Tao Te King Chapitre 6 : Le commentaire complet

Le contenu suivant propose une analyse approfondie et multi-perspective de chaque phrase de ce chapitre, couvrant les commentaires traditionnels, l'analyse philologique, l'interprétation philosophique et d'autres dimensions. Texte de base : Commentaire de Wang Bi sur le Daode Zhenjing, édition du Zhengtong Daozang
L'étiquette « Combinaison » de chaque interprétation suit le format « caractère + indice de sens » (par ex. « dàoC-A »), indiquant que cette interprétation utilise le sens C de « dào » et le sens A de « ». Voir le glossaire complet à la fin de ce chapitre : [Annexe : Glossaire des caractères clés].

[Phrase 1] shénshìwèixuánpìn。(L'Esprit de la Vallée ne meurt jamais ; c'est ce que l'on appelle la Femelle Mystérieuse.)

Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : B-shénD-A-A-shìA-wèiA-xuánA-pìnB
Traduction : La merveilleuse fonction créatrice au sein du vide ne périt jamais — c'est ce que l'on appelle la « Femelle Mystérieuse » (xuánpìn) — la matrice profonde et mystérieuse de la création.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. « » (vallée) prend le sens de vide, symbolisant la qualité du Tao (dào) d'être vacant tout en pouvant contenir toutes choses ; « shén » (esprit) prend le sens de fonction créatrice — au sein du vide réside une puissance génératrice inépuisable. « xuán » signifie profond et insondable, « pìn » désigne une matrice qui engendre et donne naissance. « shén » désigne ensemble la qualité du Tao d'être vide en essence tout en possédant une merveilleuse fonction créatrice. Commentaire de Wang Bi : « shénzhōngyāngxíngyǐng……zhì » (« L'Esprit de la Vallée — au centre de la vallée il n'y a rien. La vallée est sans forme ni ombre… c'est l'être suprême ») — soulignant que la nature essentielle de la vallée réside dans son vide.
Vues similaires : Wang Bi : « shénzhōngyāngxíngyǐngwéichùbēidòngshǒujìngshuāi……zhì » (« L'Esprit de la Vallée — au centre de la vallée il n'y a rien. La vallée est sans forme ni ombre, sans résistance ni opposition, demeurant dans l'humilité sans bouger, gardant la quiétude sans décliner… c'est l'être suprême »).
Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : C-shénB-A-A-shìA-wèiA-xuánA-pìnB
Traduction : Nourrir l'esprit afin qu'il ne périsse pas — c'est ce que l'on appelle la « Femelle Mystérieuse » (xuánpìn) — la matrice profonde.
Analyse : L'interprétation de Heshanggong sous l'angle de la culture de la santé. « » est interchangeable avec « » et prend le sens de « nourrir » ; « shén » désigne « l'esprit, les esprits des cinq organes ». Cette interprétation comprend l'ensemble du chapitre comme un discours sur la Voie de la culture de la santé et du perfectionnement de soi : si l'on parvient à nourrir son propre esprit, les esprits des cinq organes ne se dissiperont pas et la vie ne périra pas. Commentaire de Heshanggong : « yǎngrénnéngyǎngshénshénwèicángzhīshéngāncánghúnfèicángxīncángshénshèncángjīngcángzhì » (« signifie nourrir. Celui qui sait nourrir l'esprit ne meurt pas. shén désigne les esprits des cinq organes : le foie abrite l'âme éthérée, les poumons abritent l'âme corporelle, le cœur abrite l'esprit, les reins abritent l'essence, la rate abrite la volonté »). C'est un fondement textuel important de la pensée taoïste de la culture de la santé.
