Tao Te King Chapitre 9 : Le commentaire complet

Le contenu suivant propose une analyse approfondie et multi-perspective de chaque phrase de ce chapitre, couvrant les commentaires traditionnels, l'analyse philologique, l'interprétation philosophique et d'autres dimensions. Texte de base : Commentaire de Wang Bi sur le Daode Zhenjing, édition du Zhengtong Daozang
L'étiquette « Combinaison » de chaque interprétation suit le format « caractère + indice de sens » (par ex. « dàoC-A »), indiquant que cette interprétation utilise le sens C de « dào » et le sens A de « ». Voir le glossaire complet à la fin de ce chapitre : [Annexe : Glossaire des caractères clés].

[Phrase 1] chíéryíngzhī;(Tenir et remplir à ras bord, mieux vaut s'arrêter à temps.)

Chapitre 9 · Phrase 1 : chíéryíngzhī

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : chíA-érA-yíngA-zhīA-A-A-A
Traduction : Tenir un récipient et le remplir jusqu'au bord, mieux vaut s'arrêter à temps.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. Elle utilise la métaphore d'un récipient que l'on remplit d'eau — l'eau déborde quand on le remplit trop, le remplissage excessif provoque le renversement. « chí » garde son sens premier de « tenir », « yíng » signifie « remplir », et « » signifie « cesser ». Cette métaphore révèle une loi fondamentale de la nature : toute chose a sa limite, la dépasser mène au résultat inverse. Le commentaire de Heshang Gong « chímǎnqīngzhǐ » (« Tenir la plénitude mène inévitablement au renversement ; mieux vaut s'arrêter ») exprime exactement ce sens.
Vues similaires : Heshang Gong : « chímǎnqīngzhǐ » (« Tenir la plénitude mène inévitablement au renversement ; mieux vaut s'arrêter »).
Chapitre 9 · Phrase 1 : chíéryíngzhī

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : chíC-érA-yíngC-zhīA-A-A-A
Traduction : Garder sa vertu tout en la faisant déborder sans cesse, mieux vaut s'arrêter à temps.
Analyse : L'interprétation distinctive de Wang Bi. « chí » prend le sens de « garder sa vertu » (Wang Bi : « chíwèishī » — « Tenir signifie ne pas perdre sa vertu »), et « yíng » prend le sens de « augmenter, accroître ». Le sens est : ayant déjà préservé la vertu, on continue d'en accumuler davantage, ce qui mène inévitablement à l'effondrement — autrement dit, même les bonnes qualités, poussées à l'excès, se retournent en leur contraire. Cela va plus loin que le simple « ce qui est plein déborde » : la vertu elle-même ne doit pas être poursuivie à l'excès.
Vues similaires : Wang Bi : « chíwèishīshīyòuyíngzhīshìqīngwēi » (« Tenir signifie ne pas perdre sa vertu. Ayant préservé sa vertu tout en l'augmentant, l'effondrement devient inévitable »).
Chapitre 9 · Phrase 1 : chíéryíngzhī

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : chíB-érB-yíngB-zhīA-A-A-A
Traduction : Maintenir un état d'autosatisfaction, mieux vaut lâcher prise et s'arrêter.
Analyse : Cette lecture comprend « chí » comme « maintenir » un certain état, et « yíng » comme l'adjectif « vaniteux, suffisant ». Le sens est : si une personne entretient toujours un état d'esprit suffisant, il vaudrait mieux abandonner rapidement cette vanité. L'accent passe de la contenance extérieure d'un récipient à un état psychologique intérieur — un cœur gonflé de vanité est la véritable « plénitude », et aussi la plus dangereuse.
Vues similaires : En accord avec la pensée du Yijing, hexagramme Qian (《·qiān》) : « tiāndàokuīyíngérqiān » (« La voie du Ciel diminue le plein et augmente l'humble »).
Chapitre 9 · Phrase 1 : chíéryíngzhī

[Interprétation 4] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : chíA-érA-yíngA-zhīA-A-B-B
Traduction : Tenir un récipient et vouloir le remplir — mieux vaut simplement y renoncer.
Analyse : « » prend le sens de « soi-même », et « » prend le sens de « renoncer, laisser tomber ». L'accent n'est pas seulement sur « arrêter l'action », mais sur l'abandon fondamental de l'idée même de « vouloir remplir ». Cette lecture porte un sens plus profond de détachement — non pas simplement la modération dans l'action, mais un lâcher-prise complet dans l'attitude.
Vues similaires : En résonance avec la philosophie de Laozi du « contentement » (zhī).

