète sous l'angle de la culture de la santé : « 目不妄视,耳不妄听,口不妄言,则无怨恶于天下,故长寿 » (« Quand les yeux ne regardent pas de manière inconsidérée, les oreilles n'écoutent pas de manière inconsidérée, et la bouche ne parle pas de manière inconsidérée, alors on n'encourt ni rancune ni hostilité dans le monde, c'est pourquoi l'on a la longévité »). Cette lecture comprend « mourir sans disparaître » comme « ne pas mourir prématurément par une conduite inconsidérée » — si une personne est prudente en paroles et en actes et ne provoque pas de rancune, elle ne rencontrera pas une mort violente et pourra naturellement vivre ses années. Bien que cette lecture n'ait pas la profondeur des précédentes, elle est plus pratique et contient une véritable sagesse de la santé — « ne pas disparaître » ici ne signifie pas l'immortalité de l'esprit, mais le fait que le corps ne meure pas d'une mort prématurée.
Vues similaires : Heshanggong : « 目不妄视,耳不妄听,口不妄言,则无怨恶于天下,故长寿 » (« Quand les yeux ne regardent pas de manière inconsidérée, les oreilles n'écoutent pas de manière inconsidérée, et la bouche ne parle pas de manière inconsidérée, alors on n'encourt ni rancune ni hostilité dans le monde, c'est pourquoi l'on a la longévité »).
Traduction : « 死 » est la cessation du corps ; « 亡 » est la disparition de l'existence — quand le corps cesse mais que l'existence ne disparaît pas, c'est la longévité.
Analyse : Analyse philologique : « 死 » (mourir) et « 亡 » (disparaître) présentent des nuances subtiles en chinois classique. « 死 » désigne principalement la cessation biologique de la vie (le cœur s'arrête, la respiration s'arrête) ; « 亡 » désigne principalement la disparition ontologique de l'existence (disparaître complètement du monde, cesser d'exister). Laozi distingue précisément ces deux concepts : un être humain peut « mourir » (死, cessation physique) sans pour autant « disparaître » (亡, son existence spirituelle ne s'éteint pas). La juxtaposition exquise de ces deux caractères permet à six caractères seulement de porter un poids philosophique extraordinaire.
Vues similaires : Analyse philologique distinguant « 死 » (mourir) et « 亡 » (disparaître).
Ce chapitre contient 20 combinaisons d'interprétation.
[Divergences fondamentales]
Le chapitre 33 est l'un des chapitres les plus aphoristiques du Tao Te King, construisant un système complet de cultivation de la vie en six phrases. Les quatre premières phrases forment deux paires de contrastes précis : « connaître autrui / se connaître » oppose la direction de la cognition (extérieure vs intérieure), et « vaincre autrui / se vaincre » oppose l'usage de la force (conquête vs discipline de soi). « Celui qui sait se contenter est riche » et « Celui qui s'efforce d'agir a de la résolution » complètent ensuite le contenu de la cultivation sous les angles de l'attitude et de l'action. Les deux dernières phrases, « 不失其所者久,死而不亡者寿 » (« Celui qui ne perd pas son fondement perdure ; celui qui meurt sans disparaître a la longévité »), poussent le chapitre vers sa destination ultime — de la « pérennité » (久, persistance dans le temps) à la « longévité » (寿, éternité au-delà de la mort), réalisant le saut de la connaissance de soi à l'immortalité spirituelle. Le commentaire de Wang Bi contribue en révélant précisément la relation progressive au sein de chaque paire — l'intelligence ne vaut pas la clairvoyance (« transcendant l'intelligence »), la force ne vaut pas la puissance (« rien ne peut diminuer sa force ») — et en identifiant le sens central de « mourir sans disparaître » par « 身没而道犹存 » (« le corps périt mais le Tao demeure »). Heshanggong, quant à lui, aborde la question sous l'angle concret de la cultivation personnelle et de la santé — se connaître soi-même, c'est « écouter intérieurement le silence, voir intérieurement l'invisible » ; se vaincre, c'est vaincre ses passions et désirs ; savoir se contenter, c'est préserver ses bienfaits ; s'efforcer d'agir, c'est pratiquer le bien — conférant à la philosophie abstraite un guide pratique de cultivation. La phrase la plus profonde du chapitre, « 死而不亡者寿 » (« Celui qui meurt sans disparaître a la longévité »), est philologiquement exquise : « 死 » (mourir) désigne la cessation du corps, tandis que « 亡 » (disparaître) désigne l'évanouissement de l'existence — on peut mourir sans disparaître. Ces six caractères contiennent la compréhension ultime que le taoïsme a de la vie, et ils constituent la meilleure note de bas de page pour l'état propre de Laozi, qui « meurt sans disparaître ».