Vues similaires : Heshanggong : « yǎngrénnéngyǎngshén » (« signifie nourrir. Celui qui sait nourrir l'esprit ne meurt pas »).
Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 3] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : A-shénA-A-A-shìA-wèiA-xuánA-pìnB
Traduction : L'esprit demeurant dans la vallée montagneuse ne meurt jamais — c'est ce que l'on appelle la « Femelle Mystérieuse » (xuánpìn) — la matrice profonde.
Analyse : « » prend son sens premier de vallée montagneuse, et « shén » celui de divinité céleste. Les anciens considéraient les vallées montagneuses comme les demeures des esprits ; la divinité de la vallée ne périt jamais — elle est la matrice mystérieuse qui crée toutes choses dans l'univers. Cette interprétation conserve l'imagerie de la religion primitive — les vallées montagneuses, profondes et obscures, sont les lieux où la vie est engendrée — et ainsi l'esprit de la vallée, immortel et impérissable, symbolise l'éternité de la puissance créatrice cosmique.
Vues similaires : Interprétations de certains chercheurs sous l'angle mythologique.
Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 4] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : B-shénC-A-B-shìA-wèiA-xuánA-pìnB
Traduction : La merveille mystérieuse du vide ne s'épuisera jamais — c'est ce que l'on appelle la matrice profonde.
Analyse : « » prend le sens de vide, « shén » celui d'adjectif « mystérieux, merveilleux », et « » le sens d'« épuisement ». Cette interprétation comprend « shén » non pas comme le nom d'une entité mais comme la description d'un état : la qualité merveilleuse du vide ne s'épuisera jamais — précisément parce qu'il est creux et vacant, il ne peut jamais être tari. C'est là la merveille même du vide du Tao : les choses tangibles s'usent, mais seul le vide demeure à jamais plein.
Vues similaires : Fait écho au chapitre 4 du Laozi : « dàochōngéryòngzhīhuòyíng » (« Le Tao est comme un vase que l'on utilise mais qui ne se remplit jamais »).
Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 5] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : B-shénD-A-A-shìA-wèiA-xuánC-pìnA
Traduction : La fonction créatrice au sein du vide ne périt jamais — c'est ce que l'on appelle l'aspect féminin du Ciel (la source de tout).
Analyse : Heshanggong interprète « xuán » comme « le Ciel » et « pìn » conserve son sens premier de féminin. Le Ciel est yang et masculin, la Terre est yin et féminine. Or ici il est dit « xuánpìn » — l'aspect féminin du Ciel, c'est-à-dire le côté souple et réceptif du Ciel. Cette interprétation suggère que la puissance créatrice la plus fondamentale de l'univers ne réside pas dans l'aspect masculin et assertif, mais dans l'aspect féminin et souple. Le yin quiescent qui demeure dans le vide est le secret de la création éternelle. Commentaire de Heshanggong : « xuántiānrénwèipìnrénwèikǒu » (« xuán est le Ciel, correspondant dans le corps humain au nez. pìn est la Terre, correspondant dans le corps humain à la bouche »).
Vues similaires : Heshanggong : « xuántiānpìn » (« xuán est le Ciel. pìn est la Terre »).
Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 6] Novatrice · Faible fiabilité