[Phrase 2] chuāiérruìzhīzhǎngbǎo。(Marteler et aiguiser une lame — elle ne peut rester tranchante longtemps.)

Chapitre 9 · Phrase 2 : chuāiérruìzhīzhǎngbǎo

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : chuāiA-érB-ruìA-zhīA-A-zhǎngA-bǎoA
Traduction : Marteler et forger une lame pour la rendre extrêmement tranchante — son tranchant ne peut être maintenu longtemps.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. Elle utilise la métaphore de la forge d'une lame : un métal martelé et aiguisé à l'extrême est, au contraire, le plus susceptible de s'ébrécher et de s'émousser. « chuāi » est un emprunt phonétique pour « chuí » (marteler), et « ruì » est employé de manière causative — « rendre tranchant ». Wang Bi commente : « chuāilìngjiānyòuruìzhīlìngshìcuī » (« Ayant martelé la pointe pour la rendre pointue et l'ayant aiguisée pour la rendre tranchante, elle se brisera inévitablement »). Cette métaphore avertit : ceux qui exhibent le plus leur tranchant sont les plus exposés aux revers.
Vues similaires : Wang Bi : « chuāilìngjiānyòuruìzhīlìngshìcuīzhǎngbǎo » (« Ayant martelé la pointe et l'ayant aiguisée, elle se brisera inévitablement ; ainsi elle ne peut être préservée longtemps »).
Chapitre 9 · Phrase 2 : chuāiérruìzhīzhǎngbǎo

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : chuāiB-érA-ruìA-zhīA-A-zhǎngA-bǎoA
Traduction : Travailler quelque chose sans cesse puis le rendre tranchant — cela ne peut être maintenu longtemps.
Analyse : Heshang Gong annote « chuāizhì » (« chuāi signifie travailler, affiner »). « zhì » a le sens de réparer et affiner. D'abord on le travaille, puis on le rend tranchant — la manipulation humaine continue fait dévier les choses de leur état naturel, et elles finissent inévitablement par être jetées. Heshang Gong : « xiānchuāizhīhòujuān » (« D'abord on le travaille, puis on le jette inévitablement »). Cette lecture met l'accent sur les méfaits du façonnage artificiel excessif.
Vues similaires : Heshang Gong : « chuāizhìxiānchuāizhīhòujuān » (« Chuai signifie affiner. D'abord on le travaille, puis on le jette inévitablement »).
Chapitre 9 · Phrase 2 : chuāiérruìzhīzhǎngbǎo

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : chuāiA-érB-ruìB-zhīA-A-zhǎngA-bǎoA
Traduction : Forger quelque chose jusqu'à ce que son élan devienne irrésistible — cela ne peut être maintenu longtemps.
Analyse : Cette lecture élargit « ruì » au sens de « d'élite, redoutable ». Elle ne se limite pas à une lame concrète, mais désigne de manière générale l'élan et le tranchant d'une personne — poursuivre inlassablement un état de domination irrésistible viole la loi naturelle des flux et reflux, et le déclin suit inévitablement l'apogée. Cette lecture s'accorde avec la pensée de L'Art de la guerre (《sūnzibīng》) : « ruì » (« Éviter le tranchant de l'ennemi ») et du Zuo Zhuan (《zuǒchuán》) : « zuòzàiérshuāi » (« Le premier roulement de tambour galvanise l'élan ; le second l'affaiblit »).
Vues similaires : L'Art de la guerre (《sūnzi》) : « ruì » (« Éviter le tranchant de l'ennemi »).
Chapitre 9 · Phrase 2 : chuāiérruìzhīzhǎngbǎo