Combinaison : A-shénD-A-A-shìA-wèiA-xuánA-pìnC
Traduction : La fonction créatrice au sein de la vallée montagneuse ne périt jamais — c'est ce que l'on appelle la gorge mystérieuse.
Analyse : Ici « pìn » prend le sens de « vallée, gorge, concavité ». Dans l'Antiquité, « pìn » et « » formaient un couple : pìn est concave, en forme de vallée, yin. « shén » indique que dans la vallée montagneuse réside une puissance génératrice immortelle, et cette puissance est semblable à une gorge mystérieuse et profonde — éternellement vide et réceptive, éternellement basse et capable de recevoir. Cette interprétation comprend « xuánpìn » comme un rappel et un approfondissement de « ».
Vues similaires : Analyses de certains philologues sous l'angle de l'opposition appariée « pìn/ ».
Chapitre 6 · Phrase 1 : shénshìwèixuánpìn

[Interprétation 7] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : D-shénD-A-A-shìA-wèiA-xuánA-pìnB
Traduction : La puissance mystérieuse qui nourrit toutes choses ne périt jamais — c'est ce que l'on appelle la matrice profonde.
Analyse : « » est interchangeable avec « » prenant le sens de « céréale, nourriture qui sustente la vie », étendu à « nourrir » ; « shén » prend le sens de fonction créatrice. La puissance nourricière dont toutes choses dépendent pour leur survie ne tarit jamais — c'est la matrice créatrice au plus profond du cosmos. Cette interprétation met l'accent sur la nature nourricière du Tao — le Tao n'est pas un souverain trônant en majesté, mais une force maternelle qui, en silence, pourvoit et nourrit toutes choses.
Vues similaires : Combine la lecture de Heshanggong « yǎng » (« signifie nourrir ») avec la compréhension de « xuánpìn » comme matrice de la création.

[Phrase 2] xuánpìnzhīménshìwèitiāngēn。(La porte de la Femelle Mystérieuse est appelée la racine du Ciel et de la Terre.)

Chapitre 6 · Phrase 2 : xuánpìnzhīménshìwèitiāngēn

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : xuánA-pìnB-zhīA-ménA-shìA-wèiA-tiānA-A-gēnB
Traduction : La porte de la matrice créatrice profonde — c'est ce que l'on appelle la racine et l'origine du Ciel et de la Terre.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. La « porte » de la « Femelle Mystérieuse » (xuánpìn) est l'issue de la création cosmique — toutes choses jaillissent de cette porte. Cette porte est la racine et l'origine du Ciel, de la Terre et de toutes choses. « mén » prend son sens premier de « porte, entrée/sortie », et « gēn » le sens de « racine, origine ». Commentaire de Wang Bi : « ménxuánpìnzhīsuǒyóuběnsuǒyóutóngwèizhītiānzhīgēn » (« La porte est la source d'où procède la Femelle Mystérieuse. En remontant à cette source, elle ne fait qu'un avec l'Ultime, c'est pourquoi on l'appelle la racine du Ciel et de la Terre »). La source ultime de toute existence se trouve ici.
Vues similaires : Wang Bi : « ménxuánpìnzhīsuǒyóuběnsuǒyóutóngwèizhītiānzhīgēn » (« La porte est la source d'où procède la Femelle Mystérieuse. En remontant à cette source, elle ne fait qu'un avec l'Ultime, c'est pourquoi on l'appelle la racine du Ciel et de la Terre »).
Chapitre 6 · Phrase 2 : xuánpìnzhīménshìwèitiāngēn

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : xuánA-pìnA-zhīA-ménA-shìA-wèiA-tiānA-A-gēnC
Traduction : La porte de la matrice mystérieuse — c'est ce que l'on appelle le Qi () primordial du Ciel et de la Terre.
Analyse : L'interprétation de Heshanggong. « pìn » conserve l'imagerie de la reproduction féminine — la porte de la matrice (le canal de naissance) est le Qi primordial du Ciel et de la Terre. Commentaire de Heshanggong : « gēnyuányánkǒuzhīménshìnǎitōngtiānzhīyuánsuǒcóngwǎnglái » (« gēn signifie primordial. La porte du nez et de la bouche est le passage par lequel le Qi primordial du Ciel et de la Terre va et vient »). Dans le système de culture de la santé de Heshanggong, la « porte de la Femelle Mystérieuse » désigne le nez et la bouche humains — le canal par lequel le Qi primordial entre et sort, et la porte du Qi primordial du Ciel et de la Terre.
Vues similaires : Heshanggong : « gēnyuányánkǒuzhīménshìnǎitōngtiānzhīyuánsuǒcóngwǎnglái » (« gēn signifie primordial. La porte du nez et de la bouche est le passage par lequel le Qi primordial du Ciel et de la Terre va et vient »).
Chapitre 6 · Phrase 2 : xuánpìnzhīménshìwèitiāngēn

[Interprétation 3] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : xuánA-pìnB-zhīA-ménB-shìA-wèiA-tiānB-A-gēnB
Traduction : Le pivot de la matrice créatrice profonde — c'est ce que l'on appelle le fondement de la Nature et de la Terre.
Analyse : « mén » prend le sens de « clé, pivot », « tiān » celui de « Nature, ordre naturel » et « gēn » celui de « fondement ». Cette interprétation comprend la « porte de la Femelle Mystérieuse » non pas simplement comme une entrée/sortie, mais comme le pivot de l'ensemble du mécanisme créateur — le point de rotation central autour duquel le cosmos tourne. Tout l'ordre naturel et tout ce qui se trouve sur terre se déploient autour de ce pivot.
Vues similaires : Interprétations philosophiques modernes lisant « mén » comme pivot/clé.
Chapitre 6 · Phrase 2 : xuánpìnzhīménshìwèitiāngēn

[Interprétation 4] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : xuánA-pìnB-zhīA-ménC-shìA-wèiA-tiānA-A-gēnA
Traduction : La voie d'accès à la matrice créatrice profonde — c'est ce que l'on appelle la racine du Ciel et de la Terre.
Analyse : « mén » prend le sens de « voie menant à un certain état » et « gēn » conserve le sens concret premier de « racine d'une plante ». Cette interprétation est richement imagée : toutes choses sont comme un grand arbre ; le Ciel et la Terre en sont les branches et les feuilles, tandis que la voie menant à la Femelle Mystérieuse (la matrice profonde) est sa racine enfoncée profondément sous terre. La racine invisible est plus fondamentale que les branches et les feuilles visibles.
Vues similaires : Fait écho au chapitre 59 du Laozi : « shìwèishēngēnzhǎngshēngjiǔshìzhīdào » (« C'est ce que l'on appelle les racines profondes et les fondations solides, la Voie de la longévité et de la vision durable »).
Chapitre 6 · Phrase 2 : xuánpìnzhīménshìwèitiāngēn

[Interprétation 5] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : xuánB-pìnA-zhīA-ménA-shìA-wèiA-tiānA-A-gēnB
Traduction : La porte où le Ciel (yang) et la Terre (yin) se conjoignent — c'est ce que l'on appelle la racine et l'origine du Ciel et de la Terre.
Analyse : En suivant l'équation de Heshanggong « xuán = Ciel », tandis que « pìn » conserve son sens premier de féminin. « xuánpìn » signifie ainsi l'aspect féminin du Ciel, le yin du yang — le point de conjonction du yin et du yang du Ciel et de la Terre. Cette porte est la racine et l'origine de l'interaction et de la génération mutuelle du Ciel et de la Terre. Cette interprétation revêt des connotations cosmologiques : le Qi du yin et du yang passe par cette porte, et toutes choses sont ainsi engendrées.
Vues similaires : L'interprétation cosmologique du yin et du yang dans le système de commentaire de Heshanggong où « xuán = Ciel, pìn = Terre ».

[Phrase 3] miánmiánruòcúnyòngzhīqín。(Ténu comme un fil, il semble exister ; on y puise sans jamais l'épuiser.)