[Interprétation 4] Novatrice · Faible fiabilité

Combinaison : chuāiC-érB-ruìA-zhīA-A-zhǎngA-bǎoA
Traduction : Évaluer et calculer, puis rendre quelque chose tranchant — cela ne peut tout de même être maintenu longtemps.
Analyse : « chuāi » prend le sens de « évaluer, estimer ». Même avec un calcul soigneux et une planification minutieuse pour amener quelque chose au summum du tranchant, le résultat ne peut durer. Cette lecture implique que l'ingéniosité et les calculs humains ne peuvent en fin de compte contrer la loi naturelle selon laquelle les choses se retournent à l'extrême — quels que soient les plans, on ne peut aller à l'encontre de la Voie du Ciel.
Vues similaires : Une interprétation élargie de certains commentateurs modernes.

[Phrase 3] jīnmǎntángzhīnéngshǒu;(Or et jade emplissant la salle — nul ne peut les garder.)

Chapitre 9 · Phrase 3 : jīnmǎntángzhīnéngshǒu

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : jīnA-A-mǎntángA-A-zhīA-néngA-shǒuA
Traduction : L'or et le jade emplissant la salle — personne ne peut les conserver.
Analyse : L'interprétation la plus directe. « jīnmǎntáng » présente l'image d'une abondance matérielle extrême. zhīnéngshǒu — personne ne peut préserver une si grande richesse durablement. Cette phrase prolonge les métaphores de la « plénitude » et du « tranchant » ci-dessus, passant de l'abstrait au concret : la richesse, même débordante, finira par se perdre. Cette phrase est aussi l'origine de l'expression idiomatique « jīnmǎntáng ». Heshang Gong commente : « shìshāngshéncáiduōlèishēn » (« Les désirs excessifs blessent l'esprit ; l'excès de richesse accable le corps »), soulignant les conséquences de l'avidité.
Vues similaires : Heshang Gong : « shìshāngshéncáiduōlèishēn » (« Les désirs excessifs blessent l'esprit ; l'excès de richesse accable le corps »).
Chapitre 9 · Phrase 3 : jīnmǎntángzhīnéngshǒu

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : jīnB-B-mǎntángA-A-zhīA-néngA-shǒuB
Traduction : Des choses précieuses emplissant la salle — personne ne peut les protéger.
Analyse : « jīn » désigne de manière générale tout ce qui est précieux — non seulement la richesse matérielle, mais aussi, par extension, le pouvoir, le statut, la gloire, et ainsi de suite. « shǒu » prend le sens de « protéger, garder » — même en s'efforçant désespérément de les protéger, on ne peut empêcher leur perte. Cette lecture élargit la portée de « jīn », étendant l'avertissement de Laozi de la richesse à toutes les poursuites mondaines.
Vues similaires : Wang Bi commente : « ruò » (« Mieux vaut s'arrêter ») — impliquant que rien de ce qui est rempli à ras bord ne peut être préservé longtemps.
Chapitre 9 · Phrase 3 : jīnmǎntángzhīnéngshǒu

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : jīnA-A-mǎntángA-B-zhīA-néngA-shǒuA
Traduction : L'or et le jade emplissant la salle — (en fin de compte) ils ne peuvent être conservés.
Analyse : « » prend la valeur d'adverbe négatif « ne peut pas », l'accent portant non sur « personne » (aucun être humain n'y parvient), mais sur « impossible » (une nécessité objective). Cette lecture élève la phrase d'un avertissement empirique (« personne n'y est jamais parvenu ») à un jugement ontologique (« c'est fondamentalement impossible ») — c'est la loi naturelle qui le dicte, indépendamment de la volonté humaine.
Vues similaires : En accord avec la philosophie naturelle de Laozi selon laquelle « les choses se retournent à l'extrême » (fǎn).

[Phrase 4] guìérjiāojiù。(Richesse et honneur mêlés d'arrogance attirent sur soi le malheur.)