Chapitre 6 · Phrase 3 : miánmiánruòcúnyòngzhīqín

[Interprétation 1] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : miánmiánA-ruòA-cúnA-yòngA-zhīA-A-qínB
Traduction : Il s'étend sans fin comme s'il existait ; on y puise sans jamais l'épuiser.
Analyse : L'interprétation la plus répandue. « miánmián » décrit le fonctionnement du Tao comme continu et ininterrompu, oscillant entre présence et absence. « ruòcún » — il semble exister sans pouvoir être vu ni saisi, ce qui est précisément la caractéristique d'immatérialité du Tao. « qín » est interchangeable avec « jǐn » prenant le sens d'« épuisement » : y puiser ne l'épuisera jamais. Commentaire de Wang Bi : « yáncúnxiéjiànxíngyánwángxiéwànzhīshēngmiánmiánruòcúnchéngyòngérláoyuēyòngérqín » (« Si l'on veut dire qu'il existe, on ne peut voir sa forme ; si l'on veut dire qu'il n'existe pas, toutes choses naissent de lui. C'est pourquoi "ténu comme un fil, il semble exister." Rien ne manque d'être accompli par lui, et son usage ne requiert aucun labeur. C'est pourquoi "on y puise sans jamais l'épuiser" »).
Vues similaires : Wang Bi : « yáncúnxiéjiànxíngyánwángxiéwànzhīshēngmiánmiánruòcúnchéngyòngérláo » (« Si l'on veut dire qu'il existe, on ne peut voir sa forme ; si l'on veut dire qu'il n'existe pas, toutes choses naissent de lui. C'est pourquoi "ténu comme un fil, il semble exister." Rien ne manque d'être accompli par lui, et son usage ne requiert aucun labeur »).
Chapitre 6 · Phrase 3 : miánmiánruòcúnyòngzhīqín

[Interprétation 2] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : miánmiánB-ruòA-cúnA-yòngA-zhīA-A-qínA
Traduction : Il est subtil et délicat comme s'il existait ; y puiser ne demande aucun effort.
Analyse : « miánmián » prend le sens de « subtil et délicat » et « qín » son sens premier de « labeur, effort ». Le fonctionnement du Tao est extrêmement subtil et délicat, difficile à percevoir — il semble exister tout en semblant ne pas exister. Mais lorsqu'on y puise, aucun effort n'est requis ; il agit de lui-même, naturellement. Commentaire de Heshanggong : « kǒuchuǎndāngmiánmiánwēimiàoruòcúnruòyǒuyòngdāngkuānshūdāngqínláo » (« La respiration par le nez et la bouche doit être ténue et subtile, comme si elle existait mais aussi comme si elle n'existait pas. L'usage du Qi doit être détendu et aisé, ni précipité ni laborieux »).
Vues similaires : Heshanggong : « kǒuchuǎndāngmiánmiánwēimiàoyòngdāngkuānshūdāngqínláo » (« La respiration par le nez et la bouche doit être ténue et subtile. L'usage du Qi doit être détendu et aisé, ni précipité ni laborieux »).
Chapitre 6 · Phrase 3 : miánmiánruòcúnyòngzhīqín

[Interprétation 3] Traditionnelle · Haute fiabilité

Combinaison : miánmiánC-ruòA-cúnB-yòngA-zhīA-A-qínB
Traduction : Il s'étend au loin et perdure comme s'il se perpétuait ; on y puise sans jamais l'épuiser.
Analyse : « miánmián » prend le sens de « durable, qui s'étend au loin » et « cún » celui de « persister, se perpétuer ». Cette interprétation met l'accent sur la dimension temporelle du Tao — il s'étend depuis la nuit des temps jusqu'à nos jours, sans jamais s'être interrompu. Quoi qu'on y puise, il ne peut jamais être tari. Cela fait écho au chapitre 4 : « dàochōngéryòngzhīhuòyíng » (« Le Tao est comme un vase que l'on utilise sans jamais le remplir ») — le vide du Tao est précisément la raison pour laquelle il ne peut jamais être épuisé.
Vues similaires : Synonyme du chapitre 4 du Laozi : « dàochōngéryòngzhīhuòyíng » (« Le Tao est comme un vase que l'on utilise sans jamais le remplir »).
Chapitre 6 · Phrase 3 : miánmiánruòcúnyòngzhīqín

[Interprétation 4] Novatrice · Fiabilité moyenne

Combinaison : miánmiánA-ruòA-cúnA-yòngB-zhīA-A-qínA
Traduction : Il s'étend sans fin comme s'il existait ; sa fonction ne requiert aucun effort.
Analyse : « yòng » prend le sens nominal de « fonction, utilité ». Cette interprétation souligne : la fonction du Tao est spontanée et naturelle (rán) — elle ne nécessite aucune force extérieure pour la mettre en mouvement, aucun labeur ni effort délibéré. Les fleurs éclosent et tombent, les quatre saisons se succèdent — tout est la fonction du Tao s'exerçant naturellement, sans effort laborieux. Ce sens est hautement compatible avec la pensée de Laozi du « non-agir et pourtant rien n'est laissé inaccompli » (wèiérwèi).
Vues similaires : Compatible avec la philosophie du Laozi du « non-agir et pourtant rien n'est laissé inaccompli » (wèiérwèi).
Chapitre 6 · Phrase 3 : miánmiánruòcúnyòngzhīqín

[Interprétation 5] Traditionnelle · Fiabilité moyenne

Combinaison : miánmiánB-ruòA-cúnA-yòngA-zhīA-A-qínC
Traduction : Il est subtil et délicat comme s'il existait ; il n'est pas nécessaire d'y puiser de manière précipitée ou fréquente.
Analyse : « miánmián » prend le sens de subtil et délicat, et « qín » celui de « fréquent, précipité ». Compris sous l'angle de la culture de la santé et du perfectionnement de soi : la respiration et la conduite du Qi doivent être ténues et subtiles comme le corps du Tao lui-même, oscillant entre présence et absence. On ne doit pas utiliser le souffle de manière précipitée ou fréquente ; il convient d'être détendu et naturel. Cette interprétation place l'ensemble du chapitre dans le cadre des techniques de respiration, s'alignant au plus près du commentaire de Heshanggong.
Vues similaires : Heshanggong : « yòngdāngkuānshūdāngqínláo » (« L'usage du Qi doit être détendu et aisé, ni précipité ni laborieux »).
Chapitre 6 · Phrase 3 : miánmiánruòcúnyòngzhīqín

[Interprétation 6] Controversée · Faible fiabilité

Combinaison : miánmiánA-ruòB-cúnA-yòngA-zhīA-A-qínB
Traduction : S'étendant sans fin et existant véritablement ; on y puise sans jamais l'épuiser.
Analyse : « ruò » prend le sens de « et, de plus » (conjonction), non de « comme si ». Cette interprétation change le ton de la phrase entière : « miánmiánruòcún » n'est plus la description incertaine « comme s'il existait » mais l'affirmation « s'étendant sans fin et existant véritablement ». Le Tao est à la fois infini et réel — ce n'est pas quelque illusion éthérée mais la puissance la plus substantielle du cosmos.
Vues similaires : Une lecture philologique alternative de « ruò » par une minorité de chercheurs.

Résumé du chapitre

Ce chapitre contient 18 combinaisons d'interprétation.

[Divergences fondamentales]

Le sixième chapitre présente les caractéristiques essentielles du corps du Tao à travers une image d'une tension remarquable — « l'Esprit de la Vallée » (shén). Une vallée montagneuse est vide et pourtant capable de tout contenir, mystérieuse et pourtant insaisissable, éternelle et pourtant jamais sujette au déclin ; lorsque ces deux qualités fusionnent, nous avons la puissance créatrice féminine du Tao. Laozi la nomme « la Femelle Mystérieuse » (xuánpìn) — la matrice profonde — conférant à la puissance créatrice cosmique l'imagerie féminisée de la réceptivité souple, faisant écho à la déclaration du premier chapitre selon laquelle « le nommé est la mère de toutes choses » (yǒumíngwànzhī). « La porte de la Femelle Mystérieuse est appelée la racine du Ciel et de la Terre » — cette porte invisible est la véritable racine et l'origine du Ciel, de la Terre et de toutes choses, plus fondamentale que tout ce qui est visible ou tangible. « Ténu comme un fil, il semble exister ; on y puise sans jamais l'épuiser » conclut le chapitre : le fonctionnement du Tao oscille entre présence et absence, s'étirant sans interruption — précisément parce qu'il semble ne pas exister, il ne peut jamais être tari. Wang Bi interprète du point de vue ontologique, Heshanggong du point de vue de la culture de la santé, formant les deux traditions classiques du commentaire du Laozi. Ce chapitre est une expression classique de la cosmologie féminine de Laozi et a exercé une influence profonde et durable sur la vénération taoïste ultérieure du féminin et les croyances en la « Déesse Mère ».