Chapitre 9 · Phrase 4 : guìérjiāojiù

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-guìA-érA-jiāoA-A-A-A-jiùA
Traduction : Devenu riche et noble, si l'on tourne à l'arrogance, on attire soi-même le malheur.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. La richesse et la noblesse ne sont pas en soi des fautes ; c'est l'arrogance née de celles-ci qui est fatale. « ér » indique une transition ou une succession : « en raison de la richesse et de la noblesse, on devient arrogant ». « » prend le sens de « laisser, provoquer », et « jiù » le sens de « malheur, calamité ». Heshang Gong approfondit ce sens : « dāngzhènpínguìdāngliánjiànérfǎnjiāobèihuòhuàn » (« Les riches devraient secourir les pauvres, les nobles devraient compatir avec les humbles ; agir au contraire avec arrogance et licence, c'est nécessairement s'attirer le malheur ») — les riches et les nobles ont la responsabilité de soulager les pauvres ; l'arrogance va à l'encontre de ce devoir.
Vues similaires : Heshang Gong : « dāngzhènpínguìdāngliánjiànérfǎnjiāobèihuòhuàn » (« Les riches devraient secourir les pauvres, les nobles compatir avec les humbles ; l'arrogance attire inévitablement le malheur »).
Chapitre 9 · Phrase 4 : guìérjiāojiù

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : A-guìA-érB-jiāoB-A-A-A-jiùB
Traduction : Devenir fastueux et dissolu à cause de la richesse et de la noblesse — on se laisse ainsi une faute.
Analyse : « jiāo » prend le sens de « fastueux et dissolu », et « jiù » le sens de « faute, transgression ». Cette lecture déplace l'accent des conséquences extérieures (la calamité) vers la qualité morale intérieure (la faute) — l'extravagance n'attire pas seulement un désastre extérieur, mais constitue surtout une transgression morale. C'est un jugement plus sévère sur le caractère des riches et des nobles.
Vues similaires : Yijing, Xici (《·》) : « jiùzhěshànguò » (« Être sans faute, c'est savoir corriger ses erreurs »).
Chapitre 9 · Phrase 4 : guìérjiāojiù

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : A-guìA-érA-jiāoA-A-B-A-jiùA
Traduction : Riche et noble mais arrogant — on perd (ses bénédictions premières), et cela même est le malheur.
Analyse : « » prend le sens de « abandonner, perdre ». « jiù » se comprend comme « on perd par sa propre faute (ses bénédictions), ne laissant que le malheur ». Cette lecture contient un paradoxe plus profond : l'arrogant croit gagner davantage, alors qu'en réalité il perd — ce qu'il perd est précisément le fondement sur lequel reposaient sa richesse et sa noblesse.
Vues similaires : En écho au thème central du chapitre 9 : « ce qui déborde est inévitablement perdu ».
Chapitre 9 · Phrase 4 : guìérjiāojiù

[Interprétation 4] Controversée · Faible fiabilité

Combinaison : A-guìA-érB-jiāoA-A-C-A-jiùA
Traduction : Riche et noble mais arrogant — c'est comme s'offrir à soi-même le malheur en cadeau.
Analyse : « » prend le sens de « offrir, donner en cadeau » (prononcé wèi). Cette lecture est profondément ironique : l'intention de l'arrogant est d'étaler sa richesse et sa noblesse, mais le résultat revient à s'offrir activement le malheur en cadeau — une profonde auto-ironie du type « se faire cadeau d'un désastre ».
Vues similaires : Une lecture privilégiée par une minorité de philologues qui retiennent « » (wèi) au sens de « offrir, présenter ».

[Phrase 5] gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào。(Se retirer une fois l'œuvre accomplie — telle est la Voie du Ciel.)