Annexe : Glossaire des caractères clés

A. [n.] Vallée montagneuse ; l'espace vide entre deux montagnes
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « quánchūtōngchuānwèi » (Une vallée est là où les sources jaillissent et se déversent en cours d'eau).
B. [n.] Vide, vacuité (métaphore de la qualité de vacuité du Tao)
Source : Sens étendu. L'essence de la vallée réside dans le fait qu'elle est creuse et peut contenir ; d'où son emploi comme métaphore du vide.
C. [v.] Nourrir, entretenir
Source : Commentaire de Heshanggong : « yǎng » ( signifie nourrir). est interchangeable avec « », portant le sens de nourrir.
D. [n.] Céréale, nourriture (interchangeable avec « »)
Source : Guangya : « shēng » ( signifie vie/croissance). Les cinq céréales sustentent la vie humaine, étendu au sens de génération incessante.
shén
A. [n.] Divinité, esprit céleste
Source : Shuowen Jiezi : « shéntiānshényǐnchūwànzhě » (shén est l'esprit céleste qui engendre toutes choses).
B. [n.] Esprit, conscience ; la faculté merveilleuse de l'esprit
Source : Commentaire de Heshanggong : « shénwèicángzhīshén » (shén désigne les esprits des cinq organes).
C. [adj.] Mystérieux, merveilleux, inconcevable
Source : Yijing, Xici : « yīnyángzhīwèishén » (L'interaction insondable du yin et du yang est appelée shén).
D. [n.] La fonction de la création ; la puissance mystérieuse de la Nature
Source : Sens étendu. La fonction génératrice par laquelle toutes choses sont transformées et naissent.
A. [adv.] Ne… pas, ne… jamais
Source : Sens fondamental
A. [v.] Mourir, périr
Source : Shuowen Jiezi : « rénsuǒ » ( signifie expirer ; c'est le départ d'une personne).
B. [v.] S'épuiser, se tarir
Source : Sens étendu. La cessation ou l'épuisement de quelque chose.
shì
A. [pron.] Ceci, ce
Source : Mengzi : « shìxīnwáng » (Ce cœur suffit pour régner).
wèi
A. [v.] Être appelé, être désigné
Source : Shuowen Jiezi : « wèibào » (wèi signifie rapporter). Étendu au sens de « désigner, appeler ».
xuán
A. [adj.] Profond et lointain ; obscur et insondable
Source : Shuowen Jiezi : « xuányōuyuǎn » (xuán signifie profond et lointain).
B. [adj.] Noir, de couleur sombre
Source : Yijing : « tiānxuánérhuáng » (Le Ciel est sombre et la Terre est jaune).
C. [n.] Le Ciel, la Voie céleste
Source : Commentaire de Heshanggong : « xuántiānrénwèi » (xuán est le Ciel ; dans le corps humain il correspond au nez). Parce que la couleur du Ciel est sombre (xuán), xuán est utilisé pour désigner le Ciel.
pìn
A. [n.] Femelle ; mère (animal femelle ou organe reproducteur féminin)
Source : Shuowen Jiezi : « pìnchù » (pìn est la mère du bétail).
B. [n.] Matrice ; source primordiale possédant la fonction de gestation et de création
Source : Sens étendu, désignant toute source de gestation et de création.
C. [n.] Gorge, concavité (opposé de « »)
Source : Laozi, chapitre 61 : « guózhěxiàliútiānxiàzhījiāotiānxiàzhīpìn » (Un grand État est comme le cours inférieur d'un fleuve — le confluent de tout ce qui est sous le Ciel, le féminin de tout ce qui est sous le Ciel). pìn est une métaphore pour la position souple, basse et réceptive.
zhī