Chapitre 9 · Phrase 5 : gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : gōngA-suìA-shēnA-退tuìA-tiānA-zhīA-dàoA
Traduction : Quand l'œuvre est accomplie, on doit se retirer — telle est la loi de la Voie du Ciel.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. « gōngsuì » et « shēn退tuì » forment deux constructions verbe-objet parallèles. Après avoir accompli ses mérites, il faut se retirer en temps voulu, car lorsque les choses atteignent leur apogée, elles basculent inévitablement vers leur contraire (comme le soleil décline à son zénith et la lune décroît quand elle est pleine). Wang Bi commente : « shígèngyùngōngchéng » (« Les quatre saisons se succèdent en rotation ; quand leur œuvre est accomplie, elles cèdent la place »). Cette phrase est la synthèse et l'élévation de tout le chapitre, résumant les avertissements concrets des quatre phrases précédentes en un principe fondamental — suivre le rythme naturel de la montée et du déclin.
Vues similaires : Wang Bi : « shígèngyùngōngchéng » (« Les quatre saisons se succèdent ; quand leur œuvre est accomplie, elles cèdent la place »).
Chapitre 9 · Phrase 5 : gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : gōngA-suìA-shēnB-退tuìB-tiānA-zhīA-dàoA
Traduction : Après l'accomplissement de l'œuvre, on doit quitter sa charge et se retirer dans la retraite — telle est la loi de la Voie du Ciel.
Analyse : « shēn » prend le sens de « vie physique », et « 退tuì » celui de « quitter sa charge et se retirer dans la solitude ». Cette lecture pointe plus précisément vers le Tao de l'avancement et du retrait dans la carrière politique — après avoir acquis mérite et renommée, on doit quitter sa charge et vivre en réclusion pour préserver sa vie. Le commentaire de Heshang Gong est des plus détaillés : « gōngchéngshìmíngchēngsuì退tuìshēnwèihài » (« Quand l'œuvre est accomplie et la renommée établie, ne pas se retirer et céder sa position, c'est s'exposer au malheur »). L'exemple historique de Fan Li, qui navigua sur les Cinq Lacs après ses hauts faits, est le paradigme de ce principe.
Vues similaires : Heshang Gong : « gōngchéngshìmíngchēngsuì退tuìshēnwèihàinǎitiānzhīchángdào » (« Quand l'œuvre est accomplie et la renommée établie, ne pas se retirer invite le malheur — telle est la Voie constante du Ciel »).
Chapitre 9 · Phrase 5 : gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào

[Interprétation 3] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : gōngA-suìB-shēnA-退tuìC-tiānA-zhīA-dàoA
Traduction : Quand l'œuvre s'est déroulée selon ses vœux, on garde soi-même une attitude de retrait humble — telle est la loi de la Voie du Ciel.
Analyse : « suì » prend le sens de « se dérouler heureusement, être exaucé », et « 退tuì » celui de « humilité, modestie » plutôt que d'un retrait littéral. Cette lecture n'exige pas que celui qui a accompli se retire véritablement, mais qu'il maintienne une attitude humble — ne pas revendiquer le mérite, ne pas s'accrocher au pouvoir et à la position. Cela fait écho au chapitre 2, « gōngchéngér » (« Il accomplit son œuvre mais n'y demeure pas »), et au chapitre 7, « hòushēnérshēnxiān » (« Il se met en dernier, et pourtant se trouve en premier »).
Vues similaires : Parallèle au chapitre 2 : « gōngchéngér » (« Il accomplit son œuvre mais n'y demeure pas »).
Chapitre 9 · Phrase 5 : gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào

[Interprétation 4] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : gōngA-suìC-shēnA-退tuìA-tiānA-zhīA-dàoA
Traduction : L'œuvre est accomplie, et alors on se retire — telle est la Voie du Ciel.
Analyse : « suì » prend la valeur conjonctive de « alors, ensuite ». Cette lecture relie « gōng » et « shēn退tuì » dans une relation causale — quand l'œuvre est achevée, le retrait suit naturellement, sans hésitation ni regret. Ce n'est pas un choix subjectif, mais le fonctionnement naturel de la Voie du Ciel, aussi inexorable que la succession des quatre saisons. Cette lecture élimine la nuance d'un « choix délibéré de se retirer », soulignant que le retrait s'accomplit spontanément et naturellement.
Vues similaires : Implicitement en accord avec l'interprétation de Wang Bi sur le flux naturel des « shígèngyùn » (« les quatre saisons se succédant »).
Chapitre 9 · Phrase 5 : gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào

[Interprétation 5] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : Ponctué comme 'gōngsuìshēn退tuì/tiānzhīdào', édition Heshang Gong : 'gōngchéngmíngsuìshēn退tuìtiānzhīdào'
Traduction : L'œuvre accomplie, la renommée acquise, et soi-même retiré — telle est la Voie du Ciel.
Analyse : L'édition de Heshang Gong donne « gōngchéngmíngsuìshēn退tuìtiānzhīdào », ajoutant le caractère « míng » (renommée) par rapport au texte reçu. Cette version dispose l'œuvre, la renommée et la personne en une triade parallèle : l'œuvre est accomplie, la renommée acquise, et à ce moment il faut se retirer. L'ajout de « míngsuì » rend le sens plus complet et saisit mieux la sagesse trinitaire de Laozi — « œuvre accomplie, renommée acquise, retrait personnel ». Le commentaire de Heshang Gong invoque les métaphores du soleil déclinant à son zénith, de la lune décroissant après sa plénitude, et du déclin des choses après leur apogée.
Vues similaires : Heshang Gong : « zhōngyuèmǎnkuīshèngshuāiāi » (« De même que le soleil décline à son zénith, que la lune décroît quand elle est pleine, que les choses déclinent après leur apogée, et que la joie se change en peine à son comble »).
Chapitre 9 · Phrase 5 : gōngsuìshēn退tuìtiānzhīdào

[Interprétation 6] Novatrice · Faible fiabilité

Combinaison : gōngA-suìA-shēnC-退tuìB-tiānB-zhīA-dàoB
Traduction : Après l'accomplissement de l'œuvre, on se retire de sa position — tel est le chemin prescrit par le Ciel.
Analyse : « shēn » prend le sens de « statut social et position », « 退tuì » celui de « se retirer de la vie publique », « tiān » celui de « le Ciel souverain », et « dào » celui de « chemin, directive ». Cette lecture comprend « tiānzhīdào » comme « l'ordonnance et la guidance du Ciel » — la retraite des rois, des généraux et des ministres n'est pas seulement conforme à la loi naturelle, mais constitue aussi une obéissance au mandat céleste. C'est une interprétation à connotation plus religieuse.
Vues similaires : Reflète la tendance interprétative de la doctrine han de la cosmologie corrélative (tiānréngǎnyīng).

Résumé du chapitre

Ce chapitre contient 21 combinaisons d'interprétation.

[Divergences fondamentales]

Le chapitre 9 est l'expression la plus concentrée dans le Tao Te King de la philosophie de « savoir quand s'arrêter » (zhīzhǐ) et de « se retirer une fois l'œuvre accomplie » (gōngchéngshēn退tuì). Tout le chapitre utilise quatre séries de métaphores imagées — la plénitude qui déborde, le tranchant martelé qui casse facilement, l'or et le jade qu'on ne peut garder, la richesse qui engendre l'arrogance — progressant couche par couche des phénomènes physiques à la sagesse de vie, pour converger finalement vers la proposition centrale : « Se retirer quand l'œuvre est accomplie — telle est la Voie du Ciel. » L'interprétation de Wang Bi de « chíéryíngzhī » sous l'angle de « la vertu ne doit pas être poussée au débordement » confère au chapitre une profondeur philosophique transcendant le plan matériel ; Heshang Gong, partant de la sagesse pratique, utilise les métaphores du déclin du soleil et de la décroissance de la lune, du déclin des choses après leur apogée, pour offrir des conseils plus orientés vers la pratique. Les deux traditions de commentaire convergent au point de « gōngsuìshēn退tuì » — que l'on comprenne cela ontologiquement comme « suivre la Voie du Ciel » ou politiquement comme « se retirer bravement du torrent », l'esprit fondamental est le même : savoir quand s'arrêter est la plus haute sagesse. Ce chapitre forme, avec le chapitre 15 (« yíng », « ne pas désirer la plénitude »), le chapitre 22 (« quán », « plier mène à l'entièreté ») et le chapitre 44 (« zhīzhīzhǐdài », « le contentement préserve de la disgrâce ; savoir s'arrêter écarte le danger »), le système complet de la philosophie de Laozi du « savoir s'arrêter ».

Annexe : Glossaire des caractères clés

chí
A. [v.] Saisir ; tenir (un récipient)
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « chí » (Tenir signifie saisir).
B. [v.] Maintenir ; conserver (un certain état)
Source : Sens étendu. Entretiens : « zhíhóng » (« Celui qui tient la vertu ne l'élargit pas »).
C. [v.] Garder ; préserver (la vertu ou la position)
Source : Commentaire de Wang Bi : « chíwèishī » (« Tenir signifie ne pas perdre sa vertu »).
ér
A. [conj.] Et ; de plus (indiquant la progression)
Source : Usage conjonctif de base.
B. [conj.] Afin de ; de manière à (indiquant le but)
Source : Usage de mot-outil. « ér » peut indiquer le but.
yíng
A. [v.] Remplir ; faire le plein (d'un récipient)
Source : Commentaire de Heshang Gong : « yíngmǎn » (« Ying signifie plein »). Shuowen Jiezi : « yíngmǎn » (« Ying signifie un récipient plein »).
B. [adj.] Plein ; débordant (état d'autosatisfaction et de suffisance)
Source : Sens étendu. Yijing, hexagramme Qian (《·qiān》) : « tiāndàokuīyíngérqiān » (« La voie du Ciel diminue le plein et augmente l'humble »).
C. [v.] Augmenter ; accroître
Source : Commentaire de Wang Bi : « shīyòuyíngzhī » (« Ayant préservé sa vertu tout en l'augmentant »).
zhī
A. [pron.] Cela (désignant le récipient tenu ou l'affaire en question)
Source : Usage pronominal.
A. [v.] Ne pas valoir ; être inférieur à
Source : Sens de base. Indique que la seconde option est préférable.
A. [adv.] Il vaudrait mieux ; on ferait bien de (exprimant une suggestion ou un conseil)
Source : Adverbe modal exprimant une suggestion atténuée.
B. [pron.] Soi-même ; sa propre personne
Source : Usage pronominal.
A. [v.] Cesser ; s'arrêter
Source : Commentaire de Heshang Gong : « zhǐ » (« Yi signifie s'arrêter »). Entretiens : « ! » (« C'est fini ! »).
B. [v.] Laisser tomber ; renoncer
Source : Sens étendu. Exprimant le sens de l'abandon.
chuāi
A. [v.] Marteler ; forger (le métal)
Source : Sens archaïque. Emprunt phonétique pour « chuí » ou « chuí » (marteler). Frapper au marteau dans la forge.
B. [v.] Travailler ; affiner
Source : Commentaire de Heshang Gong : « chuāizhì » (« Chuai signifie affiner »).
C. [v.] Évaluer ; estimer
Source : Sens étendu. Stratégies des Royaumes combattants (《zhànguó》) : « liàngquánchuāishì » (« Mesurer le pouvoir et évaluer la situation »).
ruì
A. [v.] Aiguiser ; rendre tranchant
Source : Usage causatif. Rendre quelque chose tranchant.
B. [adj.] D'élite ; redoutable (étendu au sens d'élan irrésistible)
Source : Sens étendu. L'Art de la guerre (《sūnzi》) : « ruì » (« Éviter le tranchant de l'ennemi »).
A. [adv.] Ne peut pas ; est incapable de
Source : Sens de base.
zhǎng
A. [adv.] Longtemps ; durablement
Source : Usage adverbial de base. « zhǎng » dans son sens temporel.
bǎo
A. [v.] Préserver ; maintenir
Source : Sens de base. Shuowen Jiezi : « bǎoyǎng » (« Bao signifie nourrir »).
jīn
A. [n.] Or ; métal (désignant les métaux précieux)
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « jīnjīn » (« Jin désigne les métaux aux cinq couleurs »).
B. [n.] Argent ; richesse (sens général)
Source : Sens étendu. Terme général pour la richesse.
A. [n.] Jade ; pierre précieuse
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « shízhīměizhě » (« Yu est la plus belle des pierres »).
B. [n.] Choses belles et précieuses (sens général)
Source : Sens étendu. « jīn » employés ensemble désignent toutes choses précieuses.
mǎntáng
A. [v.+obj.] Emplir la salle (trésors amassés en montagnes)
Source : Sens littéral. Décrit une abondance extrême de richesses.
A. [pron.] Personne ; nul
Source : Pronom négatif. Shuowen Jiezi : « qiěmíng » (« Mo signifie que le soleil est sur le point de se coucher »). Par emprunt phonétique, utilisé comme pronom négatif.