A. [part.] De (particule structurelle reliant le déterminant au déterminé)
Source : Sens fondamental
mén
A. [n.] Porte, portail ; entrée/sortie
Source : Shuowen Jiezi : « ménwéncóngèr » (mén signifie « entendre ». Il est composé de deux battants).
B. [n.] Clé, pivot
Source : Sens étendu. Le point critique et essentiel de quelque chose.
C. [n.] Voie, portail (passage menant à un certain état)
Source : Laozi, chapitre 1 : « xuánzhīyòuxuánzhòngmiàozhīmén » (Mystère par-delà le mystère — la porte de toutes les merveilles).
tiān
A. [n.] Ciel, firmament
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « tiāndiān » (tiān signifie sommet, faîte).
B. [n.] Nature, ordre naturel
Source : Zhuangzi : « tiānzhīcāngcāngzhèngxié? » (Le vaste azur du ciel — est-ce là sa vraie couleur ?).
A. [n.] Terre, sol
Source : Shuowen Jiezi : « yuánchūfēnqīngqīngyángwèitiānzhòngzhuóyīnwèi » (Terre : quand le Qi primordial se divisa pour la première fois, le léger, le pur et le yang devinrent le Ciel, et le lourd, le trouble et le yin devinrent la Terre).
gēn
A. [n.] Racine d'une plante
Source : Sens originel. Shuowen Jiezi : « gēnzhū » (gēn est la base/racine d'un arbre).
B. [n.] Racine, origine ; source fondamentale
Source : Guangya : « gēnshǐ » (gēn signifie commencement). Ce à partir de quoi toutes choses naissent.
C. [n.] Primordial ; la source originelle
Source : Commentaire de Heshanggong : « gēnyuán » (gēn signifie primordial).
mián
A. [adj.] Continu, ininterrompu, incessant
Source : Shijing, Daya : « miánmiánguādié » (Ininterrompu comme les vrilles des courges et des calebasses). Guangya : « miánlián » (mián signifie continu).
B. [adj.] Subtil, délicat, ténu
Source : Hanshu : « yuèrénmiánbáocái » (Les gens de Yue sont de force délicate et de constitution mince). Porte le sens de subtil et ténu.
C. [adj.] Durable, qui s'étend au loin, pérenne
Source : Wenxuan, Zhang Heng : « miányuèérshuāi » (Perdurant à travers le soleil et la lune sans décliner).
ruò
A. [v.] Comme si, semblant
Source : Erya : « ruò » (ruò signifie « comme, tel »).
B. [conj.] Ou, et ; de plus
Source : Sens étendu. Reliant des éléments coordonnés.
cún
A. [v.] Exister, être en vie
Source : Erya : « cúncúnzài » (cún signifie exister).
B. [v.] Préserver, persister, se perpétuer
Source : Sens étendu
yòng
A. [v.] Utiliser, employer
Source : Shuowen Jiezi : « yòngshīxíng » (yòng signifie ce qui peut être mis en pratique).
B. [n.] Fonction, utilité
Source : Sens étendu. « xiǎosuǒyòng » (Les rites mineurs n'ont aucune utilité pratique).
qín
A. [adj.] Laborieux, pénible
Source : Shuowen Jiezi : « qínláo » (qín signifie labeur). Le sens premier est fatigue, effort.
B. [v.] Épuiser, tarir, consumer
Source : Interchangeable avec « jǐn » (épuiser). Huainanzi : « qínkuì » (Quand la force s'épuise, il y a pénurie). Les commentaires citent ce passage du Laozi et le glosent comme « tarir ».
C. [adj.] Fréquent, précipité
Source : Emploi adverbial : « láiwǎnghěnqín » (aller et venir très fréquemment). Commentaire de Heshanggong : « yòngdāngkuānshūdāngqínláo » (L'usage du Qi doit être détendu et aisé, ni précipité ni laborieux).