B. [adv.] Ne… pas ; ne peut pas
Source : Usage adverbial négatif.
néng
A. [v.] Pouvoir ; être capable de
Source : Sens de base.
shǒu
A. [v.] Garder ; conserver
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « shǒushǒuguān » (« Shou signifie garder sa charge »). Par extension, maintenir sans perdre.
B. [v.] Protéger ; surveiller (protéger d'un dommage)
Source : Sens étendu. Le sens de défense et de protection.
A. [adj.] Riche ; possédant beaucoup de biens
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « bèiyuēhòu » (« Fu signifie bien pourvu ; une autre acception dit abondant »).
guì
A. [adj.] Noble ; de haut rang
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « guìjiàn » (« Gui signifie une chose qui n'est pas vile »). Par extension, statut social élevé.
jiāo
A. [adj.] Arrogant ; hautain ; présomptueux
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « jiāogāoliùchǐwèijiāo » (« Jiao désignait à l'origine un cheval de six chi de haut »). Par extension, arrogant et vaniteux.
B. [adj.] Fastueux ; dissolu et sans retenue
Source : Sens étendu. Heshang Gong : « fǎnjiāo » (« Au contraire arrogant et sans frein »).
A. [adv.] Soi-même ; par soi-même
Source : Sens de base. Souligne que le malheur est auto-infligé.
A. [v.] Laisser ; provoquer
Source : Sens étendu. Le sens de laisser quelque chose ou de s'attirer quelque chose.
B. [v.] Abandonner ; perdre
Source : Shuowen Jiezi : « wáng » (« Yi signifie perdre »). Le sens de perte.
C. [v.] Offrir ; donner en cadeau
Source : Emprunt phonétique pour « kuì » (offrir un cadeau). Stratégies des Royaumes combattants (《zhànguó》) : « hòuzhī » (« Désirant lui offrir de généreux cadeaux »). Prononcé wèi.
jiù
A. [n.] Malheur ; calamité
Source : Shuowen Jiezi : « jiùzāi » (« Jiu signifie calamité »).
B. [n.] Faute ; transgression
Source : Yijing, Xici (《·》) : « jiùzhěshànguò » (« Être sans faute, c'est savoir corriger ses erreurs »).
gōng
A. [n.] Œuvre ; mérite ; accomplissement
Source : Sens de base. Shuowen Jiezi : « gōngláodìngguó » (« Gong signifie stabiliser l'État par l'effort »).
suì
A. [v.] Accomplir ; mener à bien
Source : Sens de base. Livre des Rites, Yueling (《·yuèlìng》) : « bǎishìnǎisuì » (« Toutes les affaires sont accomplies »).
B. [v.] Se dérouler heureusement ; être exaucé
Source : Sens étendu. Exprimant la réalisation des souhaits.
C. [adv.] Alors ; ensuite (usage conjonctif)
Source : Usage de mot-outil. Indiquant l'enchaînement.
shēn
A. [n.] Soi-même ; sa propre personne
Source : Sens de base. Désignant la personne elle-même.
B. [n.] Corps ; vie physique
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « shēngōng » (« Shen signifie le corps »).
C. [n.] Position ; statut
Source : Sens étendu. Identité et position sociales.
退tuì
A. [v.] Se retirer ; reculer
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « 退tuìquè » (« Tui signifie reculer »).
B. [v.] Quitter sa charge ; se retirer en réclusion
Source : Sens étendu. Se retirer de la vie publique. Livre des Rites, Shaoyi (《·shǎo》) : « cháotíngyuē退tuì » (« À la cour, on dit se retirer »).
C. [v.] Être humble ; céder
Source : Sens étendu. Être modeste et se contenir.
tiān
A. [n.] Nature ; la Voie du Ciel (loi naturelle)
Source : Concept central de la philosophie de Laozi. La Voie du Ciel comme ordre naturel.
B. [n.] Le Ciel ; le souverain céleste (puissance suprême)
Source : Usage traditionnel. Le Ciel comme maître de toutes choses.
dào
A. [n.] Loi ; principe
Source : Sens de base. Désignant les lois régissant le fonctionnement de la nature.
B. [n.] Chemin ; voie
Source : Sens originel. Étendu au sens de la voie que l'on doit suivre.